Drogue

Le sport, une alimentation saine et des vitamines peuvent-ils réduire les effets de la drogue ?

Des experts nous ont expliqué comment atténuer l'impact de vos substances préférées sur votre bon vieux corps.

par Jack Blocker
24 August 2018, 11:52am

Illustration : Georgie Sturge

La société est de plus en plus obsédée par le « clean-eating » et le calcul des calories. Et depuis l'avènement de Fitbits et du lundi sans viande, « manger moins, courir plus » ne suffit malheureusement plus. Nous voulons des données quantifiables – de préférence celles que nous pouvons partager sur les médias sociaux, comme notre temps de jogging quotidien ou les photos de nos biceps post-entraînements, moites et rutilants.

Internet regorge de méthodes absolument invraisemblables visant à brûler notre malbouffe préférée. Ainsi, un homme doit soulever des poids pendant 5 heures et 53 minutes s'il veut se débarrasser d'un Big Mac ; une femme doit faire du roller pendant quatre heures d'affilée pour éliminer un burrito au poulet.

Bien sûr, cela représente une façon assez malsaine de rester sain – une sorte de purge qui favorise l'extrémisme plutôt que la modération. Cela dit, je raffole des Big Mac et j'ai un penchant pour les châtiments corporels bizarres, alors qui suis-je pour nager à contre-courant ? Si cela fonctionne – en théorie – pour la malbouffe, cette tactique de « compensation » pourrait-elle s'appliquer à d'autres vices tels que l'alcool ou la drogue ?

Est-il possible d'atténuer les méfaits de l'alcool en buvant plus de smoothies au céleri ? De soigner un cœur endommagé par la cocaïne en faisant 900 pompes chaque matin jusqu'à la fin de ma vie ? Pour le savoir, j'ai parlé à une poignée d'experts en drogue et en sport.

UN PACK DE BIÈRES

Après mon passage de l'adolescence à la vingtaine, mon approche de l'alcool a changé. Alors qu'avant je me demandais : « Vais-je vomir sur un chien ce soir ? Je me demande à présent : « Cette quatrième bière va-t-elle précipiter ma mort ? »

Afin de savoir si un peu de sport pourrait inverser les effets d'un pack, j'ai appelé Joseph Van Der Merwe, coach sportif londonien. « Quatre bières correspondent à environ 600 calories, en fonction de la marque, il faut donc 30 à 40 minutes de course [pour les brûler] », m'a- t-il expliqué.

Selon le Dr Adam Winstock, fondateur de la Global Drug Survey (GDS) et psychiatre consultant, un segment de la population pratique régulièrement ce type d'approche – les gays qui s'adonnent au « chemsex ». « Ils font la fête du vendredi au dimanche et passent le reste de la semaine à la salle de sport ». Ces efforts contrebalancent-ils les excès du week-end ? « La réponse est non. Mais quand on fait n'importe quoi le week-end, est-il préférable de vivre sainement le reste du temps ? Bien entendu. »

Joe admet qu'il vaut toujours mieux faire du sport que de ne pas en faire du tout, avant d'ajouter : « Utiliser la nutrition et le sport pour se protéger des drogues et de l'alcool est aussi efficace qu'éteindre un incendie avec une éponge humide. »

UN GRAMME DE WEED

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Un mec fume de la weed lors d'un rassemblement à Hyde Park (Photo : Jake Lewis)

Guy Jones, chimiste travaillant pour The Loop, une organisation de prévention des risques et de dépistage des drogues, explique que le THC contenu dans la weed affecte le système endocannabinoïde du cerveau, qui est responsable notamment du contrôle de la faim et de la régulation du sommeil. Il y a quelques années, lors d'un assaut particulièrement violent sur mon système endocannabinoïde, un ami a commencé à s'étouffer avec de la crème fouettée. La perspective de voir cet ami tué par une garniture de dessert m'a vraiment secoué et la défonce a complètement laissé place à la panique.

J'ai demandé à Guy si la peur était un moyen viable pour contrer les effets de 10 euros de weed, soit environ un gramme. « L'adrénaline ne va pas nettoyer le cannabis dans le système, m'a-t-il répondu. Mais elle va affecter ce que nous appelons la signalisation en aval des récepteurs cannabinoïdes. Donc oui, la peur est tout à fait susceptible de générer un moment de clarté [quand vous êtes défoncé]. »

Bien sûr, le principal problème du cannabis est que vous aspirez directement la combustion de la plante dans vos poumons – et si vous êtes européen, il est fort probable que vous ajoutiez du tabac à tout ça. Comme le dit Guy : « Le tabac est une drogue hautement toxique et cancérigène. La principale astuce pour réduire les risques liés au cannabis est de ne pas le mélanger avec du tabac ». Malheureusement, selon Joe, il n'est tout simplement pas possible de faire un nettoyage de printemps des poumons grâce au sport. « Si vous comptez courir 10 kilomètres pour nettoyer vos poumons des carcinogènes, sachez que vous allez perdre votre temps. »

UN GRAMME DE COKE

Le problème avec la cocaïne – en tout cas celle qu'on trouve partout ailleurs qu'en Amérique du Sud – est qu'elle est coupée avec toutes sortes de substances crapuleuses, parce que les dealerssont de vrais enfoirés. Ces produits de coupe ont des effets variables sur le corps (qui n'incluent pas la décomposition de la peau, comme cela a été rapporté l'an dernier). Mais peu importe à quel point votre cocaïne est diluée, elle va « causer des problèmes dans le cœur, car elle bloque les signaux nerveux en interrompant le rythme électrique qui le fait battre correctement », a déclaré Guy.

Tous ceux à qui j'ai parlé s'accordent à dire qu'il n'y a aucun moyen infaillible d'atténuer cet effet secondaire. « Les gens pensent que boire de l'alcool après avoir consommé de la coke est un moyen de compenser l'effet de nervosité qu'elle provoque, a déclaré Adam. En réalité, cette combinaison est beaucoup plus dangereuse, parce que bien sûr, vous finissez par prendre plus de coke et plus d'alcool, ce qui est mauvais pour le cœur et le foie ». Guy confirme : « L'astuce pour réduire les risques de la cocaïne est de garder une consommation d'alcool faible. »

Qu'en est-il de quelqu'un qui possède un cœur réglé comme une machine avec un taux de repos de 30 battements par minute, comme Lance Armstrong ? Selon Joe, « il ne récupérerait pas plus rapidement, mais il serait probablement moins susceptible d'en mourir. »

À long terme, la consommation régulière de cocaïne peut également provoquer un gonflement des tissus cardiaques et des cicatrices. Si le gonflement est réversible par l'intermédiaire du sport, les cicatrices – qui se traduisent par des dommages permanents sur le cœur et par une mort précoce potentielle – ne le sont pas.

UN GRAMME DE MDMA

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De la MDMA (Photo : Michael Segalov)

Contrairement à la cocaïne, la MDMA n'interfère pas directement avec les impulsions électriques dans le cœur. Mais, comme l'explique Guy : « Elle exerce une pression supplémentaire sur le cœur, car elle resserre les vaisseaux sanguins, augmentant la pression artérielle et faisant travailler le cœur plus durement ».

Encore une fois, il est difficile de combattre les dégâts sur le cœur – mais de toutes les drogues, la MDMA est la seule où la nutrition semble jouer un rôle. Les suppléments sans ordonnance, comme l'acide aminé 5-HTP, peuvent aider à reconstituer la sérotonine – l'« hormone du bonheur » détruite par la prise de MDMA, ce qui vous fait déprimer le lendemain – de même que les aliments riches en acide aminé comme la dinde, le saumon et le quinoa.

Dans tous les cas, Adam ajoute qu'il est toujours préférable de manger sainement, que vous preniez de la drogue ou non. Ruth Kander, diététicienne, est d'accord avec cette affirmation pleine de bon sens – « Mieux vaut manger des épinards et une banane que des aliments frits » – et rejette l'idée selon laquelle une bonne alimentation pourrait l'emporter sur la nature destructrice des drogues : « Si vous buvez des quantités astronomiques d'alcool et que vous prenez des drogues, vous faites des ravages sur votre corps et rien ne va arranger ça. »

UN GRAMME DE KÉTAMINE

La nature nocive de ces drogues, en plus des variables comme la pureté et la tolérance personnelle, fait qu'il y a très peu de moyens de réduire les dommages sur l'organisme. Pourtant, la drogue la plus susceptible de vous détruire complètement est aussi la drogue la plus sûre. Guy nous explique comment fonctionne la kétamine :

« La kétamine bloque les signaux nerveux du cerveau au corps et vice-versa. En petite quantité, elle produit ce que beaucoup décrivent comme une dissociation agréable du corps et de l'esprit – un sentiment de défonce générique. De plus grandes doses peuvent faire entrer le consommateur dans un état semblable à l'anesthésie, où il sera incapable de bouger et où il n'existera que dans son esprit – c'est l'expérience dite du K-hole. »

Et si vous faites partie de ces idiots qui prennent d'énormes poutres précisément dans le but d'expérimenter un K-hole, sachez que vous prenez une drogue qui se positionne assez bas sur l'échelle des risques – elle est bien moins forte que l'alcool, le tabac et le cannabis. « La kétamine est un anesthésique étonnamment sûr, dans la mesure où elle est inscrite sur la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé, a déclaré Guy. Et les doses administrées comme anesthésique sont généralement beaucoup plus fortes que la dose récréative typique. »

Bien sûr, n'y voyez pas un prétexte pour vous enfiler un gramme de K chaque week-end. Les dommages à long terme d'une forte consommation impliquent une cicatrisation de la vessie, ce qui peut devenir grave au point d'avoir besoin d'une greffe. Verdict, il n'y a qu'une seule façon de limiter les effets à long terme de la kétamine : arrêter d'en prendre.

PROTOXYDE D'AZOTE

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Des gens consommant du protoxyde d'azote pour protester contre le Psychoactive Substances Act (Photo : Chris Bethell)

Selon la Global Drug Survey, le protoxyde d'azote est désormais la septième drogue la plus populaire au monde. Ce qui est compréhensible, compte tenu de la courte durée de la défonce et du prix bon marché.

Sachant que j'en ai déjà pris et que je n'ai plus rien senti au bout de quelques secondes, j'ai demandé à Adam si le protoxyde avait des effets à long terme. « Les données de 16 000 consommateurs de protoxyde collectées dans le cadre des Global Drug Survey 2015 et 2016 ont montré que 4 % des consommateurs ont rapporté des symptômes de développement d'une neuropathie périphérique – une atteinte nerveuse – et des picotements dans les pieds et les doigts, dit-il. Et c'est dû à l'inactivation de la vitamine b12. »

Y a-t-il un moyen de se protéger de ce type de conséquence ? « Le moyen le plus simple ? Consommer moins de protoxyde, dit Adam. Mais vous pouvez aussi prendre des compléments de vitamine b12. »

Si après avoir lu tout cela, vous envisagez de foncer à la pharmacie pour faire le plein de b12 et de 5HTP, gardez tout de même à l'esprit ce que m'a dit Adam : « La drogue n'est pas une histoire de débit et de crédit. Il n'y a pas de combustion des graisses équivalente. Il faut surtout consommer la drogue intelligemment, ou mieux, ne pas en consommer du tout. Ne fumez pas, faites de l'exercice, ne soyez pas en surpoids, car c'est ce qui importe le plus – ce n'est pas le fait de prendre un peu de coke le week-end ou de fumer un joint de temps en temps qui va précipiter votre mort, mais d'être gros et de fumer. Tout dépend également de vos antécédents familiaux et de votre statut socio-économique. »

Ce dernier point craint vraiment. Adam semble penser que le meilleur moyen de prévenir « les ravages de la consommation de drogue » est de ne pas être pauvre. Et il le sait mieux que quiconque. « Beaucoup des patients que je soigne viennent de milieux défavorisés et ont peu de ressources. Cela les rend plus vulnérables et moins susceptibles d'aller voir un médecin ou de s'acheter des légumes et des fruits frais », explique-t-il.

« Certaines personnes de la classe moyenne aiment croire qu'en faisant du yoga et en mangeant végétarien, elles peuvent consommer de la drogue en étant plus protégées. Mais ce n'est pas qu'elles sont protégées : c'est juste qu'elles ont un plus gros capital physique et social, et que les drogues sont donc moins susceptibles de les abattre. »

Désolé d'être rabat-joie, mais les effets à long terme de ces drogues sont tout simplement trop destructeurs pour être réduits grâce aux aliments bio et au sport. Donc, si vous cherchez les meilleures façons de minimiser les méfaits, il suffit de consommer de la drogue avec modération, ou de ne pas en consommer du tout.

« Tout ce que vous faites – chaque décision que vous prenez – a un impact sur votre vie. Alors, oui, vous pouvez potentiellement augmenter votre durée de vie en mangeant plus sainement, en faisant du sport et en dormant plus, a déclaré Guy. Mais si vous étiez vraiment inquiet pour votre santé, vous n'auriez probablement jamais pris de drogue en premier lieu. Bien entendu, vous pourriez aussi ne jamais sortir de chez vous sous prétexte que traverser la route est dangereux. »

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