Un nouveau groupe ultranationaliste montrera ses couleurs le 30 septembre

The Northern Guard, un boys’ club composé d’anciens Soldats d’Odin, veut imiter les « patriotes » armés du Three Percent.

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sept. 6 2017, 7:21pm

The Northern Guard, un nouveau groupe ultranationaliste conservateur compte manifester contre ce qu'ils appellent faussement de « l'immigration illégale », le 30 septembre à Lacolle, aux côtés de Storm Alliance, et à Ottawa, devant le parlement fédéral. Formée notamment d'anciens membres de Soldiers of Odin, cette confrérie veut « défendre le pays contre ses ennemis internes ».

J'ai rencontré deux membres de la Northern Guard dans une taverne de Gatineau, Le Petit Canot, qui leur sert aussi un de lieu de réunion. À l'échelle nationale, ils sont environ 300, à en croire la page Facebook du groupe fondé au mois de juin à Moncton par Nick Gallant, ancien président provincial de Soldiers of Odin pour le Nouveau-Brunswick.

Au printemps dernier, la formation anti-immigration Soldiers of Odin (SOO) a vécu une crise interne, alors que des membres canadiens souhaitaient se distancier des positions racistes du fondateur du groupe, le Finlandais Mika Ranta. De ce schisme sont nés Storm Alliance et The Northern Guard.

Brian Wallingford, un opérateur de machinerie lourde de Maniwaki et ancien vice-président provincial de SOO est aujourd'hui recruteur national pour The Northern Guard. « En Finlande, SOO est un groupe de skinheads », m'explique l'homme de 43 ans, les bras couverts de tatouages. « On finissait toujours par se faire traiter de racistes. On a donc fondé un groupe avec des valeurs canadiennes. »

S'ils ne se disent pas racistes, les membres de The Northern Guard en ont contre l'islam et les milliers de migrants, principalement haïtiens, qui ont traversé la frontière américaine depuis le début de l'été. Sur la page Facebook du groupe, on ne compte plus les publications qui associent l'islam au terrorisme ou qui prédisent l'instauration de la charia au pays.

The Northern Guard avance que le Canada devrait tout simplement fermer la porte à toute forme d'immigration jusqu'à nouvel ordre. « Il y en a beaucoup trop, dit Éric Brazeau, un résident d'Aylmer qui est porte-parole du groupe pour le Québec et l'Ontario. On n'est pas capable de soutenir nos vétérans et les sans-abri. On n'ira pas payer pour les Haïtiens. En plus, plusieurs sont des criminels. S'ils font des crimes dans notre communauté, on va être là pour protéger et éduquer nos voisins. » Le mois dernier, la GRC a affirmé que moins de 1 % des migrants ayant traversé la frontière depuis novembre 2016 ont été détenus à cause d'un dossier criminel.

Brian Wallingford est à ce jour le modérateur de la page québécoise de Three Percent, un groupe de « patriotes canadiens » anti-islam armés. D'ailleurs, il souhaite que The Northern Guard adopte éventuellement une approche similaire. « Je suis pro-armes et je ne m'en cacherai pas, dit-il. Si une personne a à se défendre pour assurer sa sécurité, je veux qu'elle soit éduquée au maniement des armes à feu, dit-il. On veut des personnes responsables. Si ça arrive un jour qu'on ait à défendre notre pays, il faut savoir comment. »

À l'image de groupes américains comme les Minutemen, ces milices citoyennes armées postées à la frontière avec le Mexique, The Northern Guard aimerait faire de même pour traquer les Haïtiens qui veulent entrer au Canada. « Nos membres sont prêts, dit Brazeau. Mais on respecte les lois, donc on ne le fera pas si on nous l'interdit. »

À écouter les deux hommes, l'Amérique du Nord risque de vivre une guerre civile dans un avenir rapproché. Et ils veulent être prêts, avec leurs quelques dizaines de membres sur Facebook. « Le gouvernement libéral est en grosse collusion avec [le milliardaire américain et Père Fouettard de la droite] George Soros et les Clinton, avance Éric Brazeau. C'est un plan qui est en train de détruire notre Canada libre. On est rendu qu'on a peur d'être chrétiens. Si le gouvernement continue à bafouer nos droits, ça se peut qu'on vive une guerre civile. Charlottesville, c'est juste le commencement. »

Et pour l'instant, The Northern Guard est un vrai boys club. Les femmes ne sont pas admises dans leurs rangs. Mais le groupe compte éventuellement fonder une faction féminine qui serait nommée The Northern Maidens. « On est un brotherhood. Dans SOO, quand Katy Latulippe est devenue présidente, des gens ne voulaient pas se faire mener par une femme et ça divisait les gens. Un homme qui gère une gang de femmes, ou le contraire, ça ne fonctionne pas. »

La manifestation du 30 septembre est la première apparition publique officielle de The Northern Alliance, qui vient de faire broder les vestes aux couleurs du groupe. Jusqu'à maintenant, les membres se limitaient à des discussions sur les réseaux sociaux ou autour d'un BBQ, ou encore au coup de main pour rénover la maison d'un confrère. Mais on en attend davantage d'eux. « On ne veut pas de keyboard warrior, martèle Brian Wallingford. Je l'ai trop vu avec SOO et La Meute. On veut que les gens se déplacent pour aider. »

Simon Coutu est sur Twitter.

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