Sexe

Iels font du porno avec vos souvenirs d’enfance

WoodRocket, un studio de production de films X de Las Vegas, transforme des personnages comme Bob l’éponge ou Simba en stars du porno. On a discuté avec les acteur·ices et l’équipe de l’aspect comique de leur job.

par Samantha Cole
14 March 2020, 10:59am

Sacré Bob.

Missy Martinez est peinte en rose vif à des endroits qui semblent improbables : jusque dans la vulve et l’anus et partout où Brenna Sparks, sa partenaire de scène, a fourré son nez. Pour le moment, le déguisement du personnage de Missy Martinez, avec son monticule mou de la taille d'une grosse courge collée au sommet de sa tête, est un obstacle entre le clitoris de Brenna et elle. Son casque en mousse de quinze centimètres glisse. Mais elle persévère.

Missy Martinez a quitté le porno en mai 2019. Après dix ans de carrière, elle a arrêté un an après avoir accepté le rôle de Vagin Buu, la version porno du personnage de Majin Buu dans Dragon Ball Z. « On ne peut pas se contenter des rôles de la belle-mère sexy ou de la baby-sitter, des rôles artificiels et stéréotypés, a-t-elle déclaré. Il ne faut pas prendre trop littéralement ou sérieusement le porno… Le sexe est censé être fun. Si on ne s’éclate pas pendant le sexe, c’est qu’il y a un problème. »

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Ça faisait un peu du genre « J’ai perdu un pari les gars », mais finalement, Missy Martinez était bien contente. En fait, quand Lee Roy Myers, l’un des fondateurs du studio de films X WoodRocket lui a demandé de jouer dans l’une de ses parodies déjantées, elle a sauté sur l’occasion. En tant que fan inconditionnelle de DBZ, ça ressemblait à un job de rêve, avec la peinture rose et tout le reste. « Quand iels ont peint mes parties génitales à la bombe, j’ai fait "Ooooh, non…" », se rappelle-t-elle douloureusement.

Missy Martinez n’est pas la seule. Tou·tes celleux qui sont passé·es par la case déguisement de WoodRocket, embarqué·es dans la folie de Lee Roy Myer, ont parlé de ce fameux « point de non-retour ».

Chez les historien·nes, on trouve une théorie controversée selon laquelle les caricatures pornographiques seraient à l’origine de la Révolution française. L’historien Robert Darnton suggère, dans une « interprétation pornographique » des événements de la fin du XVIIIe siècle en France, que la littérature obscène aurait poussé le peuple à se révolter. En effet, ces caricatures pornographiques montraient que la monarchie était toute aussi basse et obsédée par le sexe que le peuple. « Le sexe est démocratique, lance Hallie Lieberman, historienne du sexe. Ce n’est pas pour rien que nous avons un proverbe qui dit que le roi est nu : cela le ramène au même statut que tout le monde. »

Mais au moment de la Révolution française, la pornographie en tant que genre parodique existait depuis déjà plusieurs siècles. Au XVIe, il y a eu Ficheide, une parodie érotique de l'Iliade d’Homère, publiée par un auteur anonyme italien. La Cazzaria, autre texte érotique de la Renaissance italienne, présentait des organes génitaux désincarnés. La popularité de ce texte a contraint son auteur à l'exil. Fanny Hill, roman de 1748, qu’on considère comme le premier exemple de pornographie en prose anglaise, est également une parodie politique. The Pearl, mensuel pornographique de Londres à la fin des années 1800, publiait des parodies et était lui-même une parodie d'un magazine familial. Les autorités britanniques ont fait arrêter la publication du magazine au bout de deux ans, invoquant des lois sur l'obscénité.

Au début du XXe siècle, les petites brochures pornographiques « Tijuana Bibles », très populaires lors de la Grande Dépression, contenaient des parodies torrides d'icônes de la culture pop comme Popeye, Superman, Lois Lane et Wonder Woman. Dans les années 1990 et au début des années 2000, le monde du porno est passé dans une nouvelle ère avec l'avènement de la cassette vidéo (et la possibilité de regarder du porno tranquillement à la maison), y compris des films parodiques comme Forrest Hump et Everybody Does Raymond. « Dans notre société, la sexualité est étroitement liée à la classe sociale, donc ce que nous jugeons respectable en soi se doit d’avoir une sorte de réserve au niveau sexuel, explique Laura Helen Marks, chercheuse en pornographie et professeure d'anglais à l'Université de Tulane. Ça peut être excitant et amusant de regarder comment le genre "bas" de la pornographie révèle au grand public les perversions et les hypocrisies des médias… Ça égalise tout à coup les classes, ce qui peut être satisfaisant. »

Aujourd’hui, on a WoodRocket. Depuis huit ans, ce studio de Las Vegas s’est fait un nom notamment grâce à ses parodies pornographiques. Si vous entendez parler d’une nouvelle vidéo X avec Bob l’éponge ou des Lego grandeurs nature, vous pouvez parier que cela vient de WoodRocket.

Depuis des siècles, on utilise la parodie, la satire et la sexualité pour renverser le système et les institutions qui les entourent. Aujourd’hui, rien n’a changé. Seulement, nous nous attaquons à notre passé, attaquant notre propre nostalgie.

À la fin des années 1990, Lee Roy Myers travaillait dans un magasin de films X. Depuis, il a occupé de nombreux emplois, de l’assistant chargé du matériel photo au cadre dans une entreprise de programme télé à la carte. Mais il considère son expérience dans le magasin de films X comme sa première source d’inspiration pour son travail actuel. « J'étais dans le magasin, et je regardais Edward aux mains de pénis. Il a ces horribles mains en forme d’immenses pénis, et c’est tellement ridicule… C’est vraiment dégueu, bizarre et drôle à la fois. Je ne sais pas vraiment ce qui était censé être drôle, a confié Lee Roy Myers en parlant du film de Paul Norman. Mais je m’en suis toujours souvenu en me disant "Oh, si seulement je pouvais faire ça, ce serait génial". »

Pendant des années, Lee Roy Myers a enchainé les petits jobs. Il ne s’est jamais senti à l’aise dans des boulots à temps plein. Mais au fil de ses expériences, il s’est fait beaucoup d'ami·es et de relations dans l'industrie du film pour adultes. Parmi elleux, Scott Taylor, le fondateur de New Sensations, cherchait à donner une dimension comique à son studio porno. Il a alors demandé à Lee Roy Myers de faire une parodie érotique sur cette sensation de piège du travail à temps plein. Il a inventé The Office: An XXX Parody, la première des huit parodies télévisées qu’il a produite pour le studio cette année là.

« Putain, ouais, mec, ça a l'air bien ridicule ! »

Après, tout s'est enchaîné. En 2012, quand les films X sont passés des VHS aux DVD puis à autre chose, Lee Roy Myers avait une place de premier plan dans l’industrie. Internet a tout changé, et de moins en moins de gens étaient prêts à payer pour du porno. Iels pouvaient l'obtenir gratuitement, sur pleins de sites remplis de clips volés et de films complets.

Au lieu de lutter contre cet inévitable changement de cap, Lee Roy Myers et ses partenaires ont commencé à réfléchir à de nouvelles façons d’entrer dans le mouvement du contenu gratuit sur Internet tout en continuant à gagner de l’argent pour payer les acteur·ices, l'équipe et les lumières. Après plusieurs années passées à tanner des dizaines de studios avec ses parodies pornos, Lee Roy Myers a fondé WoodRocket en 2012, pour proposer gratuitement du porno comique et ridicule.

Lee Roy Myers est canadien et définit son style de mise en scène comme celui de « films d’horreurs à petits budgets ». Des émissions comme The Hilarious House of Frightenstein ont influencé ses décors dans une seule pièce, et son maquillage à petit budget qui semble avoir été appliqué par un étudiant de l’atelier théâtre d'un lycée. C’est en janvier 2013 que WoodRocket a lancé son premier film SpongeKnob SquareNuts, parodie porno de Bob l’éponge, avec un communiqué de presse et une bande annonce « safe for », ainsi qu’un lien vers le film complet, classé X, sur WoodRocket.com.

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De haut en bas : Aladdick, Dragon Boob Z, Neighbour's Rimwood, The Loin King, Red Dead Erection.

Le générique du film flirte avec l'hommage parodique tout en tachant de ne pas violer les droits d'auteur. Lee Roy Myers a confié ce travail, la musique et les paroles à David DeCeglie, concepteur sonore basé à Brooklyn.

Quand Lee Roy Myers lui a demandé d’écrire la version parodique du générique emblématique de Bob l’éponge, DeCeglie se souvient encore de sa réaction : « Putain ouais, mec, ça a l'air ridicule. »

Et ça l’était. Moins d'une heure après la sortie du film, le serveur du nouveau site web WoodRocket a planté. Les internautes cliquant pour regarder étaient bien trop nombreux·ses.

Le succès fulgurant de la première parodie porno originale du studio a été doublement choquant, car la version porno de Bob l’éponge était « la chose la plus merdique » que Lee Roy Myers et son équipe aient faite à l’époque. C’est Tom Devlin, dans l’aventure WoodRocket depuis le début, qui a fabriqué le costume carré géant du personnage. Lee Roy Myers lui avait demandé de faire quelque chose dans le style des mascottes de hot-dog. En d’autres termes, comme un acteur pris au piège dans un immonde costume fait maison qui l’a avalé tout entier. Résultat ? Une fabrication poly-mousse collée sur une boîte. « C'était juste ... flippant, se rappelle Tom Devlin. Il avait beaucoup de mal à se déplacer et à jouer. Mais ça ne faisait qu’ajouter à l’étrangeté et à l’inconfort adapté au genre de la parodie. » « Il ressemblait à un monstre, enchaîne Lee Roy Myers. Et, vous savez, c'était drôle. Du moins, nous, on l'a trouvé drôle. Le public a soit adoré soit détesté. Mais tout le monde a regardé. »

Tom Devlin et Lee Roy Myers étaient un peu dans le même état d’esprit : il ne faut pas trop se prendre la tête en pensant à ce que les acteur·ices pourront faire. Faisons les costumes et on verra bien. « Parfois, il ne faut pas se demander si les acteur·ices seront à l’aise ou non. L’idée, c’est de produire la chose la plus stupide possible », lance Tom Devlin. Et aujourd’hui, étant donnée la réputation du studio, un acteur qui signe pour un tournage sait dans quoi il s’embarque.

« Il ne va pas cesser d'être Super Mario parce que sa bite de raton laveur volant est de sortie »

Le rôle de Rizzo Ford en tant que « Bitatchu » (Dikachu en anglais) dans Strokémon XXX est inoubliable. Sa tête pend un peu. Elle se penche en avant. La masse de mousse de latex et de peinture épaisse jaune et noire moulée sur sa tête et son nez la force à respirer par la bouche et à garder les yeux partiellement fermés. « Bitatchu ! Bitatchu, Bitatchu », crie-t-elle. À côté, « Fisty » arbore des poils pubiens rasés style ticket de métro et teints en orange fluo pour aller avec sa couleur de cheveux. En regardant la vidéo sur Internet, je me suis sincèrement demandé comment elle faisait pour respirer.

« Je pense que la comédie et le porno devraient aller de pair, m'a dit Rizzo Ford. Le sexe est idiot. Nous faisons des bruits stupides avec nos bouches et nos corps. Avec le porno comique, ça rend plus normal ce qui pourrait nous mettre dans l’embarras si on devait le refaire avec un nouveau partenaire sexuel. » Rizzo Ford a non seulement survécu à ce tournage, mais le ferait à nouveau « sans hésiter », même s’il a dû prendre plusieurs douches et bains pour enlever tout ce maquillage.

Difficile de se préparer à une séance de costume et maquillage de WoodRocket. Il suffit de demander à Will Tile, qui s’est rendu au casting de WoodRocket pour travailler comme extra dans Red Dead Erection en 2018. Il était tout nouveau dans l’industrie pour adultes. Il a joué un flic dans Dick Hard (la parodie de Die Hard) et un génie en playback dans Aladdick, sorti en mai 2019.

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Arrivé sur le plateau d'Aladdick, Lee Roy Myers lui a dit d’aller au maquillage. Il a pensé qu’iels allaient « le faire tout beau ». En réalité, il a passé une demi-heure à se faire peindre à la bombe bleu vif au niveau de la ceinture.

Will Tile pensait qu'il pouvait entrer dans le porno et devenir « l'un de ces acteurs masculins noirs effrayants ». Mais après Aladdick, les choses ont changé. « Ça a été la descente aux enfers. A partir de là, tout est parti en couilles », se souvient Tile.

Maintenant, presque à chaque fois qu’il joue, on le pointe du doigt en reconnaissant le génie, un flic, Simba ou une créature reptilienne de la parodie porno des Tortues Ninja.

Même sa mère l’a vu dans un porno, peint en bleu et à moitié à poil.

La famille de Will Tile en a déjà vu de toutes les couleurs. Avant sa carrière porno, il était dans la marine, sapeur-pompier, et apprenti secouriste, donc sa famille avait l’habitude de s’inquiéter pour son futur. Maintenant, iels peuvent avoir l’esprit tranquille, en sachant qu’il est heureux, en bonne santé, dans le rôle d’un flic à fausse moustache ou d’un torride génie bleu. « Pendant deux ans, iels étaient très inquiets, craignant que je rentre chez moi entre quatre planches. Ensuite, quand je me suis mis à bosser chez les pompiers, iels hurlaient des : "Est-ce qu’il va se brûler, tomber d’une falaise et mourir ?" Alors maintenant, iels sont rassuré·es : "Il fait du porno ? Et bah tant mieux." »

Le pénis en érection de Tommy Pistol dépasse de sa combinaison verte. Il gémit à travers son masque d’extraterrestre alors qu’April O'Neil et Lauren Phillips, deux intrus pailletés (qui semblent tout droit sortis du Burning Man) se caressent mutuellement et tripotent son corps posé à plat sur une table chirurgicale. Les longs doigts souples de son déguisement frétillent de plaisir.

Tommy Pistol et Lee Roy Myers sont amis depuis 2010. Ils se sont rencontrés lors de la production d’une parodie de Sex and the City pour New Sensations. Depuis, il a joué divers rôles pour la compagnie et finit toujours par jouer des personnages qui lui demandent d’enfiler sa bite dans des costumes pas vraiment sexy.

Prouver sa valeur sexuelle devant les caméras est toujours un exploit, même sur un plateau normal. Mais baiser tout en incarnant un souvenir d’enfance, c’est tout autre chose. « Si vous êtes venu voir Super Mario baiser la princesse, vous verrez Super Mario baiser la princesse, a déclaré Tommy Pistol. Il ne va pas cesser d'être Super Mario parce que sa bite est de sortie. »

Lance Hart, qui a joué Mr. Rogers dans M. Rimjob’s Neighbourwood, le film le plus récent du studio, a déclaré que même si ce rôle était putain de perturbant, « c’était plus facile à jouer que des rôles avec un lourd masque BDSM ou un tablier en cuir. » « Ça fait vraiment un peu bizarre quand tu prends ton pied et tu dois gémir tout en faisant semblant d’être Monsieur Rogers, mais je me suis quand même pris au jeu », a-t-il déclaré.

En plus de devoir porter de fausses moustaches et de se faire peindre le trou du cul - ce qui n’est pas très bon pour l’égo - le studio de WoodRocket est à Las Vegas, et pour filmer, on doit couper la clim qui fait trop de bruit. Avec des acteur·ices recouvert·es de peinture, portant des costumes élaborés et s’adonnant à des heures de sexe dans une pièce où il fait plus de trente degrés, ce n’est pas rien !

« Dans ce travail, on en peut pas se contenter de trous du cul et de mouvements du bassin. On peut vraiment faire du bon boulot. »

« Je bande, et je sens que je suis sur le point de m'évanouir, rembobine Will Tile, se souvenant de son rôle de Simba dans The Loin King, où avec Kira, iels portaient d’épaisses perruques de lion et des gants durant leur scène intime. J’étais vraiment sur le point de m'évanouir sur le plateau. Je me disais que j’allais devoir sortir. » Il ne l’a pas fait, a réussi à tenir jusqu’à la fin de la scène, et se dit prêt à recommencer.

Récemment, Holly Myers a commencé à réaliser des films pour WoodRocket. Les films sont tout aussi hilarants et elle s’assure toujours que les acteur·ices soient à l’aise et en sécurité. « Déjà, on leur demande d’avoir des relations sexuelles devant les caméras – ce qui est courageux – et en plus, iels doivent le faire dans des costumes potentiellement inconfortables, tout en restant dans le personnage. En général, je fais en sorte que l’ambiance sur le plateau soit légère et positive. »

Pendant la scène de Vajin Buu, où Missy Martinez portait un casque encombrant, ils ont fait des pauses et au moins cinq prises parce que la peinture et la colle glissaient. Parfois, le réalisateur coupait la scène alors que Missy Martinez était « au milieu d’un orgasme, ou bien partie pour ». C’est un vrai défi, physiquement et mentalement. « On sait toujours que ça va pas être facile, quelles que soient les conditions, a déclaré Myers. [Le porno], c’est pas comme le vrai sexe, on écarte les jambes, et on s’assure qu’on est bien éclairé·e… Certain·es disent que c’est un peu comme baiser à un angle de la rue. »

Un autre défi, c’est de surmonter les rires, l'inconfort et la peinture qui baigne dans la sueur. Pour Tommy Pistol, c’était « étrangement naturel » de baiser en costume. « Honnêtement, après tant d’années de porno, ça me garde plutôt sain d’esprit. Le rire est ma thérapie… Je peux comprendre qu’une petite branlette à la maison en se marrant, c’est pas fait pour tout le monde. Mais le porno comique fait tomber les barrières. »

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À ce stade (ou peut-être déjà avant), vous vous demandez peut-être qui se branle devant ce genre de choses. Y a-t-il un public qui a envie d'un Mr Rogers sexualisé ? Y a-t-il des gens qui sont excité·es par un Pikachu grotesque, ou un simulacre cauchemardesque de Bob l'éponge qui bande ?

Cette question est biaisée dès le départ. Tout d'abord, oui, sans aucun doute, il y a des gens qui vont sur WoodRocket parce qu'ils ont toujours eu un fétichisme pour les Legos ou autres. Mais l'humour a toujours fait partie du porno. Le sexe est amusant et, souvent, marrant. « L'humour et le porno partagent beaucoup de similitudes, dit Lieberman, l'historien du porno. Le but final des deux est une réaction physique involontaire : un orgasme ou un rire. Nous regardons des comédies et nous regardons du porno pour éprouver du plaisir. »

Rire avec les gens dans le porno peut être un acte subversif, dit Marks, le spécialiste du porno. « Dans le contexte d'une société censurée et répressive de la sexualité, le matériel pornographique est politiquement antagoniste – inévitablement et indépendamment de l'intention – et autorise la dérision. »

Pour les acteur·ices elleux-mêmes, un tournage parodique peut être une délivrance qu'iels ne trouvent pas dans d'autres studios. Pour Tile, le fait d'avoir eu sa première expérience en studio avec WoodRocket lui a montré une façon différente de jouer, que la plupart des gens n'associent pas au porno. « Avec ce travail, tout ne tourne pas autour des trous du cul et des bites, dit-il. On peut vraiment faire des trucs cool. »

J’en ai vu des trous du cul, des bites et des lèvres peintes par le studio WoodRocket, mais il y a une de leurs productions que je ne me suis pas résolue à regarder. Le film Mr. Rimjob’s Neighborwood commence par la voix de Lance Hart qui met en garde les spectateur·ices : « Bienvenue dans mon quartier, celui qui gâchera votre enfance. » J’ai bien peur que ce soit vrai. J’adorais Monsieur Rogers quand j’étais gamine.

Lee Roy Myers m’a confié que pendant la production, il a hésité à un moment. Il a dû en ruiner un paquet de souvenirs d’enfance. C’est ce qui l’a fait hésiter. « C’est juste avant la sortie du film que j’ai commencé à ressentir un peu de regret. Mister Rogers Neighborhood, c’est toute mon enfance… Mais je pensais que je pouvais m’écarter de l’original, faire quelque chose de différent, qui n’est pas vraiment lui. »

Il n’y a que trois choses que Lee Roy Myers a dit qu’il ne toucherait jamais dans les futures productions de WoodRocket : ce qui rabaisse les autres ; les scènes de sexe avec des acteur·ices qui ont l’air d’avoir moins de 18 ans ; et Donald Trump. Il en a « tellement ras-le-bol » de tout ça. Tout le reste en vaut la chandelle. « On doit trouver un équilibre, a-t-il lancé. En fait, je ne sais pas s'il y a un équilibre. Mais on devait trouver un équilibre entre le porno et le reste. Donc, on a créé notre propre équilibre, même si c’est différent pour chacun·e. »

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Cet article a été publié sur VICE US.

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