Chris fait des photos sensuelles d'hommes LGBTQ et écrit leurs histoires

« Nous vivons peut-être en Europe, mais vous seriez surpris par les mauvaises expériences vécues par ces hommes », déclare le photographe bruxellois.

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05 March 2019, 2:07pm

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Chris Chi (34 ans), prof de chinois à Bruxelles, consacre tout son temps libre Tale of Men, un projet photo sur Instagram qui vise à partager les témoignages intenses d'homosexuels. La puissance de ce compte réside dans le contraste entre les photos soignées et les témoignages empreints de fragilité. Depuis Bruxelles, Bert raconte par exemple qu’il a été abusé psychologiquement pendant des années par son ex-mari et Paul, de Gand, confie le chemin qu'il a suivi en tant que patient atteint de cancer.

« Nous vivons peut-être en Europe, mais vous seriez surpris par les mauvaises expériences vécues par ces hommes », déclare Chris. « J'ai appris que tout le monde avait sa propre histoire et que nous ne pouvons que sortir grandi d'une mauvaise situation. »

Chris a grandi en Chine et s'est installé en Belgique il y a treize ans. Il y a appris la photographie ainsi qu'à représenter des hommes LGBT +- venus de pays aussi divers que le Brésil, les États-Unis, la Hongrie et la Syrie. Parallèlement, en plus d’un compte Instagram populaire, il y a également publié quatre magazines Tale of Men, au sein desquels il a rassemblé les plus belles photos et histoires. Je lui ai parlé de son projet à Bruxelles.

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VICE : Salut Chris, comment as-tu commencé Tale of Men ?
Chris : C'est semblable à Humans of New York, mais avec des hommes de la communauté LGBTQ. Je me suis toujours intéressé à la vie des autres, mais m'adresser directement à des gens dans la rue, c’était pas du tout mon truc. Je peux être très timide parfois, donc je savais qu’il me faudrait un sujet concret et profond. La communauté LGBTQ était un choix logique pour moi.

« Je connais quelques personnes qui souffrent vraiment de solitude. Je savais que beaucoup allaient se reconnaître dans ce compte. Savoir que vous n'êtes pas le seul à ressentir ça, c’est toujours apaisant. »

Pourquoi ?
Même si on vit en Europe, vous seriez surpris par les mauvaises expériences que ces hommes ont rencontrées. Le gaybashing existe toujours. Ici aussi. Outre la violence physique, je connais quelques personnes qui souffrent vraiment de solitude. Je savais que beaucoup allaient se reconnaître dans ce compte. Savoir que vous n'êtes pas le seul à ressentir ça, c’est toujours apaisant.

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Rien que l'année dernière, tu as photographié 150 hommes. Où est-ce que tu les trouves ?Instagram, facile. Ceux qui sont sur Instagram sont généralement des personnes qui aiment prendre des photos ou aiment être photographiées. Je leur envoie simplement un message leur demandant s'ils sont intéressés. Au début, c'était pas facile. Le compte n’avait pas encore beaucoup de photos et j'avais peur que les gens ne me fassent pas confiance. Heureusement, il existe des hommes suffisamment sympas et ouverts à l’idée d’être photographiés. Maintenant, ça se passe de plus en plus dans l’autre sens, ce sont eux qui prennent contact avec moi.

Quelle place accordes-tu à la diversité dans ton projet ?
Je fais de mon mieux, mais j'avoue que ce n'est pas facile. Je suis parfois critiqué pour le manque de diversité dans mes photos. Je suis moi-même asiatique et je pense que cette représentation est très importante, mais il m’est vraiment difficile de trouver des personnes qui veulent apparaître nues sur Instagram.

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Êtes-vous toujours en contact avec les personnes que vous photographiez?
Parfois oui. Il m'arrive de les revoir dans un bar. Certains m'ont aidé à lancer mon magazine. C'est doux. Ils ne disparaissent pas totalement de ma vie.

Comment se passe une séance de nu avec un inconnu ?
D'habitude, les hommes me disent d'abord qu'ils ont besoin d’un peu de temps pour paraître en forme. Mais ce n'est pas ce dont il s'agit. Quand nous y sommes enfin, nous prenons le temps de parler. Avant, une telle conversation pouvait durer trois heures. Je notais tout, pas comme toi avec ton enregistreur. Maintenant, je n'ai plus le temps pour ça. Ils m'envoient juste un texte à l'avance et on le parcourt pendant le shoot

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Les témoignages sont très forts. Comment est-ce que tu gères ça ?
C’est juste la réalité de la vie. Certains sont plus chanceux que d'autres. La première fois que j'ai pleuré, c'était avec Xavier. Son histoire n'a rien à voir avec la communauté LGBTQ. C'était à propos de sa mère qui est morte d'un cancer. Elle avait finalement opté pour l'euthanasie et il m'a raconté comment se sont passés les derniers jours.

Aimerais-tu-également partager ta propre histoire à travers ce projet ?
En tant que photographe, je préfère être derrière l’appareil, cela dit j'y ai quand même réfléchi. J'ai essayé d'écrire ma propre histoire, mais ça a été très difficile Et pour être honnête, poser nu c’est totalement hors de ma zone de confort. Je sens que mes followers attendent aussi mon histoire. Quand le moment sera venu, je pense que je le ferai.

Plus d'informations sur Tale of Men sont disponibles sur Instagram ou sur leur site web.

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