Tant que MikeQ sera là, le futur du ballroom sera sauf

Le légendaire DJ et producteur nous parle d’appropriation culturelle et de la scène kiki.

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août 10 2018, 5:56pm

Photo via Instagram

Lorsqu’on parle de ballroom, le genre musical associé au voguing et à la scène ball, il faut forcément parler de MikeQ. Depuis plus d’une décennie, le DJ et producteur est devenu, malgré lui, la figure de proue du style musical et l’ambassadeur de la nouvelle génération du ballroom à l’échelle internationale. Endossé autant par ses pairs que par des célébrités comme Diplo, Missy Elliott et Frank Ocean (qui lui a demandé d’être DJ pour son 30e anniversaire), MikeQ a contribué plus que quiconque à faire connaître son genre musical.

De passage à Montréal ce week-end pour les festivités de la Fierté et le POP Kiki Ball, on a saisi l’occasion de discuter avec lui de son impact culturel, d’appropriation culturelle et du futur de la scène ballroom.

VICE : Tu as la chance de parcourir le monde pour mixer à différents balls. La scène ball canadienne est assez jeune, comment trouves-tu qu’elle se compare à des scènes plus établies, comme celle de New York?
MikeQ : Je suis très excité de mixer ce week-end, car ce sera mon premier kiki en tant que DJ au Canada. J’ai assisté à un ball à Toronto l’été dernier, mais seulement en tant que spectateur. C’était très excitant, je me suis beaucoup amusé. La scène m’a l’air assez similaire à celle de New York, mais avec plus de liberté et moins de politique.

Pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas, pourrais-tu expliquer ce qu’est pour toi la différence entre un ball et un kiki?
La grande différence, c’est que les kikis, c’est pour les jeunes. Il y a un aspect plus social et plus communautaire. Souvent ce sont des kids qui n’ont pas nécessairement l’âge ou l’expérience pour participer à des balls. C’est un peu leur école : les catégories sont à peu près pareilles et j’essaie d’avoir la même approche en termes de DJ’ing et de direction musicale.

Avec ton label, Qween Beat, vous repoussez constamment les limites du ballroom, est-ce que c’est un truc qui vous vient naturellement ou un choix conscient?
Je crois que c’est très personnel à chaque personne sur le label. La plupart sont assez jeunes et aiment expérimenter. Quant à moi, le fait que je me déplace beaucoup et que je mixe dans des soirées club plus conventionnelles fait que je suis exposé à des millions de trucs différents. Donc j’aime intégrer d’autres styles dans ce que je fais, ça a toujours été mon approche.

Justement, à propos de musique, le « Ha! » est très important dans le ballroom, et il est utilisé depuis longtemps. Crois-tu que quelqu’un arrivera bientôt avec un nouveau son qui remplacera le « Ha! » ou aura la même importance?
Le « Ha! » est irremplaçable. Je crois qu’aucun son n’est aussi emblématique de tout un style musical, de toute une culture que le « Ha! » Il y a bien sûr d’autres sons qui sont importants dans le ballroom, mais celui-ci est iconique : dès qu’on l’entend, on sait ce qu’on a à faire.

Que penses-tu de tous ces jeunes producteurs qui utilisent le « Ha! » dans leurs chansons sans connaître quoi que ce soit à la culture ball ?
Je les déteste et je n’ai aucun problème à leur faire savoir. Il y a justement récemment un DJ assez connu qui ne fait pas partie de la scène qui a dit sur Facebook qu’il allait se mettre à faire du ballroom, comme ça il pourrait faire plein d’argent et se faire booker partout.

Pourquoi crois-tu qu’il y a un engouement aussi fort pour ce style musical en ce moment? Et as-tu peur que ça ruine la scène?
Dès que quelque chose est vendu comme étant « nouveau » et intéressant, tout le monde veut se l’approprier. Mais je fais ce métier depuis assez longtemps, j’ai vu beaucoup de styles se faire approprier et piller, et mourir aussitôt. Mais ça n’arrivera pas au ballroom, j’en suis confiant, notre communauté est trop forte. Notre scène est le dernier vrai safe space pour les gens queer de couleur.

VICE Québec est fier de co-présenter le POP Kiki Ball, le 12 août au Parc des Faubourgs.

Billy Eff est sur internet ici et .

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