Le guide VICE de l'Euro 2021

Pas besoin de passeport vaccinal pour découvrir le groupe des Bleus (et les autres).

15 juin 2021, 12:38pm

Le coup d’envoi de l’Euro 2021 de football a été officiellement donné à Rome vendredi 11 juin quand Fratelli d’Italia a résonné dans les travées d’un Stadio Olimpico aux ¾ vides. L’Italie s’apprêtait alors à ne faire qu’une bouchée de la Turquie en match d’ouverture (3-0). On a préféré attendre le démarrage officieux de la compétition, qui coïncide avec l’entrée en lice des Bleus ce mardi 15 juin à 21 heures contre l’Allemagne à Munich, pour vous servir ce petit guide pratique à destination du fan et du néophyte. 

Sachant que la plupart des joueurs sont sortis lessivés d’une saison éreintante, ne soyez pas trop vache avec eux. Le tournoi a déjà failli tourner au drame, dimanche dernier, quand l’international danois Christian Eriksen s’est écroulé en plein match, victime d’un malaise cardiaque. Aujourd’hui, ça va un peu mieux pour lui mais il serait grand temps que les instances réforment les cadences infernales auxquelles sont soumis les acteurs de ce sport.

Histoire que vous ayez une vague idée de ce qui attend la bande à Karim Benzema et que vous ne soyez pas totalement démuni au moment où la France plongera tête bêche dans ce grand raout paneuropéen que Michel Platini avait appelé de ses vœux, vous trouverez ci-dessous les 24 équipes dispatchées dans six groupes et onze villes allant de Séville à Bakou. Bon Euro 21 à tous !

GROUPE F

FRANCE

L’état des lieux : Auréolés du statut de grand favori, les Bleus entrent dans la compétition avec trop de certitudes pour ne pas se faire rattraper à un moment par le col du maillot et la réalité. Avec un peu de chance, le premier match agira comme un électrochoc et permettra au seul quotidien sportif du pays (qui se vante à longueur d’édito d’avoir inventé 99% des compétitions) de mettre « UNE LEÇON D’HUMILITE » en Une après s’être fendu d’un « TOUT LE MONDE NOUS LES ENVIE ».

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Le problème à régler : Didier Deschamps doit résoudre deux équations. Comment jouer avec un trio offensif que « TOUT LE MONDE NOUS ENVIE » certes, mais qui demande uniquement la balle dans les pieds ce qui peut finir par être pénalisant contres des blocs bas. Et comment gérer Véronique Rabiot, mère et agent d’Adrien, une fois que ce dernier aura été mis sur le banc par Corentin Tolisso.

Le joueur à suivre : Le battage médiatique autour du retour de Karim Benzema en EDF cinq ans après sa dernière sélection a beau friser l’hystérie collective, c’est clairement le miel de cet Euro. Quoiqu’il arrive, le scénario sera dingue. Comme contre les Bulgares, un match qui comptait a priori pour du beurre mais qui a vu KB9 sortir sur blessure (béquille sans conséquence) et son remplaçant Olivier Giroud planter un doublé avant de se plaindre d’être mal servi par Kylian Mbappé qui lui fait la gueule depuis. Coup de billard shakespearien à trois bandes.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Ah ouais t’es fans des Bleus ? Cite-moi deux rappeurs qui ont déjà fait rimer Benzema et eczéma alors ».

HONGRIE

L’état des lieux : Que la participation à une phase finale de grande compétition internationale soit déjà une petite victoire en dit long sur le désert traversé par cet immense pays de ballon rond qu’est la Hongrie. Pour leur deuxième Euro d’affilée, les Magyars vont tenter de faire aussi bonne figure qu’en 2016 – ils avaient atteint les 8e en tenant notamment tête au Portugal dans un match de poule spectaculaire (3-3). Mais l’enjeu est ailleurs : une patiente reconstruction bien aidée par l’argent public que Viktor Orban fait ruisseler sur son sport préféré pour dominer à nouveau le foot dans les siècles à venir. On y croit.

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Le problème à régler : La retraite de Gabor Kiraly, seul gardien à jouer en jogging au XXIe siècle, semble avoir été plutôt bien digérée, la seule menace qui pèse sur l’équipe est un potentiel sabotage venu de la Chine alors que les protestations contre l’ouverture à Budapest d’une antenne de l’université de Fudan – soupçonnée d’être un cheval de Troie du Parti communiste chinois – se font de plus en plus vives.

Le joueur à suivre : Dominik Szoboszlai, si le wonderkid passé par les équipes Red Bull (Salzburg et Leipzig) ne s’était pas blessé, il aurait probablement éclaboussé l’Euro de son talent. On se contentera donc d’observer son remplaçant dans le onze de départ, Andras Schäfer, joueur du FC DAC, le club de Dunajska Streda supporté par la minorité hongroise de Slovaquie selon Wikipédia.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Puskas n’était pas hors-jeu en 1954 ».

ALLEMAGNE

L’état des lieux : Après une Coupe du monde 2018 cataclysmique, le sélectionneur Joachim Löw avait décidé de se débarrasser de quelques vieux meubles – en l’occurrence Mats Hummels et Thomas Müller. À l’annonce d’un groupe composé de la France et du Portugal, il les a rappelés un peu comme quand on envoie un texto à son ex au milieu de la pandémie parce qu’on flippe et qu’on a l’impression que c’était mieux avant. Spoiler : pas nécessairement. 

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Le problème à régler : On s’apprêtait à écrire un truc assez mesquin sur les récents déboires de la Mannschaft et la décision un peu rincée de choisir David Hasselhoff comme mascotte de la campagne de vaccination locale et puis tout ce petit monde a atomisé la Lettonie en amical 7-1. Alles ist gut en fait.

Le joueur à suivre : Défenseur central longtemps moqué pour sa maladresse, Antonio Rüdiger a été comme transformé par l’arrivée de son compatriote Thomas Tuchel sur le banc de Chelsea. Décisif lors de la dernière finale de Ligue des Champions, coupant toutes les trajectoires dont celle du plancher orbital de ce malheureux Kevin De Bruyne.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Timo Werner est peut-être incapable de cadrer une frappe mais ses appels transpercent les défenses et ouvrent des boulevards pour ses coéquipiers. »

PORTUGAL

L’état des lieux : Certains ont tenté d’effacer l’évidence de leur mémoire mais, comme tous les trucs enfouis au plus profond de la 3e division du subconscient et le SC Bastia, elle a fini par refaire surface : le Portugal est bien champion d’Europe en titre. Mieux, le Portugal apparaît assez outillé pour gagner à nouveau : Cristiano Ronaldo tient encore sur ses deux jambes, Diogo Jota est la seule satisfaction de Liverpool cette année et Danilo Pereira qui s’était plaint de jouer en défense centrale au PSG est maintenant prêt à le faire sans ronchonner.

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Le problème à régler : La seule inquiétude, outre le forfait de dernière minute de Joao Cancelo pour Covid, c’est de savoir si les cinq pions qui séparent CR7 du record de buts inscrits en sélection nationale (109 pour Ali Daei avec l’Iran) ne seront pas un frein à l’épanouissement de la Seleção das Quinas. Parviendra-t-il à s’en servir comme fuel ou sera-t-il assez patient pour attendre de les planter contre le Luxembourg à l’automne ?

Le joueur à suivre : À l’inverse de beaucoup, Pepe a plus de cheveux aujourd’hui qu’il y a dix ans et son passage à Besiktas n’explique pas tout. À 38 ans, le rugueux défenseur qui a traumatisé plusieurs générations de blaugrana – il était l’arme de destruction massive employée par le Real Madrid sur les chevilles des Barcelonais lors de nombreux clasico – est revenu à Porto pour remporter un titre de champion (2019-2020) et sortir la Juve en Ligue des champions (2021). Héros.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Les courses d’élans de Bruno Fernandes sur penalty devraient être condamnées par le tribunal de La Haye ».

GROUPE E

SLOVAQUIE

L’état des lieux : À chaque fois que je vais chez le dentiste, c’est la même histoire. Il me dévitalise une ou deux molaires et, au moment de me rendre ma Carte Vitale en m’engueulant, commence à égrener le nom des joueurs que le Paris Saint-Germain devrait recruter. Cela fait bien cinq ans qu’il me tanne avec Milan Skriniar alors que je le soupçonne de ne pas l’avoir vu jouer un match entier. Le défenseur de l’Inter Milan ayant pris avec brio la relève de Martin Skrtel en sélection, force est de constater que la Slovaquie parvient à sortir régulièrement de bons joueurs de foot – ce qui n’est pas si mal pour un pays où le sport national est le hockey sur glace. 

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Le problème à régler : La colonne vertébrale de l’équipe est loin d’être dégueulasse, Martin Dubravka est un gardien plutôt rassurant et devant lui s’ébrouent quelques bons tripoteurs de ballon. Sur les côtés par contre, c’est les portes du saloon. Les latéraux titulaires, Tomas Hubocan et Peter Pekarik, ont 69 ans (rires) à eux deux. Le premier, notamment, n’a pas laissé un souvenir impérissable du côté de la Canebière et coule aujourd’hui une heureuse pré-retraite dans la tiédeur des nuits chypriotes. Je ne connais pas le deuxième mais ça ne m’empêche pas d’être inquiet.

Le joueur à suivre : Si Marek Hamsik est le Slovaque le plus connu avec Peter Sagan et Andy Warhol, les Napolitains y sont pour quelque chose. Au pied du Vésuve, il est une idole seulement dépassée par l’ombre d’El Diez. L’histoire d’amour avec les Partenopei a commencé en 2007, le joueur signe alors dans un club qui vient de monter en Serie A et s’apprête à renouer avec son glorieux passé. Il sera un des artisans les plus dévoués de cette renaissance. Après un exil en Chine, Marek, son mohawk et ses chaussettes baissées vit probablement une des dernières grandes compétitions de sa carrière.

La petite phrase pour briller en fanzone : « J’ai trouvé le cabernet veneto d’Hamsik un poil tannique »

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SUÈDE

L’état des lieux : No Zlatan, no party ? Un seul attaquant du Milan AC vous manque et tout est dépeuplé. La Suède a retenu son souffle à l’annonce du « return of the God » avant que le storytelling ne se casse la gueule et qu’une blessure contractée au crépuscule du championnat italien prive Ibrahimovic de l’Euro. En même temps, l’équipe nationale n’avait eu besoin ni de Dieu ni du Z pour atteindre les quarts de finale lors de la dernière Coupe du monde. Juste d’un solide alliage de physique et de technique – incarné par des milieux de terrain polyvalents type Emil Forsberg ou Albin Ekdal. Pas d’effets spéciaux mais une équipe particulièrement chiante à jouer. 

Le problème à régler : Trouver des hot-dogs de qualité pour Jan Olof Andersson. Le sélectionneur suédois est si féru de ce sandwich qu’en 2018, la Fédération avait spécialement envoyé en Russie des petits pains à cet effet ainsi que le condiment au concombre favori de « Janne ». Dans un portrait publié sur le site de la FIFA, on apprend même qu’Andersson avait fait un classement des meilleurs hot-dogs servis dans le championnat suédois lors de son passage sur le banc d’Halmstad BK et concédait une préférence pour ceux du stade d’Hammarby.

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Le joueur à suivre : Jordan, fils d’Henrik Larsson, l’ancienne star à dreadlocks du Celtic, a remplacé numériquement Zlatan dans les 26 mais c’est Marcus Berg et son parcours de matériel de guerre catégorie A (Grèce – Emirats arabes unis – Russie) qui va devoir peser sur les défenses à sa place dans le onze de départ.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Victor Lindelöf n’a jamais couru aussi vite que l’été dernier quand il est parti à la poursuite d’un mec qui tentait de voler le sac d’une petite vieille. »

POLOGNE

L’état des lieux : La Pologne s’est payé le luxe de virer son sélectionneur, Jerzy Brzeczek juste avant l’Euro. Jerzy (médaillé d’argent aux JO de Barcelone en 1992, comme quoi on n’est jamais à l’abri) trinque pour le groupe après une série de mauvais résultats et un jeu moribond ce qui veut dire que les Polonais sont des gens exigeants et que son successeur, Paulo Sousa, va devoir faire mieux. L’éphémère entraîneur des Girondins de Bordeaux n’a pas encore rempli cette part du contrat mais la Pologne est passée à un 3-5-2 qui lui a fait gagner quelques points chez les fans de Didier Roustan.

Le problème à régler : Quel que soit le système utilisé, l’important sera surtout d’alimenter en ballon Robert Lewandowski qui est aujourd’hui le meilleur attaquant du monde. Cette année, il a réussi l’exploit de dépasser le record de buts sur une saison en Bundesliga que détenait Gerd Müller depuis 1972 (41). En sélection, il devra se débrouiller tout seul devant puisque son habituel compère Arkadiusz Milik a déclaré forfait pour une blessure au genou.

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Le joueur à suivre : Et ce n’est pas le plus compliqué à rattraper. Le poids des années commençant à se faire sentir, Kamil Glik – célébré par le rappeur italien Willie Peyote dans un son du même nom et grand artisan du titre de champion de France remporté par l’AS Monaco en 2017 – court tous les jours un peu moins vite mais ce qu’il perd en allure, il le compense avec le cœur.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Jean-Paul II était fan du KS Cracovie »

ESPAGNE

L’état des lieux : Est-ce que l’absence de Sergio Ramos rend la Roja plus sympathique ? Sans doute mais pas autant que la spectaculaire chute du piédestal footballistique sur lequel elle s’était hissée. Après avoir donné des leçons à tout le monde pendant une petite décennie, l’Espagne se pointe aujourd’hui à une grande compétition internationale avec quelques joueurs talentueux mais un système qui paraît à bout de souffle. À quoi bon finir le match avec 85 % de possession de balle si c’est pour se prendre trois buts en contre dans la musette ? Il serait peut-être temps de se renouveler mais ça ne passera probablement pas par la naturalisation en catastrophe des fonds de tiroir de l’équipe de France.

Le problème à régler : L’intégration d’Aymeric Laporte, qui aurait pu voter aux prochaines régionales il y a encore un petit mois, semble plutôt réussie, Luis Enrique doit seulement croiser les doigts pour que la sélection qui joue ses trois premiers matchs à Séville ne devienne pas un cluster géant : deux cas de Covid ont déjà été recensés, Sergio Busquets puis Diego Llorente, et mis à l’écart du groupe. Le sélectionneur a sorti cinq réservistes de vacances « au cas où ».

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Le joueur à suivre : On a un petit faible pour Marcos Llorente, meilleur 6e homme de l’Atletico Madrid, porteur d’eau chéri par son coach Diego « Cholo » Simeone, capable de démolir Liverpool à Anfield, d’avaler les kilomètres, de dépanner au poste d’arrière droit en sélection et d’ouvrir une chaîne de restau healthy. Un mec plutôt polyvalent.

La petite phrase pour briller en fanzone : N’importe quelle blague comparant le choix d’Aymeric Laporte à la carrière de Manuel Valls

GROUPE D

Paul ELLIS / POOL / AFP

RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

L’état des lieux : « L’espoir est un état d’esprit. Ce n'est pas la conviction qu'une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu'il advienne », disait Vaclav Havel, premier président de la République tchèque et figure de proue de la révolution de Velours. Les joueurs de Jaroslav Silhavy auraient tort de ne pas faire de cette maxime leur mantra tant elle est au moins aussi efficace pour se motiver dans le vestiaire qu’un montage de plans hollywoodiens illustrés par la musique de Gladiator. Il faudra de toute façon un peu plus que du courage et des citations piquées sur Evene pour s’en sortir face aux Croates et aux Anglais.

Le problème à régler : Après plusieurs générations dorées, la République Tchèque a dû apprendre à se construire avec peu. Les joueurs qui ont pris le pouvoir aujourd’hui sont moins flamboyants que leurs aînés Pavel Nedved, Vladimir Smicer, Karel Poborsky, Jan Koller ou Tomas Rosicky. Même s’ils forment un chouette collectif articulé autour de valeurs sûres comme Vladimir Coufal et Tomas Soucek, deux joueurs qui ne sont pas pour rien dans l’excellente saison de West Ham en Premier League et les victoires MPG de vos potes, la sélection a pas mal perdu en coefficient de spectacularité.

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Le joueur à suivre : Le Tahiti Bob local, Alex Kral, n’a aucun secret pour les fans qui matent le championnat russe sur Livetv374.me et attendent peut-être leur deuxième dose de Sputnik. Pour les autres, le talentueux milieu du Spartak Moscou est un excellent repère capillaire qui devrait vite rejoindre ses compatriotes à Londres lors du prochain mercato.

La phrase pour briller en fanzone : « Même le plus grand entraîneur italien est Tchèque et s’appelle Zdenek Zeman ».

CROATIE 

L’état des lieux : Toujours propriétaires du plus beau maillot du continent, les Croates arrivent dans la compétition dans la peau du vice-champion du monde mais avec quelques doutes. Depuis la finale de Moscou, plusieurs cadres ont arrêté de porter la liquette à damier (Mario Mandzukic, Ivan Rakitic ou Danijel Subasic) et la préparation de l’Euro n’a pas été des plus réjouissantes ; aucune victoire depuis octobre 2020 si ce n’est contre Chypre et Malte. La team de Zlatko Dalic tourne autour de son soleil, Luka Modric, sorte de Chris Paul du foot européen. Tous les deux sont nés en 1985 et distribuent des caviars. Paul aux jeunes pousses des Suns qu’il est en train d’emmener au sommet de la NBA, Luka Modric à Karim Benzema (il est le joueur du Real à joueur du Real a lui avoir délivré le plus de passes décisives).

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Le problème à régler : Les joueurs devaient séjourner à St Andrews en Écosse, berceau du golf, un sport que Modric a pratiqué une fois avec Gareth Bale, son coéquipier à Tottenham et à Madrid souvent raillé pour son amour des greens, proportionnel à sa flemme des entraînements. « Je l’ai accompagné et c’était nul – plus jamais ça », se marrait le Croate dans une interview accordée au Times. La fédération a finalement choisi d’installer son camp de base dans la station balnéaire de Rovinj, sur la côte Adriatique, en Croatie, probablement pour lui éviter un nouveau trauma.

Le joueur à suivre : Mislav Oršić a la particularité d’avoir plus bourlingué qu’un étudiant Erasmus. L’ailier gauche a en plus choisi des destinations assez exotiques – Jeonnam Dragons en Corée du Sud, puis le Changchun Yatai FC en Chine avant de retourner en Corée, mais cette fois-ci au Ulsan Hyundai FC, un club qui appartient au constructeur automobile du même nom. Oršić est rentré au bercail (Dinamo Zagreb) en 2018 où il s’est fait une spécialité peu commune, mais appréciable pour un joueur offensif : claquer des hat-tricks (cinq depuis son retour). 

La petite phrase pour briller en fanzone : « Te plains pas, en Croatie aussi ils ont aussi un couvre-feu jusqu’à 23 heures. »

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ANGLETERRE

L’état des lieux : Si l’Euro était attribué à l’équipementier qui fait les meilleurs spots publicitaires, l’Angleterre remporterait le trophée haut la main à chaque fois. Sauf que l’Euro se joue sur le terrain et pas dans une salle de réunion chez BETC. Et sur le terrain, justement, les Three Lions ont une fâcheuse tendance : celle de se croire arrivés avant même le début de la compétition. Un péché d’orgueil logiquement puni en prime time quand le contingent de stars finit par se prendre les pieds dans le gazon. C’est souvent tragique et toujours drôle grâce notamment aux milliers de fans anglais filmés en tribune, engoncés dans des polos Stone Island deux tailles trop petits et incapables de refréner leurs émotions à cause de la réouverture des pubs.

Le problème à régler : En sélectionnant trois arrières droits de métier, les médias se sont demandé si Gareth Southgate avait une idée derrière la tête ou s’il ne s’était pas tout simplement emmêlé les pinceaux. Et puis Trent Alexander-Arnold s’est blessé et le sélectionneur a convoqué un défenseur central pour le remplacer suggérant du même coup que la deuxième hypothèse était la bonne. Problem solved.

Le joueur à suivre : Les gens n’auront d’yeux que pour Phil Foden et sa coupe peroxydée – un hommage à Paul Gascoigne – alors que c’est Kelvin Phillips, joueur lambda transformé en métronome par Marcelo Bielsa, le coach/gourou de Leeds Utd, qui sera au four et au moulin.

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La phrase pour briller en fanzone : « Comme Dominic Calvert-Lewin, je ne me suis nourri à une époque que de pâtes au saumon. »

ÉCOSSE

L’état des lieux : Pour son premier tournoi majeur depuis 1998, l’équipe d’Écosse aimerait bien sortir vivante de son groupe. Un vœu pieux si l’on se fie uniquement à son histoire (elle passe rarement les poules) et à son effectif composé de lads pour lesquels il est difficile de ne pas éprouver un mélange d’empathie et de peur. Il y a celui qui est passé par la case prison après une violente agression lors d’un mariage (Declan Gallagher), celui qui a longtemps bossé chez Asda entre deux entraînements (Andy Robertson) ou celui à qui on promettait un avenir radieux mais qui n’a fait que galérer depuis (John Fleck). Des trajectoires de besogneux comme on les aime.

Le problème à régler : Quand la vie vous donne des citrons, faites de la limonade. Quand elle vous donne deux arrières gauches talentueux de niveau à peu près similaire, changez de système pour pouvoir caser les deux en même temps sur le terrain. Le pragmatique sélectionneur de l’Écosse, Steve Clarke, a hérité de ce cas de figure avec Kieran Tierney (Arsenal) et Andy Robertson (Liverpool). Résultat : un passage à trois défenseurs et quatre milieux pour que les deux jouent à gauche, l’un en stoppeur et l’autre en piston.

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Le joueur à suivre : Le séjour de José Mourinho à Manchester United n’est peut-être pas le moment le plus mémorable de sa brillante carrière mais l’entraîneur portugais avait eu la bonne idée à l’époque de filer (parfois) les clés du camion à un Scott McTominay post-pubère. Teigneux, roublard, costaud et agile balle au pied, le milieu formé au club avait même poussé à plusieurs reprises la recrue à plus de 100 millions d’euros (Paul Pogba) sur le banc. Seul défaut, il permet à Mourinho de se répandre en « j’avais raison » dans la presse.

La phrase pour briller en fanzone : « Ok Mourinho a découvert Scott McTominay, mais c’est Sir Alex Ferguson qui l’a signé à 7 piges »

GROUPE C

Peter Dejong / POOL / AFP

PAYS-BAS

L’état des lieux : Après une finale de Coupe du monde en 2010 et une demi-finale en 2014, c’est le trou noir pour les Bataves. Malgré des joueurs de qualité, les Oranje ne se qualifient pour aucune compétition d’envergure. Histoire de remédier à tout ça et de performer lors de cet Euro, la Fédé a le nez creux en allant chercher un entraîneur habitué à gagner des trophées : Frank de Boer. L’ancien joueur du mythique Ajax des années 1990 a notamment décroché une Coupe des États-Unis (2018) et une Campeones Cup (disputée entre les USA et le Mexique) avec l’Atlanta United Football Club. Il est immanquablement l’homme de la situation.

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Le problème à régler : Le consensus entre les citoyens hollandais et leur sélectionneur n’aura pas fait long feu. Dans un pays où l’on peut discuter avec à peu près n’importe qui du 3-4-3 utilisé par Johan Cruyff en 1992 lorsqu’il était entraîneur du Barça, on ne badine pas avec la tactique de la sélection nationale. De Boer souhaite faire évoluer son équipe dans un vaillant 3-5-2 ? Ça ne plaît absolument pas aux fans qui sont allés jusqu’à louer un avion pour faire voler une banderole au-dessus du terrain d’entraînement des Néerlandais. Le message : « Frank, joue en 4-3-3 ».

Le joueur à suivre : La star de cette équipe risque bien d’être le gardien Tim Krul, qui remplace dans les buts le titulaire habituel Jasper Cillessen, mis de côté pour cause de Covid. Krul a quelques arguments pour lui. Spécialiste des séances de tirs au but, il a l’habitude de répondre présent lors des grandes compétitions. Comme en 2014, lorsqu’il rentre à la 120e minute d’un quart de finale contre le Costa-Rica et arrête deux pénos. Normal pour un mec qu’on surnomme Bakkers Handen – soit « Mains de boulangers », parce que ses paluches ont la taille de miches de pain. 

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La petite phrase pour briller en fanzone : « Tu savais que Memphis Depay est le premier joueur/rappeur de l’OL à finir une saison à 20 buts et 10 passes décisives ? »

AUTRICHE

L’état des lieux : L’Autriche participe au troisième Euro de son histoire (elle en a hébergé un en 2008) et compte sur un bon parcours pour reconquérir une partie de la population locale qui s’est progressivement désintéressée du foot. Comme d’autres, le pays à un imposant héritage en matière de ballon rond, les Autrichiens ayant longtemps été bercés par les exploits de la Wunderteam, au début des années 1930, guidée par Matthias Sindelar, le « Mozart du football ». C’est peut-être à cause de ce legs que médias et fans sont si exigeants avec David Alaba, la star du Bayern Munich souvent accusée d’être moins performante avec l’équipe nationale qu’en club, ou si critiques à l’encontre de Franco Foda, l’ancien défenseur allemand du SK Sturm Graz, qui avait pourtant récupéré Das Team en piteux état et présente aujourd’hui, grâce à un savant mélange de jeunesse et d’expérience, le meilleur ratio de victoires d’un sélectionneur à ce poste.

Le problème à régler : Empêcher coûte que coûte Aleksandar Dragovic de rencontrer des personnalités politiques susceptibles de mal réagir à des petites tapes sur le haut du crâne. En 2012, lors de la remise de la Coupe de Suisse que le défenseur du FC Bâle venait de remporter, il s’était amusé à tapoter la tête presque chauve d’Ueli Maurer alors chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, créant un micro-scandale.

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Le joueur à suivre : Marko Arnautovic l’assure à qui veut l’entendre, il a bien changé depuis qu’il s’est installé dans le championnat chinois. L’attaquant, longtemps précédé d’une sulfureuse réputation de bad boy, en a fini avec les frasques (excès de vitesse sur l’Autobahn, injure envers un policier viennois, sorties en boîte de nuit jusqu’à l’aube) Il a même promis de ne plus regarder de porno dans sa chambre d’hôtel à l’humoriste qui l’avait appelé en se faisant passer pour le sélectionneur de l’époque. Marko s’est assagi. Et c’est presque un peu triste.

La phrase pour briller en fanzone : « Ni oubli, ni pardon, l’Autriche a volé l’Algérie à la Coupe du monde 1982 en s’arrangeant avec l’Allemagne pour faire un nul. » 

UKRAINE

L’état des lieux : Si Andriy Chevtchenko ne cavale plus derrière les ouvertures millimétrées d’Andrea Pirlo depuis longtemps, l’ancien capocannoniere du Milan AC compte bien sur son aura de Ballon d’or 2004 pour mener la Zbirna au-delà de la phase de groupe. L’idée ? Faire mieux que son prédécesseur, Mykhaylo Fomenko, viré pour ne pas avoir rempli cet objectif à la fin de l’Euro 2016. Dans cette optique, « Cheva » peut compter sur l’excellent vivier de footballeurs ukrainiens fourni par les centres de formation du Dynamo Kiev ou du Chakhtar Donetsk et la naturalisation d’un ou deux Brésiliens pour faire le nombre. Quelques joueurs auront plus de responsabilités que les autres : c’est le cas notamment d’Oleksandr Zinchenko, couvé par Pep Guardiola à Manchester City, de l’ailier droit Andriy Yarmolenko à la patte gauche redoutable et de Ruslan Malinovskyi, pièce maîtresse de l’Atalanta Bergame.

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Le problème à régler : Pour avoir sorti un maillot affublé d’une carte de l’Ukraine avec la Crimée, territoire annexé par la Russie en 2014, ainsi que les régions de Donetsk et Lougansk, contrôlées par des séparatistes prorusses, la Fédération ukrainienne s’est attiré les foudres de son belliqueux voisin. Par la voix de Maria Zakharova, porte-parole des affaires étrangères, la Russie a dénoncé une provocation. Finalement, c’est l’UEFA qui a coupé la poire en deux. La Fédération peut garder sa carte mais doit enlever le slogan « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! », considéré comme un message de nature politique par l’instance.

Le joueur à suivre : Star en Ukraine, Ruslan Malinovskyi s’est rapidement fondu dans le collectif élaboré par Gian Piero Gasperini à l’Atalanta. Selon sa femme Roksana, c’est à elle qu’il doit son adaptation éclair. Le couple, qui inonde les réseaux sociaux d’instants de vie plus ou moins pertinents, a vu sa popularité grimper en flèche. Ce qui n’empêche pas Roksana de dire tout le bien qu’elle pense des médias ukrainiens accusés sur Instagram d’être beaucoup plus durs avec les joueurs que leurs homologues russes. Mais sinon, le groupe vit bien.

La phrase pour briller en fanzone : « Fun fact, Chevtchenko parle russe, anglais ou italien mais pas un mot d’ukrainien. »  

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MACÉDOINE

L’état des lieux : On ne va pas se mentir, à moins d’avoir zoné toute l’année sur le site de Lucarne Opposé, l’équipe nationale de Macédoine du nord reste un concept encore bien trop nébuleux pour le commun des mortels. Accroché à la 62e place du classement de la FIFA, le petit pays des Balkans participe au premier Euro de sa jeune histoire et semble particulièrement apprécié ce coup de projecteur inattendu. Le 31 mars dernier, surfant sur l’euphorie, les Macédoniens ont surpris l’Allemagne 2-1 à la MSV Arena de Duisburg dans un match de qualifications pour la Coupe du monde 2022. Comme un symbole, les buteurs ce soir-là sont Goran Pandev et Elif Elmas, les deux atouts majeurs du sélectionneur Igor Angelovski qui s’était déplacé en 2015 à Gênes pour convaincre le premier de ne pas prendre sa retraite internationale. Le flair.

Le problème à régler : Aucun en particulier. La plupart des Macédoniens ont confié qu’être à l’Euro était déjà une victoire même s’ils repartaient avec zéro point – ce qui est tout à fait envisageable. Leur sélectionneur s’est voulu plus ambitieux mais il ne trompe personne. Les Macédoniens auront la patate quoi qu’il arrive.

Le joueur à suivre : Ils mériteraient qu’on les suive tous. D’Ezgjan Alioski, l’ailier polyvalent qui s’est distingué avec Leeds en marquant quelques pralines, à Marjan Radeski, le joueur du FC Academy Pandev, club fondé par… Goran Pandev.

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La phrase pour briller en fanzone : Toutes les vannes à base de recettes de macédoines.

GROUPE B

Kirill KUDRYAVTSEV / POOL / AFP

BELGIQUE

L’état des lieux : On avait quitté les Belges presque sur un malentendu, on les retrouve plus déterminés que jamais. Les Diables ont, comme l’Italie, réalisé un parcours parfait pour se qualifier à l’Euro. 10 matchs, 10 victoires et seulement trois buts encaissés. Roberto Martinez a joué la carte de la continuité, reproduisant le même schéma que celui utilisé lors des compétitions précédentes – une sorte de 3-4-3 assez flexible. Si les fidèles grognards Vincent Kompany, Mousa Dembélé et Marouane Fellaini ont pris leur retraite internationale, le sélectionneur espagnol n’a apporté que des retouches cosmétiques à son groupe. C’est que la Belgique fait déjà partie des nations les mieux armées. Offensivement, Romelu Lukaku a marché sur la Serie A, Kevin De Bruyne sur la Premier League et Dries Mertens tient la baraque en attendant qu’Eden Hazard soit apte à jouer plus de 45 minutes sur un match. À Martinez de trouver la bonne formule pour que cette génération remporte enfin un trophée majeur. 

Le problème à régler : S’il ne devait y avoir qu’une seule inquiétude du côté des Diables, elle porterait sur la défense. L’âge et la forme de certains interrogent : Toby Alderweireld, Jan Vertonghen et Thomas Vermaelen ont tous dépassé la trentaine et cumulent plus de 300 sélections. Le dernier est même parti cachetonner au Vissel Kobe, un club japonais. Enfin, personne ne se méfie de la présence de Thierry Henry sur le banc. L’ancien international français retrouve le poste d’adjoint de Martinez qu’il occupait pendant la dernière Coupe du monde et devrait être en charge des attaquants alors qu’il n’est clairement qu’un spyware envoyé par Deschamps. 

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Le joueur à suivre : Ce n’est pas le joueur le plus médiatisé, mais Leandro Trossard, ancien pensionnaire du KRC Genk, s’est imposé comme un élément incontournable de la séduisante équipe de Brighton & Hove Albion FC en Premier League. Plutôt à l’aise avec ses deux pieds, il arpente inlassablement les côtés du 3-5-2 cher à son coach Graham Potter et commence à peser de plus en plus dans le fichier Excel des buts et passes décisives. Pour l’instant barré par Yannick Ferreira Carrasco, Nacer Chadli ou Timothy Castagne en sélection, Trossard attend patiemment son heure.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Ronaldo – le vrai, le brésilien – considère toujours Luc Nilis comme le meilleur attaquant avec qui il a joué. »

RUSSIE

L’état des lieux : Alexandre Kokorine et Pavel Mamaïev en prison pour des faits de violence ? Artem Dziouba victime d’un chantage à la sextape ? On a noté un certain relâchement chez les internationaux russes après la Coupe du monde 2018. Pourtant, la Sbornaïa avait posé des bases plutôt saines : une compétition à domicile réussie – seulement éliminée en demi-finale aux tirs au but par la Croatie. L’état de grâce n’aura duré qu’un temps, brusquement interrompu par la rubrique des faits divers. Le sélectionneur Stanislav Tchertchessov a bien tenté de gérer ces dossiers d’une main de fer en parallèle au rajeunissement de la sélection. Las, Dziouba a été rappelé en urgence après une série de trois matchs sans victoire. 

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Le problème à régler : Dire que la Russie n’aborde pas l’Euro dans les meilleures conditions est un euphémisme. Les chantiers sont multiples : un déficit de talent dans les cages fait regretter le pilier rassurant qu’était Igor Akinfeïev. Un déficit de talent en défense fait craindre le pire à chaque offensive adverse. Heureusement, Tchertchessov a quelques satisfactions : l’épanouissement de ses milieux offensifs Aleksandr Golovine et Aleksei Miranchuk et la réussite insolente de Dziouba qui n’est plus qu’à une réalisation du meilleur buteur de la sélection russe Aleksandr Kerzhakov (30). 

Le joueur à suivre : Si vous voulez voir un Russe gagner un trophée cet été, il faudra plutôt vous pencher sur la sélection officielle du Festival de Cannes. Avec Petrov’s Flu, le talentueux réalisateur Kirill Srebrenikov figurera peut-être au palmarès de l’édition 2021. Problème, il est interdit de sortie de territoire et ne pourra de toute façon pas aller chercher son éventuelle récompense.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Fun fact : Iouri Jirkov collectionne les bustes de Staline »

DANEMARK

L’état des lieux : Champion d’Europe en 1992, les Dynamites danoises (leur petit nom) arrivent dans la compétition sur une bonne petite lancée avec quelques victoires convaincantes au printemps, comme le 4-0 infligé à l’Autriche ou le cinglant 8-0 passé à la Moldavie dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2022. Un Mondial qatari sur lequel la fédération danoise fait par ailleurs pression en exigeant une « enquête poussée sur le nombre de morts parmi les travailleurs migrants au Qatar ». Concernés sur et en dehors du terrain les Danois.

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Le problème à régler : Sortir des poules. Depuis 2004, le Danemark se heurte à la même barrière psychologique que les Suisses. Si quelqu’un a des tips pour débloquer le niveau et passer au boss suivant.

Le joueur à suivre : Pierre-Emile Højbjerg, le plus français des joueurs danois. Comme le trahit son prénom, le milieu de Tottenham est né d’un père danois et d’une mère française. S’il a choisi la sélection danoise, pour rendre hommage à son papa décédé d’un cancer, PEH aurait pu jouer pour les Bleus, dragué à l’époque des espoirs par Willy Sagnol, apparemment pas super convaincant en matière de recrutement. 

La petite phrase pour briller en fan zone : « La Finlande a piqué la première place au Danemark dans le classement des pays où les gens sont les plus heureux. »

FINLANDE

L’état des lieux : Si la Finlande s’est facilement qualifiée pour l’Euro, c’est parce qu’une grande partie de son effectif est née en 2009 lors de l’Euro des moins de 21 ans. Le coach des espoirs de l’époque n’est autre que Markku Kanerva, l’actuel sélectionneur et si l’équipe avait perdu contre l’Angleterre, l’Allemagne et l’Espagne, elle avait plutôt fait bonne figure. À la manière de la Fédération islandaise qui a travaillé en amont pour construire une équipe nationale capable de tenir la route, les Finlandais ont attendu dix ans pour que la mayonnaise prenne et, une fois au sommet, ils seront extrêmement difficiles à déloger. Enfin, on imagine que c’est le plan. 

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Le problème à régler : Les Finlandais ont un incroyable talent : celui d’avoir joué ensemble pendant des années, comme s’ils appartenaient à un même club. C’est un atout incommensurable face aux sélections qui ont de moins en moins le temps de construire un collectif. Mais c’est aussi le seul qu’ils ont.

Le joueur à suivre : Encensé par son entraîneur Steven Gerrard qui le compare volontiers à une Rolls Royce sur le terrain, Glen Kamara est une pièce essentielle du puzzle des Glasgow Rangers qui ont remporté le titre de champion d’Écosse cette année.

La petite phrase pour briller en fanzone : « La Finlande a piqué la première place au Danemark dans le classement des pays où les gens sont les plus heureux. »

GROUPE A

Andrew Medichini / POOL / AFP

ITALIE

L’état des lieux : Après le piteux échec en barrages contre la Suède qui a privé l’équipe nationale d’une Coupe du Monde pour la première fois depuis 1958 et gâché les adieux de Gigi Buffon, l’Euro arrive à point nommé pour savoir où en sont les Azzurri. Sous la houlette du sélectionneur Roberto Mancini, ils se sont refait la ciliegia lors d’une campagne de qualification parfaite : 10 matchs, 10 victoires. Alors OK, ce n’était que l’Arménie, la Grèce ou la Bosnie en face mais personne ne s’enflamme réellement .

Le problème à régler : Offensivement, l’équipe s’appuie sur le trio magique qui a permis à Pescara de remporter le championnat de Serie B. Marco Verratti pour commencer les actions, Lorenzo Insigne pour accélérer telle une Lime débridée et Ciro Immobile pour conclure avec sang-froid. Seul écueil, si le système a fait ses preuves, c’était il y a dix ans et parce que Pescara était entraînée par le plus grand génie du foot, Zdenek Zeman.

Le joueur à suivre : Parfois, la vie de « fils de » dans le foot est un poil compliquée et il faut l’intervention de papa pour que la carrière décolle (jurisprudence Enzo Zidane). Parfois, ça roule tout seul et on tue le père assez vite. C’est exactement ce qu’est en train de faire Federico Chiesa qui a dépassé Enrico en nombre de sélections et porté une Juve à l’agonie en Ligue des champions. Tout ça à 23 ans.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Si le match te fait chier on peut toujours mater le docu de Netflix sur Roberto Baggio. »

PAYS DE GALLES

L’état des lieux : Cette cuvée galloise a l’air un peu moins pénible à jouer que le millésime 2016 qui avait balayé la Belgique 3-1 en quart de l’Euro 2016. Gareth Bale n’est plus tout à fait le joueur de foot qu’il était, les buteurs de cette nuit-là, Hal Robson-Kanu, Sam Vokes et Ashley Williams ont l’air d’avoir pris leur retraite internationale. Mais comme l’amour, le Pays-de-Galles frappe quand on ne l’attend pas. Et après cette cure de jouvence imposée et cet effectif renouvelé, on ne l’attend clairement pas du tout.

Le problème à régler : Une partie des attentes autour des Gallois va probablement se heurter à la réalité de leur condition physique. Si Gareth Bale a retrouvé le rythme à Tottenham, le reste de l’équipe est composé de mecs souvent abonnés aux bancs de Premier League. Quant à certains qui jouent, ils leur arrivent aussi de se blesser, c’est le cas d’Aaron Ramsey, pas épargné par les blessures depuis son exil italien.

Le joueur à suivre : Joe Allen. C’est bien beau d’avoir un nom de restaurant servant des brunchs américains près des Halles, mais le plus important, comme le rappelle le Guardian, c’est surtout d’avoir fait la couverture du magazine Chicken & Egg. Car oui, Joe Allen possède deux coqs et douze poules.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Galles, golf et Madrid. Et toi tu les mets dans quel ordre ? 

SUISSE

L’état des lieux : À chaque compétition internationale, les fans de la Nati savent plus ou moins à quoi s’attendre. Une phase de poule honnête. Un huitième de finale accroché, mais qui se conclut sur une défaite. Puis un retour à la maison pour profiter du doux été helvète. Or, cette année la Fédé’ suisse a tenté un coup : placer son camp de base dans un cinq-étoiles de Bad Ragaz dans la campagne saint-galloise. La dernière équipe à avoir séjourné au Grand Resort pour préparer un Euro ? La Grèce en 2004 qui allait rouler à coups de 1-0 hermétiques et homériques sur l’Euro au Portugal à la surprise générale. À la recherche des bonnes vibrations.

Le problème à régler : Briser ce fameux plafond de verre des huitièmes de finale – un stade jamais dépassé depuis 1960 et qui commence à peser psychologiquement dans les têtes

Le joueur à suivre : Si l’on en croit le Guardian, Breel Embolo est le seul joueur de la sélection suisse à avoir droit à un chant qui lui est dédié. Il aurait été entonné pour la première fois lors de l’Euro 2016 en France alors qu’Embolo était le plus jeune joueur suisse sélectionné. Après avoir enchaîné les blessures à Schalke 04, l’attaquant a été transféré au Borussia Mönchengladbach où il a recommencé à avoir un impact sur le jeu offensif de son équipe – tout en accumulant les petits écarts de conduite notamment liés à des soirées en période de couvre-feu.

La petite phrase pour briller en fanzone : « Ni oubli, ni pardon, Roger Federer a volé la place de Dominik Koepfer en huitièmes de finale de Roland-Garros. »

TURQUIE :

L’état des lieux : Portée par des Dogues lillois fraîchement sacrés champions de France – le latéral droit Zeki Celik, le gaucher soyeux Yusuf Yazici et le buteur légendaire Burak Yilmaz – la Turquie avance avec ambition dans cet Euro, rassuré par la présence de Senol Günes sélectionneur historique responsable des meilleures performances de l’équipe – notamment son surprenant parcours lors de la Coupe du monde 2002, stoppé par une courte défaite contre le Brésil en demi-finale. À l’ancien instituteur de canaliser la fougue de la jeunesse pour que ses ouailles ne s’éparpillent pas trop.

Le problème à régler : Calmer Recep Tayyip Erdogan pas particulièrement heureux de ne pas avoir réussi à choper au moins un match à domicile à Istanbul alors que l’Euro se joue même chez son allié historique azéri à Bakou. C’est un deuxième camouflet rappelle Le Monde après la délocalisation de la finale de Ligue des champions qui devait se jouer dans la capitale turque et a finalement vu s’affronter Chelsea et Manchester City à Porto.

Le joueur à suivre : Toujours sympa de voir que la Ligue 2 est représentée dans une grande compétition internationale. Encore plus quand il s’agit d’un sociétaire du sympathique club doyen havrais. Umut Meras, latéral gauche de son état, est assez révélateur du manque de solution à ce poste mais croit fort en son étoile. Il ne compte d’ailleurs pas s’éterniser dans le plus beau port de France, l’idée étant d’emprunter la même voie que d’autres avant lui (notamment Ferland et Benjamin Mendy qui ont foulé le même coin de pelouse au stade Océane avant de s’exporter).

La petite phrase pour briller en fanzone : « Petite pensée pour Hakan Calhanoglu qui s’est déjà fait braquer par un collègue en sélection pour une sombre histoire de cul. »

Pierre Longeray a participé à la rédaction de cet article

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FRANCE, Karim Benzema, allez les bleus, Euro 2021

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