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D’anciens habitués du Wood nous racontent leur souvenir le plus fou

« Mon responsable hurlait sur un type : ​ "Descends tout de suite et arrête de baiser la boule!" Je me suis demandé où je venais d’atterrir. »​

par Marie Pilette
23 July 2019, 8:54am

Le Wood, c’était une petite boîte obscure à l’entrée du Bois de la Cambre; un endroit cher aux noctambules Bruxellois pour ses soirées house et son cadre particulier. C’était aussi le plan B des recalés des Jeux d'Hiver, sauf que la chemise y était interdite, du coup fallait aussi trouver un plan B pour la tenue. Le Wood c’était Mamie Jacqueline qui criait sur un mec qui n’avait pas de monnaie pour aller aux toilettes, des bartenders debout sur le bar et des habituées, toujours les mêmes. Fermé en 2016 par le Conseil d’État pour nuisances sonores, l’établissement a récemment ré-ouvert sous un autre nom, le Flore, un bar à cocktails rose bonbon adulé par les wannabe blogueuses de Bruxelles. Restauration slow food et papier peint fleuri; le contraste avec l’ancien établissement est bien réel.

Il ne reste aujourd’hui que les souvenirs et les photos aux filtres « saturation maximale et effet peaux grasses » des oiseaux de nuit pour faire vivre cet endroit dans nos mémoires. En souvenir de ces belles soirées, on a demandé à quelques membres de l’équipe et habitués de raconter à VICE leurs meilleurs souvenirs au Wood.

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© Lorenzo Pagnutti

Max* (26 ans), habitué

Mon anecdote la plus mémorable au Wood, c'est le soir où Jean-Claude Van Damme est venu. Honnêtement, j'avais rapidement entendu parler de lui et je ne savais pas vraiment qui il était, mais je lui ai dit que j'étais le manager VIP du Wood (un job qui n'existe pas). Je l'ai emmené à l'étage, qui était évidemment tout sauf une zone VIP. C’était juste une salle avec un petit canapé de merde. L’équipe du Wood lui a apporté du champagne et j’ai bavardé avec la fille qu’il avait emmené avec lui. À un moment donné, il m'a demandé de lui apporter un gramme de coke. J’ai donc pris ses 50 dollars et suis allé chercher tout ça en bas. Je n'ai rien trouvé. À la place, j’ai décidé d'acheter pour 50 euros de pilules. Quand je suis revenu à l’étage avec mes 10 pilules, il n'était pas content du tout... Il est parti peu de temps après.

Ginette (70 ans), madame pipi

J’ai travaillé au Wood de son ouverture à sa fermeture. Ne me demandez pas de dates, je ne m’en souviens plus. C’était comme un famille. J’y ai passé des années super. J’ai plein de bons souvenirs, et d’autres un peu plus cocasses. Un soir, le club était plein à craquer et il y avait de la file aux toilettes des filles. L’une d’elles était particulièrement pressée et elle a voulu dépasser les autres, mais je n’ai pas voulu la laisser passer car les autres filles dans la file étaient aussi impatientes. Du coup elle m’a dit: « Ok ben je m’en fous je vais chez les garçons! » Elle est entrée dans les toilettes, a abaissé son pantalon et sa culotte, et a pissé dans l’urinoir chez les mecs devant tout le monde! Les mecs étaient médusés, c’était génial!

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© Lorenzo Pagnutti

Juliette (26 ans), bartender

Des histoires au Wood je pourrais en raconter des centaines. Le premier soir où j’y ai travaillé, j’ai vu un mec à l'allure un peu dévergondée danser sur une table en pleine simulation d’actes pas très catholiques avec la boule à facettes. Le plus drôle, c’était de voir mon responsable lui hurler dessus : « Descends tout de suite et arrête de baiser la boule! ». Je me suis demandé où je venais d’atterrir.

Je me souviens surtout de l’ambiance générale: on faisait vraiment ce qu’on voulait. Parfois je faisais la caisse à l’entrée de la boîte. Ça arrivait que des gens sans argent rampent au sol en espérant passer inaperçu et ne pas devoir payer. Quand je les chopais, je pétais un câble, en plus c’était toujours les mêmes. Et le fumoir, c’était une vraie épicerie: tout le monde prenait n’importe quoi. Je trouvais quand-même ça super chaud, on était dans une boîte et on aurait dit une autre réalité, mais les gens adoraient ça. En fait, tant que personne ne se faisait choper, on pouvait faire n’importe quoi. Les gens étaient libres, c’était ça le wood : la liberté. Un soir aussi, un mec qui venait du Wood a dépouillé ma voiture. Je sors au petit matin, et je vois ma voiture ouverte, et ce mec assis sur un banc juste en face de moi. Il fumait ma beuh et buvait une bouteille de Jack Daniel's que j’avais laissée à l’intérieur. Tranquille quoi!

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© Lorenzo Pagnutti

Gael (29 ans), dj résident

Un soir, un gars qu’on connaît était un peu trop saoul et allumé. Il a cru que l’étage au dessus du dancefloor du Wood était une toilette, donc il s’est mis à pisser là, et la pisse a coulé sur la piste de danse. Après avoir arrosé la foule, il est allé s’allonger dans un coin du club histoire de faire une sieste. Cette fois, le videur l’a surpris et lui a laissé le choix: soit tu danses, soit tu rentres dormir chez toi. Il est retourné danser, mais soudainement, une envie pressante lui est venue et il a décidé de retourner dans ses toilette privées et faire sa vidange, sauf que cette fois, il était juste au-dessus du videur qui s’en est pris plein la tronche. Le mec s’est retrouvé à la sortie du club avec son sexe en main entrain de finir de pisser. Voilà.

Daniel (22 ans), habitué

Un soir, j'étais avec des potes au Wood et on était arrivés assez tôt, du coup la boîte n'était pas encore pleine. Je me dis que j’allais prendre une pilule pour bien commencer la soirée. Sans réfléchir, je la mets sur ma langue et là, bam : je me rends compte que je n’ai rien pour l’avaler. Je vais au bar mais ils veulent que je paye. Pareil aux toilettes. Pendant une bonne vingtaine de minutes la p s'est dissout sur ma langue et au bout du compte je l'ai juste gobée avec ma salive. La suite, vous pouvez l'imaginer: j'étais perché comme un âne! C'était une des premières fois où j'ai fait ça, mais pas la dernière. Comme quoi le Wood a forgé mon caractère.

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© Wood : Djebali, Ghayat, fifi & Danny Daze

Fifi (39 ans), manager

Être manager c’est de la gestion, surtout humaine. C’est assurer une expérience, une tranche de vie exceptionnelle au public, mais également à nos artistes, qui après leurs sets ont besoin de décompresser. Au Wood, c’était dans la cuisine à l’étage que ça se passait - lieu qui me servait accessoirement de bureau. C’était là qu’ils venaient évacuer la pression; c’est un instant de liberté, de relâchement complet.

Quand ils rentraient dans ce bureau équipé (de casseroles et de câbles), les djs voulaient immortaliser ce moment, d’abord en prenant des selfies, ensuite en signant sur nos casseroles avant de s’attaquer aux murs. Dans le milieu des djs, la cuisine a fini par s’appeler Wood’s Hell kitchen!

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© Lorenzo Pagnutti

Lorenzo Pagnutti (21 ans) photographe

Le Wood c'était une famille. Après quelques soirées là-bas, tu faisais vite connaissance avec les djs résidents, les videurs, les barmans et les habituées du fumoir. Aller au Wood c'était sortir de chez soi pour rentrer chez soi, tu vois ce que je veux dire ?

Grâce à sa petite taille, sa position dans le Bois de la Cambre et sa déco délaissée qui donnait l'impression d'un passé riche en événements, le Wood réussissait vraiment à bien encapsuler une vibe underground, ce qui manquait à Bruxelles.

*À la demande du témoin, ce prénom a été modifié.

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