À la rencontre de Tess Roby, qui refaçonne l’électro-pop pour le sortir des limites du son

« Beacon, c’est le résultat d’un travail de longue haleine. Il a une importance monumentale, presque sacrée à mes yeux. »

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17 avril 2018, 8:51pm

C’est en mai dernier que Tess Roby révélait le single Ballad 5 pour annoncer la sortie de son premier album, Beacon, qui sortira le 20 avril. Découverte par nul autre que Johnny Jewel, l'étincelle créative derrière le label californien Italians Do It Better, la musique de cette éternelle indisciplinée vient contraster avec la palette new wave trop souvent recyclée en électro-pop actuel.

La sortie de Beacon vient boucler plusieurs années de travail pour Roby. Écrit en 2015 et enregistré l’année suivante, le projet a dû être laissé en suspens quand elle a perdu son financement. « Je venais tout juste de me faire virer d’un job de barista parce que mon français n’était pas assez bon, raconte-t-elle en riant. J’étais vraiment fauchée, je ne pouvais même pas payer mon mastering. » C’est alors qu’elle a reçu l’appel de Johnny Jewel et qu’elle a enfin pu y mettre les touches finales.

VICE l’a rencontrée pour comprendre comment sa passion pour la photo lui a permis de transformer la création de son album en une œuvre multidisciplinaire.

VICE : L’album devait sortir en 2017, pourquoi la sortie a été repoussée?
Tess Roby : Honnêtement, je suis ce qu’on peut appeler une control freak, tant en photographie qu’en musique. Je suis obsédée par une vision, une idée spécifique. Mon entourage pourrait t’en parler. Je me suis mêlée de tout : la direction photo, réalisation, post-prod… J’ai coréalisé tout mon visuel et mes vidéoclips. Beacon, c’est le résultat d’un travail de longue haleine. Il a une importance monumentale, presque sacrée à mes yeux.

Est-ce que c’est parce que c’est ton premier album?
J’ai aussi vécu beaucoup de choses dans ma vie personnelle à cette période. La majeure partie de l’album a été créée après le décès de mon père, ç’a été m’a façon de faire le deuil de celui qui m’a inculqué une grande partie de ma passion pour la musique. En tant qu’artiste, je me considère extrêmement chanceuse d’avoir pu canaliser ma peine dans quelque chose de créatif, d’honnête et de puissant. Ce n’est pas quelque chose que j’ai fait pour le public, c’est un album que j’ai fait d’abord et avant tout pour moi.

Parle-moi du titre, Beacon, et de ton lien avec l’endroit?
J’ai de la famille anglaise qui y vit, c’est un massif montagneux du sud du pays de Galles. Dans mon enfance, on y passait beaucoup de temps, on y allait souvent pour le Nouvel An. J’ai du mal à l’expliquer, mais j’ai toujours été attirée par l’endroit. C’était très important pour (mon frère et guitariste) Eliot et moi de relier l’album à ce lieu mythique.

À la base, le titre m’est venu d’une série de photos, certaines prises par mon père et d’autres par mon copain Hugo (Bernier) et moi. La couverture de l’album, par exemple, est une collaboration. Ceci dit, l’œuvre la plus importante est celle sur laquelle tu tombes quand tu ouvres la pochette. Je l’ai mise à l’intérieur parce qu’elle est plus personnelle à mes yeux. C’est une énorme photo de moi, prise par mon père quand j’étais petite. Je marche seule, de dos vers la colline, le soleil frappe fort, c’est presque éblouissant. Il y a quelque chose de divin dans ce cliché, quelque chose d’éternel, une mémoire figée d’un temps passé que je ne retrouverai jamais. Bref, tout ce que j’ai cherché à transmettre à travers Beacon, c’est une petite collection de souvenirs, où chaque chanson porte sa propre histoire.

Musicalement, quelle direction voulais-tu prendre avec Beacon ?
La plupart des gens ont du mal à classifier ma musique dans un genre spécifique, et ça me fait plaisir. Il n’y a jamais vraiment eu de direction. Un an après le décès de mon père, je suis retournée à Toronto et j’ai pris un vieux synthé, un Juno 106 qui était dans son studio. À l’instant où j’ai joué dessus, j’ai su que c’était l’instrument qui me servirait de base pour mon album. Même s’il était vieux et super lourd, je l’ai ramené avec moi à Montréal et j’ai commencé à composer avec. J’ai du mal à décrire mon style, ça varie vraiment de chanson en chanson. Ballad 5, par exemple, est une ballade typiquement 80’s. Je l’ai nommé en l’honneur du pattern que j’ai utilisé sur mon drum machine. Eh oui, j’en utilise [rires].

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La sortie d’une session
live de KEXP t’a poussée à faire un gros power move et à t’exprimer publiquement sur les réseaux sociaux. Pourquoi c’était important pour toi d’en parler?
J’ai fait cette session live en octobre dernier, c’était la première fois que le public allait entendre les chansons de l’album. Le soundman ce soir-là a oublié d’envoyer le mix final à mon ingénieur de son comme convenu. Quand j’ai entendu la version qui a été mise en ligne, j’ai paniqué, ça ne ressemblait pas du tout à mes chansons, le son était mal mixé, les drums étaient trop forts, donc j’ai dit quelque chose.

[Les gens de] KEXP ont été très compréhensifs et ont réajusté le tir par la suite. Mais cette expérience m’a replongée dans mon passé, dans le temps où j’avais peur de m’exprimer, de dire ce qui n’allait pas. Tu sais, je fais extrêmement attention à mon entourage artistique, je pense que c’est important en tant que femme de s’entourer de personnes en qui on a confiance. Parfois, on ne nous écoute pas et on passe outre nos opinions, mais il faut parler. C’est important d’avoir un certain contrôle sur notre art. Dans cette industrie on sait jamais vraiment à qui faire confiance, il y a beaucoup de requins, mais je suis très heureuse d’avoir la chance d’être entourée des gens qui sont vraiment là que pour la musique.

Tess Roby lancera Beacon le 19 avril à la Sala Rossa.

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