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musique

Die-On est en cavale depuis 2015. On lui a demandé quand il allait revenir.

Entrevue avec le rappeur le plus recherché au Canada.

par Simon Coutu
20 avril 2018, 7:27pm

On lui a aussi demandé de prendre un selfie pour illustrer l'article.

Lorsque la Sûreté du Québec a voulu arrêter Christian Dionne en octobre 2015, il n’était plus au pays depuis un moment déjà. Celui qu’on connaît mieux sous le nom de Die-On sur la scène rap était déjà bien loin, dans un pays d’Amérique Latine.

Depuis, il est toujours recherché par la Sûreté du Québec en lien avec le démantèlement d’un réseau de trafic de stupéfiants ayant eu lieu dans la région de la Capitale-Nationale Chaudière-Appalaches. Die-On doit faire face à des accusations de gangstérisme, de complot et de trafic de stupéfiants. Selon la SQ, il aurait été être impliqué dans un réseau lié aux Hells Angels, en 2014.

Membre du collectif 187, Die-On venait tout juste de lancer l’album Les poètes maudits, avec ses acolytes Souldia et Infrak lorsqu’il a pris le large. Il a aussi manqué tous les concerts des Northsiderz, dont il faisait aussi partie, qui venaient tout juste de lancer Fils de l’anarchie.

Mis à part quelques photos sur les réseaux sociaux et un caméo dans un clip du collectif rap de Limoilou Bardy Boys, Die-On est resté discret ces dernières années. VICE l’a joint pour discuter de sa vie en cavale et de ses projets artistiques.

VICE: Es-tu en mesure de me dire où tu te trouves?
Die-On: Disons que ça ne serait pas la meilleure idée… Mais je suis dans un pays où il fait chaud.

Pourquoi t’as décidé de partir en cavale?
Pour moi, la définition de cavale est erronée. Je suis parti en voyage avant de savoir que j’étais recherché. Je l’ai ensuite su par le biais de mon avocat et je ne suis simplement pas rentré à la maison. Je ne me suis jamais enfui. Ça dure depuis plus de deux ans maintenant.

Pourquoi as-tu pris la décision de ne pas revenir?
J’avais déjà des projets ici que je voulais terminer. Aussi, j’étais dans une relation amoureuse avec une femme de la place. Et maintenant, c’est compliqué de revenir au Québec parce qu’il me manque des papiers. Je n’ai pas de passeport. Ce sont de longues démarches. Mais j’envisage un retour à la maison.

Dans un futur rapproché?
Disons que je travaille là-dessus présentement.

Est-ce que c’est compliqué de vivre lorsqu’on est recherché comme toi?
Vraiment. Il n’y a pas de mots pour le décrire. Je sais qu’il y a des articles qui sont parus dans les journaux qui disent que je me trouve dans des endroits paradisiaques et merveilleux, mais c’est complètement faux. Je me ramasse souvent dans des endroits extrêmement dangereux. Je ne suis personne ici. Et la vie ne vaut pas très cher. À tout moment, je peux être la cible de n’importe quoi. Mais heureusement, j’ai réussi à me faire de bons amis et à me débrouiller. Je ne suis pas quelqu’un de peureux. Ça ne me dérange pas de me retrouver dans le ghetto où ça brasse, mais il n’y a rien de plaisant là-dedans. Mais je trouve toujours le moyen de me changer les idées et d’être heureux malgré tout.

Est-ce que tu te sens recherché?
Non. Je me sens plutôt en situation de survie. Je suis vraiment dans le trou de cul du monde. Je ne pense même pas qu’ils ont le droit de venir me chercher ici puisque je n’ai pas de mandat international d’Interpol. Je suis recherché à travers le Canada. Aussi, l’endroit où je me trouve est extrêmement corrompu. Donc, si je le voulais, j’aurais les moyens de me cacher. Mais ce n’est pas ce que je fais. Des fois, je me dis que s’ils venaient me chercher, ça faciliterait les choses.

Est-ce que tu t’ennuies du Québec?
Ben oui. Je m’ennuie de mes boys. C’est con, mais je m’ennuie de ma mère et de ma famille. Je suis tout seul à parler ma langue. Il a fallu que j’en apprenne une nouvelle, avec toutes les coutumes du pays. Apprendre à vivre dans cette jungle, ce n’est pas facile.

Tu ne peux pas vraiment te montrer publiquement et tu ne fais plus de rap… Comment tu fais pour subvenir à tes besoins?
Disons que je ne peux pas vraiment répondre à cette question. Je me débrouille comme je le peux. Je hustle. Je fais ce que j’ai toujours fait dans la vie, avec les moyens que j’ai ici. Je ne peux pas donner plus de détails.

Est-ce que le fait d’avoir été au large pendant deux ans va aggraver ta sentence, tu crois?
Non, je ne crois pas. C’est sûr que ça ne va pas m’aider. Mais les charges sont là. Je faisais partie d’un groupe et je ne peux pas avoir plus de temps à purger qu’eux. Ça n’existe pas une charge de « cavale ». Mais c’est certain que ça ne paraît pas bien devant les autorités.

Est-ce que tu continues à faire du rap?
Au début, j’avais mis ça de côté. Mais là, j’ai reçu des instrumentaux et je me suis mis à grafigner des feuilles. J’aimerais enregistrer de quoi avant de revenir, mais c’est vraiment compliqué. C’est délicat, parce que je ne vais pas alerter les autorités pour rien. Ça va être plus facile une fois de retour au pays, avec un peu de recul, pour raconter tout ce qui s’est passé. J’ai vu des choses qui donnent froid dans le dos. Je ne suis pas capable d’en parler pour le moment. Mais ça va venir, à tête reposée. Ça va être un bon récit de vie.

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T’as pas peur qu’on t’oublie comme rappeur?
C’est quelque chose à laquelle je pense. En plus, lorsque je vais revenir, je ne serai pas disponible pour mes fans pour plusieurs années. Je me dis que je suis en train de vivre une expérience qui vaut beaucoup, même si ce n’est pas toujours le fun. J’essaie d’écrire un peu quand même. Quand je vais revenir, je vais avoir du temps en masse pour concocter un album. Mais je ne sais pas si les gens vont m’avoir oublié. Mais si c’est le cas, je vais leur rappeler que j’existe. Inquiète-toi pas.

Est-ce qu’on peut s’attendre à des paroles en espagnol?
Je ne sais pas si je suis assez bon ! Peut-être à des collaborations. Il n’y a rien de fait, mais je travaille sur quelque chose de gros et d’international. Je me suis fait de bons contacts ici.

Comment t’as pris la mort de ton acolyte de FaceKché, Infrak?
Je l’ai prise très, très, très mal. Ç’a été dur en estie. Je suis tombé dans un genre de dépression. De ne pas pouvoir assister aux funérailles, ç’a fait très, très mal. Je ne l’ai pas digéré encore. Et comme je ne suis pas là, j’ai encore beaucoup de misère à accepter ça. Je n’y crois pas encore que j’ai perdu mon meilleur ami. On dirait que je vais vivre mon deuil à mon retour.

As-tu l’impression d’avoir laissé tomber ton groupe de rap?
Oui. Quand je suis parti, je devais revenir pour la tournée Les poètes maudits de FaceKché. Ça m’a fait chier. Mais les gars ont assuré. Infrak a sorti un album solo et Souldia en a lancé trois depuis mon départ. Je suis extrêmement fier de mes gars et je vois qu’ils se débrouillent très bien.

On te voyait dans un clip récemment de Bardy Boys, avec Shoddy, L Nino et Gld. Pourquoi tu t’es prêté au jeu?
Je ne le savais même pas! Ce n’était qu’un appel comme ça et ils l’ont filmé. Cela dit, ça ne me dérange pas, je trouve ça drôle.

Donc, ce n’était pas un clin d’oeil aux autorités pour leur signaler que t’étais toujours en vie?
Le plus possible, j’essaie d’éviter ça. Faire parler de moi, ce n’est pas mon but du tout. J’ai accepté de te parler, mais ce n’est pas pour alerter les autorités. J’ai assez de problèmes comme ça, je n’ai pas besoin d’en ajouter.

T’as déjà fait du temps en prison par le passé. Donc, tu sais quand même ce qui t’attend à ton retour?
Ben oui. Ça ne me fait pas peur. J’ai une dette envers la société que je vais payer. Mon shift ici achève. Je pense de plus en plus à revenir. Vous allez me revoir la tête par chez vous.

Simon Coutu est sur Twitter.