Identité

Comment le confinement m'a aidée à surmonter ma dépendance au sexe et à l'alcool

Si certain·es ne sont pas ravi·es d'être coincé·es à la maison avec des parents qui restreignent leurs libertés, je suis reconnaissante de ce confinement pour les mêmes raisons.
16 July 2020, 8:30am
confinement alcool sexe

En Inde, il existe une énorme disparité entre les vices qu'un homme peut avoir et ceux qu'une femme peut avoir. Je viens d'une famille où, en tant que femme, je ne peux même pas mentionner des mots comme « alcool », « tabac » ou « drogue » à la maison. Ce sont des péchés qui n'existent pas ici, ou du moins, nous faisons tous comme s’ils n’existaient pas.

Lorsque j'ai quitté la maison pour l'université en 2016, j'ai eu ma première bouffée de liberté et j'ai compris ce que cela signifie de vivre sans avoir à répondre à personne. Après avoir obtenu mon diplôme en 2019, je suis rentrée chez moi, dans ma famille, à Mumbai. Seulement, après avoir vécu seule pendant toutes ces années, je n'étais pas prête à retourner à une vie de censure. Mais le plus dur c'est que pendant ces années-là je suis devenue alcoolique. Il n'y avait personne pour me dire d'arrêter de boire, et je ne savais clairement pas quand m'arrêter.

Tout a commencé quand j'ai largué mon petit ami toxique du lycée. Il était complètement sexiste et convaincu que les femmes ne sont pas biologiquement conçues pour ressentir du plaisir sexuel. La façon dont nous faisions l'amour me laissait souvent frustrée sexuellement et émotionnellement. Je me sentais impuissante de ne pas pouvoir trouver de plaisir dans ma vie sexuelle. J'ai fini par rompre.

Par la suite, j'ai commencé à avoir des relations avec plusieurs personnes, pour combler un vide qui avait créé un manque d'intimité. Le tout alimenté par l'alcool, ce qui m'a permis de me sentir libre et a réduit ma frustration. Le fait d'être avec quelqu'un de nouveau presque tous les jours m'a fait sentir puissante, désirée, valable. Au bout d'un mois, cependant, l'excitation était retombée. Il ne restait plus qu'une habitude vide et mauvaise.

« Soudain, des mesures restrictives et une quarantaine ont été imposées presque partout, et il n'était plus possible de trouver des étrangers avec qui coucher ou boire »

L'intimité émotionnelle ne m’intéressait même plus. Tout ce que je voulais, c'était l'excitation d'être comblée au lit. Je ne pouvais même pas m'arrêter quand je le voulais, quand la satisfaction et le sentiment de validation avaient disparu. L'alcool me poussait au sexe, et le fait de regretter le sexe le lendemain me poussait à boire à nouveau. C'était un cercle vicieux dont j'étais fatiguée, mais je ne savais pas comment en sortir. Mon cerveau s'était habitué à des niveaux élevés de dopamine (un neurotransmetteur qui agit sur la partie du cerveau responsable des mécanismes de récompense) et en voulait de plus en plus, alors je partais à la recherche d'une nouvelle « dose ».

Je suis tombée dans une dépendance sans m'en rendre compte, mais en cours de route, je me suis sentie complètement aliénée. Je ne pouvais pas parler de cette partie de ma vie avec mes ami·es ou ma famille. Outre la peur d'être jugée, je n'étais pas prête à l'accepter moi-même. Puis, le coronavirus a pris le dessus sur nos vies. Soudain, des mesures restrictives et une quarantaine ont été imposées presque partout, et il n'était plus possible de trouver des étrangers avec qui coucher ou boire.

Au début, j'envoyais des sextos à plusieurs hommes, tous en même temps. Mais sans l'alcool, ce n'était pas excitant. Le fait de ne pas être avec eux physiquement ne m’offrait pas le même sentiment de validation qu'auparavant. Le fait d’arrêter de boire me provoquait des sautes d'humeur, et j'avais des symptômes de sevrage. Je me sentais toxique pour ma famille qui devait souvent supporter mes scènes sans savoir ce qu'il y avait derrière. En fin de compte, tout ce que j'ai pu faire, c'est accepter la réalité qu'il n'y aurait ni alcool ni sexe en quarantaine. Le fait que la ville où je vis ait mis l'alcool parmi les biens non essentiels et fermé tous les magasins d'alcool a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Au fur et à mesure que la quarantaine avançait, ma vie a commencé à s'améliorer. Les choses qui me faisaient sentir en cage jusqu'à quelques mois plus tôt, à commencer par les règles, me donnent maintenant l'impression de contrôler la situation. Avec le temps, j'ai pu établir une forme de confiance mutuelle avec ma famille. Je me suis rendue compte que ma carrière était au point mort et j'ai commencé à chercher un emploi. Avec le temps, j'ai pris d'autres habitudes positives, comme la méditation, l'exercice, une alimentation saine. Et à chaque changement, j'ai aussi obtenu l'approbation de ma famille, dont je n'avais jamais réalisé l'importance. La validation est une toute autre chose lorsqu'elle vient d'une personne proche de vous et honnête dans ses intentions.

Une autre chose qui a progressivement changé, ce sont les amitiés que j'avais perdues au fil du temps. Beaucoup de mes aventures avaient impliqué des amis masculins, et avoir des relations sexuelles avec eux revenait à les perdre en tant qu'amis. Aujourd'hui, cependant, j'accorde beaucoup plus d'importance aux amis - ils ne sont pas seulement un moyen d’arriver à mes fins.

À une époque où les réseaux sociaux sont inondés de nouvelles sur les effets considérables de la quarantaine – violence domestique, abus, relations et familles en crise, toxicomanes poussé·es à bout ou en rechute – je sais que mon histoire est une histoire de privilège. Mais je suis reconnaissante d'avoir pu mettre fin à mon mode de vie néfaste avec l'aide de ma famille, même si elle ne sait pas qu'elle m'a sauvée.

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Cet article a été publié sur VICE IN.