Culture

La fois où Guns N’ Roses et Metallica ont failli détruire le Stade

Retour sur les émeutes après le double-concert légendaire de 1992.

par Billy Eff
18 août 2017, 7:19pm

John Semley pour VICE

Le 8 août 1992, il y a 25 ans cette année, un des spectacles qui a le plus déraillé de l'histoire du Québec (et du rock'n'roll) a eu lieu au Stade olympique. Pour plusieurs, c'était LE show à ne pas manquer. Une affiche stacked : Faith No More, Metallica et le groupe le plus chaud de l'heure, Guns N' Roses. Ce qui aurait dû être un beau moment s'est terminé en émeute générale qui aura causé près d'un demi-million de dollars de dommage.

« Je sentais que quelque chose allait mal tourner », expliquait en entrevue après le spectacle Lars Ullrich, le batteur de Metallica. À cause d'un changement de la disposition des pièces pyrotechniques sur scène, le chanteur du groupe, James Hetfield, a subi de graves brûlures aux bras et au visage, en plein milieu du concert, puis été transporté d'urgence à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Les agents de sécurité ne semblaient pas préparés pour ce genre de situation, raconte Hetfield. « Les gars de sécurité se promenaient un peu partout et, à un moment, il y en a un qui me bouscule et accroche ma main [brûlée]. J'ai perdu la tête. J'ai crié et je lui ai donné un coup de poing dans les couilles! »

Après avoir été informé de la situation, le public était bien évidemment déçu. Au moins, se disait-on, Guns N' Roses commencerait sa prestation plus tôt.

Pour les plus jeunes qui n'ont pas connu Guns N' Roses, ceci vaut la peine d'être dit : c'était fort probablement le dernier groupe à vraiment vivre le mode de vie sexe, drogue, rock'n'roll. Et Axl Rose était la plus grande diva de l'époque. Mariah Carey à la puissance mille. Il était connu pour ses problèmes de consommation, il adorait détruire des chambres d'hôtel et il était toujours en retard au spectacle (s'il se pointait). Une fois, il était même trois heures en retard parce qu'il regardait Ninja Turtles 2.

La tournée de 1992 avait été particulièrement dure pour Axl. Il s'était ruiné les cordes vocales quelques jours avant le spectacle à Montréal, il s'était fait arrêté à cause d'une émeute survenue plus tôt dans l'année au Missouri et Mike Patton de Faith No More avait chié dans son jus d'orange.

La rumeur courait aussi qu'il était très intéressé par l'occulte et le mysticisme. Une voyante lui aurait apparemment conseillé de ne pas se produire en spectacle dans des villes dont le nom commence par la lettre M. Le producteur de la tournée a exigé qu'il se produise à Montréal, et Axl a accepté, mais il n'était pas très content. Quand il a appris la nouvelle de l'accident de James Hetfield, il a fait tout ce que bon chanteur de rock fait : il a décidé de rester dans sa loge et de ne monter sur scène qu'à l'heure prévue.

Après avoir fait attendre le public pendant deux heures, Guns N' Roses est finalement monté sur scène. Il était évident qu'Axl n'avait pas envie d'être là. Sa voix était encore mauvaise, et il y aurait apparemment eu un problème avec la disposition des moniteurs sur la scène, ce qui aurait causé de la rétroaction extrêmement déplaisante. « Pour ceux que ça intéresse, c'est probablement le dernier de nos concerts pour un bon moment », a lancé le chanteur, après avoir expliqué qu'il y avait des tensions au sein du groupe à cause d'un incident survenu la veille.

Après 55 minutes, Axl a quitté la scène, suivi par le reste du groupe. « Faites-vous rembourser! », aurait-il crié en s'éclipsant. Une limousine est venue chercher le groupe en arrière-scène et, en très peu de temps, ils étaient partis, et le public n'était pas de bonne humeur. Le promoteur de la soirée a ajouté de l'huile sur le feu en décidant que les spectateurs ne seraient pas remboursés.

« Une chose que j'ai remarquée, c'est qu'il n'y avait pas d'alcool, seulement de la bière 0.5% », me raconte Stéphane Pelletier, qui était présent le soir du spectacle. « Si le monde avait été sur la brosse, comment est-ce que ça aurait fini? »

Après une prestation de presque une heure et demie de Metallica et une heure de Gun N' Roses, la foule n'en avait pas eu pour son argent. Ils avaient payé 35 $ (LOL) pour voir les deux plus grands groupes de la décennie et ils en voulaient pour leur argent. Des 53 000 spectateurs, environ 2000 étaient plus pissed que les autres.

Sur le parterre du Stade, des (ex-) fans se sont mis à brûler leur chandail de Guns N' Roses. Stéphane Pelletier et ses amis, du haut des gradins, ont pu voir la scène dégénérer. « On remarquait que certaines personnes mettaient le feu à des drapeaux de Guns N' Roses sur les bancs du Stade », se souvient-il. « Tout ce qui était à l'effigie de GNR est parti en flammes, que ce soit les gilets, les drapeaux. »

Dans la foulée, des spectateurs en ont profité pour dévaliser le kiosque de merch des Expos.

D'autres ont pété des lavabos.

Image : Capture d'écran de Radio-Canada

Ça a par contre vraiment été le début de la fin quand des émeutiers se sont rendu compte qu'il y avait, un peu partout dans le Stade, des voitures exposées à des fins publicitaires. Le party a pogné. Des vandales ont saccagé les voitures, certains allant jusqu'à les mettre en feu. Ceux qui ont déjà été dans la foule d'une émeute le savent, une fois qu'on a goûté aux douces saveurs de la destruction de biens financés par l'État, on en veut plus.

Les policiers, qui s'attendaient à ce que le spectacle se termine plus tard en soirée, n'étaient pas préparés à ce qu'une émeute se déclare. Boîtes postales, lampadaires, panneaux de signalisation, voitures de police : les émeutiers s'en sont pris à tout ce qu'ils trouvaient, encouragés et acclamés par les féroces cris de guerre de leurs comparses.

Après quelques minutes, 300 policiers et la brigade antiémeute sont arrivés pour rediriger les gens vers le métro et contenir les émeutiers. Ce ne fut pas une tâche facile; trois policiers ont été blessés au cours de l'opération.

« Tout le monde courait partout, les policiers frappaient dans le tas », a raconté à Radio-Canada un spectateur.

Bilan : dix civils blessés, une douzaine d'arrestations et 400 000 $ de dégâts. Un petit samedi soir ben tranquille au Big O.

Au moins, la soirée a été amusante pour une personne. Craig Duswalt, l'assistant personnel d'Axl Rose, raconte dans son autobiographie avoir rencontré sa femme ce soir-là. « Je suis marié à Natasha aujourd'hui parce que James Hetfield s'est placé sur une pièce pyrotechnique et s'est brûlé au second degré aux bras et aux mains le 8 août 1992 à Montréal », écrit-il.

Peut-être que cette émeute a consolidé l'importance de Montréal en tant que ville du rock. Peut-être que c'est ce genre d'événement qui fait que le Québec reste un bastion fort du dad rock. Peut-être, même, que ce n'était pas la faute des groupes ou des émeutiers, mais bien celle du Stade olympique, comme l'a suggéré Slash.

Après avoir été condamné sur la place publique par ses anciens fans, banni du Stade olympique par la Régie des installations olympiques et chamboulé par de nombreux changements au sein du groupe, est-ce que Guns N' Roses a appris la leçon? Le groupe sera de retour ce week-end, pour un spectacle au parc Jean-Drapeau. Ce sera la première fois qu'Axl, Slash et Izzy remettront les pieds ici ensemble depuis 1992. À 150 $ pour le billet le moins cher, est-ce que leurs fans d'antan qui ont tout cassé pour 35 $ à moitié perdus seront là pour leur donner une deuxième chance?

« Je vais être au show cette fin de semaine avec le gilet que je portais ce soir-là », me dit Stéphane Pelletier.

Ah, nostalgie, quand tu nous tiens…

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