L'inhumanité des mégapoles asiatiques en images

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L'inhumanité des mégapoles asiatiques en images

Michael Wolf a passé des années à photographier des immeubles bondés et des ouvriers surmenés.
22.5.14

Michael Wolf est un photographe allemand de 60 ans qui vit à Hong Kong depuis 1994. « J'aime leur rapidité d'adaptation », dit-il à propos de son pays d'adoption. « Visuellement, ça me correspond totalement. » Pendant ses huit premières années à Hong Kong, Michael a travaillé en tant que photojournaliste pour l'hebdomadaire allemand Stern, avant de décider de pointer son objectif sur les mégapoles, ces foyers de population massifs qui se sont multipliés au cours des dernières décennies, en particulier en Asie. Les photos qu'il a prises sont à la fois un regard fascinant porté sur les nouveaux modes de vie liés à ces villes et une ode à l'innovation. Je l'ai appelé pour lui demander ce qu'il pensait de ces lieux étranges abritant des millions de personnes.

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VICE : Pour commencer, comment définiriez-vous une mégapole ?
Michael Wolf : L'ONU a fixé un seuil à 10 millions d'habitants, mais cela dépend d'où se trouve la ville. Je considère qu'on peut avoir une mégapole au-delà de 5 millions d'habitants. Paris a une population de 2 millions d'habitants, tandis qu'en Chine, une ville de 3 millions d'habitants est considérée comme petite. Une mégapole, c'est donc 5, 10, 20, voire 25 millions d'habitants.

Pourquoi ces immenses villes ont-elles l'air si déprimantes dans vos photographies ?
Il y a tout un tas d'inconvénients à vivre dans une mégapole. Ce sont des lieux destinés au profit. Les gens qui en sont responsables ne se préoccupent donc pas vraiment du sort des gens qui y vivent. Ils veulent surtout gagner de l'argent. Du coup, les villes sont très intimidantes, effrayantes, tout en étant singulièrement magnifiques. Dans Architecture of Density [sa série sur les très grands immeubles de Hong Kong], ces décors urbains ressemblent presque à des tapisseries.

Et les hommes qui vivent dans des cartons dans le métro de Tokyo ? Quelle est la part de beauté dans ces photos ?
J'ai aimé leur sens de l'improvisation. D'abord, il s'agit pour moi de montrer en quoi l'architecture répond à un besoin, en quoi elle est essentiellement fonctionnelle. Mais je cherche aussi à aborder le domaine économique à travers mon travail. Comme je viens du photojournalisme, je pense qu'il comporte un volet critique.

Quelle est la critique ?
J'ai toujours été un social-libéral. J'ai toujours eu un intérêt profond pour les classes populaires. Il y a par exemple eu ce projet, 100x100, dans lequel j'ai photographié 100 appartements d'un immeuble hongkongais sur le point d'être détruit. Tous ces appartements faisaient 100 pieds carrés [environ 10 m2]. Je montre les conditions de vie dans la ville, mais encore une fois, c'est aussi la vitalité et la capacité d'adaptation des gens qui m'intéresse. Ce sont des gens normaux, et j'essaye d'en rendre compte.

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Comment peut-on en rendre compte par la photographie ?
Je sors tous les jours, je me promène et je prends des photos. Le principal problème est que je ne parle pas cantonais, je dois donc parfois avoir un interprète à mes côtés.

Vous avez donc foi en tous ces gens ?
Bien sûr.

Et avez-vous foi en ces villes qui laissent 25 millions de personnes vivre les unes sur les autres ?
Non, mais il est vrai que quand on discute avec les gens, ils ont tendance à commencer par dire que leurs immeubles sont pratiques. Il leur suffit de prendre un ascenseur et ils se retrouvent devant un centre commercial, une bouche de métro, une école. Mais si vous faites l'effort d'apprendre à mieux les connaître, ces mêmes personnes commenceront à vous avouer qu'elles aimeraient vivre à une échelle moins démesurée. Par exemple, dans des petites maisons à la campagne. Ils ont ce souhait au fond d'eux mais essayent d'éviter d'y penser, car cela les déprime. L'être humain est très fort pour faire abstraction de ces problèmes dans sa vie quotidienne. Mais ce ne sont jamais plus que des manières de faire avec, de s'accommoder de la ville, et c'est ce qui m'intéresse.

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