Publicité
10 Questions

10 questions que vous avez toujours voulu poser à un hooligan

Juste avant la Coupe du monde de football, pour essayer de comprendre pourquoi les hooligans aiment tant se battre, on est entré dans la tête de l’un d’entre eux.

par Antonis Konstantaras
15 juin 2018, 2:21pm

Cet article a initialement été publié par VICE Grèce.

En amont de la Coupe du monde 2018, beaucoup s’inquiètent que les hooligans gâchent la fête du foot pour tous les autres amateurs. En parlant avec Dennis*, un fier hooligan et partisan du SG Dynamo Dresde, un club de deuxième division de l’est de l’Allemagne, on comprend bien pourquoi. « Ce n’est pas parce que je pense que c’est cool de blesser des gens, m’a-t-il dit. C’est juste que j’adore donner des coups. »

Dennis assure que son père est fier de son « passe-temps », mais il n’a pas avoué à sa mère qu’il aimait participé à des bagarres organisées avec d’autres hommes adultes qui adorent autant que lui donner des coups.

D’après la police allemande, environ 3500 amateurs de football en Allemagne sont officiellement étiquetés « partisans violents », et des milliers d’autres sont considérés comme enclins à la violence. Je lui ai entre autres demandé pourquoi il aime tant se battre, quelles sont les blessures qu’il a subies et s’il est un danger public.

VICE : Est-ce que tu assistes à des matchs seulement pour te battre?
Dennis : Non, c’est pour encourager le Dynamo. En fait, il n’y a pas très souvent de bagarres dans les stades de nos jours. Ça fait presque 20 ans qu’il n’y a pas eu de vraie bagarre sur le terrain. À l’époque, les propriétaires de club encourageaient les hooligans à être agressifs, en donnant de la bière à la mi-temps. Mais la police a fait cesser les bagarres depuis.

Les vraies bagarres ont maintenant lieu à l’extérieur du stade, parfois dans des champs et des forêts. La plupart ne durent que quelques minutes, mais on a l’impression que ça dure une éternité. En Allemagne et dans la majeure partie de l’ouest de l’Europe, le hooliganisme fait partie de la tradition du football. Dans l’est de l’Europe, les hooligans appartiennent plus au hockey, au basketball et parfois même au water-polo.

Quelle est la pire blessure que tu as infligée à quelqu’un?
Je ne sais pas parce que je ne m’occupe pas de mes adversaires. Je ne leur envoie pas de carte après la bagarre pour savoir s’ils vont bien. Une fois, j’ai entendu dire qu’une personne que j’avais frappée avait subi une double fracture de la mâchoire, mais je ne peux pas savoir si c’est la pire. Dès que quelqu’un est au sol et qu’il ne se relève pas, je le laisse tranquille. C’est dans notre code de conduite : ça s’arrête là.

Est-ce qu’il y a déjà eu un mort au cours d’une bagarre?
Pas à ma connaissance, mais je connais quelqu’un qui est maintenant en fauteuil roulant. Personnellement, j’ai eu plusieurs os brisés. Une fois, je me suis fracturé le poignet parce que j’ai frappé quelqu’un trop fort. Mais les hooligans russes et polonais sont bien pires que nous.

Comment arrangez-vous des bagarres?
Chaque groupe a son chef, qui appelle les autres chefs pour arranger des bagarres. Mais ils n’arrangent rien au téléphone. En Allemagne, beaucoup de hooligans sont sur écoute. Les chefs se rencontrent en personne pour fixer le lieu de la bagarre et le nombre de participants de chaque côté. La plupart du temps, c’est entre 10 et 20 gars. Les chefs parlent aussi des détails, ils s’assurent que personne n’apporte d’arme ou de gants lestés. Moi, je porte toujours une coquille, et je me prépare en évitant de boire et en me reposant beaucoup dans les trois jours qui précèdent.

Est-ce que les hooligans deviennent de plus en plus stupides au fil des bagarres?
C’est quoi cette question stupide! T’essaies de me provoquer?

Est-ce que tu es un danger public?
Peut-être. Mais je pense que je maintiens l’équilibre dans ma vie. Je ne cherche pas la bagarre dans la vie de tous les jours, mais si quelqu’un me provoque dans la rue, il est responsable de ce qui se passera ensuite.

Pourquoi est-ce que vous ne choisissez pas un passe-temps plus constructif?
Il faut de tout pour faire un monde, j’imagine. Des gens aiment chasser le rhinocéros en Afrique, et moi, j’aime casser des gueules. Mais j’ai aussi des passe-temps relaxants. J’aime la cuisine italienne, par exemple.

Est-ce que tous les hooligans sont d’extrême droite?
Ce n’est pas mon cas, mais je dirais que la moitié sont d’extrême droite. Avec eux, on entend toujours le genre de blagues auxquelles on s’attend, des blagues sur les juifs, les musulmans, Angela Merkel. Je crois que je ne connais aucun hooligan de gauche.

Est-ce qu’il y a des femmes qui sont attirées par les hooligans?
Oui, il y en a.

Est-ce que vous prenez des suppléments pour être plus fort?
Non, je ne prends aucun supplément d’entraînement. Je préfère la cocaïne.

* Le nom de la personne citée a été changé pour préserver son anonymat. La photo en une n'est pas de la personne interviewée.

Tagged:
Culture
Sports
violence
soccer
hooligan
Hooligans
VICE International