Illustration par Mathieu Rouland

Voici pourquoi tous les visages sur les pancartes électorales se ressemblent

Comment l’apparence des politiciens influence notre choix dans l’urne.

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sept. 14 2018, 3:47pm

Illustration par Mathieu Rouland

Le grand spécialiste américain de la perception visuelle, Alexander Todorov explique que l’on se forme tous une opinion sur une personne à la seconde où on la voit. Aucun d’entre nous n’a le pouvoir de contrôler ce jugement immédiat, et dans le cadre politique, même les personnes avec des fortes convictions n’y échappent pas.

Les affiches de campagne qui se sont multipliées dans nos villes ces dernières semaines en sont un parfait exemple. Tous les candidats prennent la même pose : visage de face, cadre serré, coiffure impeccable et grand sourire. Ils ne veulent prendre aucun risque. Ils le savent, ils seront aussi jugés sur leur apparence. Mais pourquoi ont-ils choisi d’avoir l’air si plate?

« Le physique, c'est la seule chose qui compte, parce que c’est la seule chose qu’on voit, explique Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM. Est-ce que le candidat me plaît ou me plaît pas? C’est varié pour chaque personne, mais ça entre en compte. »

L’effet de l’apparence sur des élections, de nombreux scientifiques l’ont démontré. Sur les pancartes électorales, par exemple, même si le sourire est parfois crispé, un grand nombre de candidats sourient en montrant les dents. « Et un sourire à pleines dents, ça rapporte », explique Jean Amadieu, auteur de La société du paraître. Cette variable du sourire a été prouvée dans une étude publiée dans la revue Political Psychology . Sur une série d’affiches électorales, les sourires des candidats sont rangés dans trois catégories : pas de sourire, sourire bouche fermée et sourire montrant les dents. La troisième catégorie a systématiquement récolté plus de votes que les autres.

On peut forcer son sourire, mais cacher son âge, c’est plus compliqué. Et un candidat âgé, c’est une des variables qui fait le plus peur aux électeurs. « La calvitie par exemple a toujours été un grand désavantage pour obtenir des fonctions haut placées », explique Jean Amadieu. Pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis, un sondage montrait que 36 % des Américains ne voulaient pas d’un candidat de plus de 70 ans.

Par exemple, sur sa pancarte électorale, le candidat de Québec Solidaire Alexandre Leduc semble avoir une chevelure plus fournie qu'en réalité.

Pour Bernard Motulsky, travailler son apparence pour un politicien, ça fait partie du travail. « Tout est étudié, contrôlé et géré. On regarde la coiffure, les lunettes... Si vous avez un col trop serré dans un débat et que vous êtes un peu mal à l’aise, ça peut vous tuer un débat. » Ces détails peuvent même aller jusqu’à mettre fin à un destin politique. « Pour le fameux débat Nixon-Kennedy, Nixon avait refusé d’être maquillé, et ça a créé un contraste frappant avec la jeunesse de Kennedy. »

Il remarque par ailleurs que la campagne électorale québécoise n’échappe pas à cette attention à l’apparence.

« Pour cette élection, les photos [des affiches de campagne] ont l’air très travaillées sur Photoshop, c’est ça qui me saute aux yeux, note Bernard Motulsky. Les partis savent qu’avec les posters, on a seulement quelques secondes pour se faire une idée, on passe en voiture, ça va vite. Ils veulent se montrer sous leur meilleur jour. »

Les électeurs sont sensibles à l’ensemble de l’apparence, mais plus particulièrement aux visages des personnalités politiques. Jean-François Amadieu fait mention d’une étude de l’Université de Princeton, qui démontre qu’en regardant seulement le visage de candidats que l’on ne connaît pas, on peut prédire 7 fois sur 10 qui gagnera les élections. Dans une autre étude, les chercheurs sont allés plus loin, en prouvant que même des enfants peuvent prédire qui gagnera les élections en se basant seulement sur les photos des candidats.

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Ce que l’on retrouve en fil rouge dans ces études, c’est que le physique a un effet particulièrement important chez les électeurs indécis. Et au Québec comme ailleurs, ils sont nombreux. Dans le dernier sondage réalisé pour Le Devoir et The Gazette, ils représentaient 44 % des répondants. Au final, que les candidats promettent des baisses d’impôt ou de sauver l’environnement, c’est celui qui a le sourire le plus étincelant qui risque de l’emporter...

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