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VICE Student Guide

Ce belge vend de l'herbe à d'autres étudiants pour joindre les deux bouts

« Mon job étudiant, c'est la couverture parfaite pour que ma famille ne sache pas que je deale. »

par Alice Somogyi
17 September 2019, 3:01pm

VICE plonge dans la vie étudiante. Plus d'articles dans le VICE Student Guide.

Certain·es étudiant·es travaillent dans l’horeca pour financer leurs études ou remplissent les rayons de supermarché. D'autres, par contre, font en sorte qu'une partie de cet argent durement gagné leur revienne, et deviennent dealers. Le vendeur de cannabis qui témoigne ici a commencé à l'âge de 18 ans. Chaque semaine, il vend quelques grammes d'herbe à ses client·es, principalement des étudiant·es. Il nous raconte comment cela fonctionne, pourquoi il deale et ce qu'il remarque sur les habitudes de consommation des Belges.

À 18 ans, j’avais un job étudiant mais on ne m’a pas appelé pendant deux ou trois mois. J'avais besoin d'argent pour vivre et je cherchais un moyen d’en gagner rapidement. La drogue était une solution logique. Je l'ai toujours vu autour de moi. À 16 ans, j'ai commencé à fumer de l'herbe régulièrement. Dès qu'on est dans le milieu de la drogue, c’est facile de connaître les dealers. J'ai juste demandé à un ami s'il pouvait choper des connexions pour moi et c'est tout. C’est facile d'acheter et de vendre de la drogue en Belgique. L’école ou l’université, c’est l'endroit idéal pour ça. Dans chaque école, il y a une communauté de fumeurs et c’est très facile de se faire une clientèle.

Mon business m'aide à maintenir un certain style de vie. Je veux juste être comme les autres étudiant·es et ne pas avoir à stresser à chaque fois que j'utilise ma carte bancaire. C'est plutôt un style de vie genre : « pas de stress pour l'argent ». J'ai un job étudiant et je limite délibérément mes profits de la drogue afin de rester un peu clean. Mon job étudiant, c'est la couverture parfaite pour que ma famille ne sache pas que je deale. Je ne vends pas tout le temps non plus. C’est par vagues. Quand je vois que j'ai assez avec ce que je gagne avec mon job, je ne vends pas. Sauf si mes client·es le demandent explicitement. Alors, je sais que je peux acheter en gros et tout écouler en douze heures.

Je dirais que je gagne 400 € par mois en dealant, dont une partie est investie dans de nouveaux sacs d'herbe à chaque fois. D'autres dealers gagnent des sommes d'argent beaucoup plus importantes, mais dépensent tout immédiatement aussi. Iels vivent de cette activité, mais je pense qu'il faut faire preuve de plus d'intelligence. Je vois cet argent comptant comme une sorte de gros extra avec lequel je peux payer des trucs pour mes études et pour ma vie quotidienne, comme un sac à dos, des fournitures scolaires, des livres mais aussi de l'alcool, des vêtements, les sorties, etc. Je ne veux pas être un étudiant typique et manger de la merde bon marché du McDo ou du Pizza Hut, ou boire de l’alcool de merde que je vais vomir le lendemain. Quand on est encore étudiant·es, on a de la difficulté à changer nos habitudes. Qui va arrêter de manger, boire et faire la fête ? Ce que je pense qu'on peut faire, c'est subventionner les cafés et les restaurants pour qu'ils puissent offrir des repas moins chers aux étudiant·es. J'en ai marre de manger de la merde du McDo et du Pizza Hut, mais c'est quasi les seuls à offrir des forfaits étudiants... Ah, et l'État devrait aussi moins taxer l'alcool ! Parce que les boissons bon marché font vomir toute la journée. Par rapport à l'Allemagne ou aux Pays-Bas, l'alcool est plus cher ici.

Les étudiant·es âgé·es de 18 à 24 ans, comme moi, sont celleux qui fument le plus et m'achètent en moyenne quatre à cinq grammes. C'est pourquoi je travaille avec une petite clientèle d'une trentaine de personnes qui vivent à proximité de chez moi : des ami·es mais aussi des connaissances via-via. La plupart d'entre elleux étudient à Bruxelles. L'avantage de travailler avec peu de clients qui viennent de la même région, c'est que tout mon stock part immédiatement. Je fais confiance aux gens à qui je vends. Je ne vends presque jamais à des étranger·es au hasard. On ne sait jamais à quoi ressemblent ces gens, ni comment iels vont réagir. Je l'ai fait de temps en temps dans le passé, mais j'essaie d'éviter.

Je m'en tiens à l'herbe. Les drogues dures, c'est un autre niveau. Tout d'abord à cause des sanctions. Pour le cannabis, on va te donner une amende et tu devras pisser dans un pot pendant quelques mois tandis que pour les pilules, tu seras directement envoyé en prison. Deuxièmement, les drogues dures attirent une clientèle différente. Par exemple, si tu vends de la coke, tu sais que tu vas devoir traiter avec d'autres types de client·es que des fumeurs de beug. Un·e skater qui fume de l'herbe dans le skatepark avec ses potes, c’est pas pareil que quelqu’un qui prend régulièrement de la coke pour être capable de se concentrer. Tu vois même la différence dans la mentalité du dealer : quelqu'un qui vend des drogues dures réfléchit différemment d'un·e dealer·euse de cannabis.

Je ne pense pas que je vais continuer longtemps, parce que ça va ternir ma réputation. Je ne suis pas fier de mon business et je ne veux pas qu'on se souvienne de moi comme du dealer. Mais je n'arrêterai probablement pas avant d'avoir trouvé un vrai travail.

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