Des pilotes d’avion signalent la présence d’ovnis au-dessus du Canada

Le CADORS, une archive numérique gérée par Transport Canada, contient des dizaines de rapports concernant des ovnis rencontrés par les compagnies aériennes.

Apr 27 2021, 8:03am

Le matin du 30 mai 2016, un vol d'Air Canada Express de Montréal à Toronto a signalé avoir « croisé un objet volant non identifié, de forme ronde, volant à une vitesse approximative de 300 nœuds », soit plus de 550 km/h. Le 14 novembre de la même année, à plus de 2400 mètres au-dessus du lac Ontario, deux membres d'équipage ont été blessés lorsqu'un avion de Porter Airlines a plongé pour éviter de heurter un « objet » qui « semblait solide » et avait « la forme d'un beignet ou d'une chambre à air ».

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En passant au peigne fin des milliers de rapports dans une base de données gouvernementale d'incidents de vol, nous avons découvert des dizaines d'observations récentes d'ovnis par des compagnies aériennes canadiennes et internationales.

Par exemple, dans la nuit du 16 mars 2017, deux vols de WestJet auraient vu « une lumière blanche et brillante de type stroboscopique » passer au-dessus d'eux près de la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique. Dans la nuit du 10 janvier 2015 près de Regina, en Saskatchewan, « plusieurs avions ont signalé un très gros objet avec une petite lumière blanche au milieu, entouré d'un halo » qui «  semblait descendre d'en haut » à 12 500 mètres.

Les observations proviennent du Système de comptes rendus quotidiens des événements de l'aviation civile (CADORS), une archive numérique consultable qui est gérée par Transports Canada, le ministère de gouvernement fédéral canadien qui supervise les transports routier, ferroviaire, maritime et aérien. Avec plus de trois décennies de données, le CADORS contient près de 300 000 rapports d'incidents d'aviation qui vont des pannes mécaniques aux passagers turbulents, en passant par les collisions aviaires. Il fournit également un registre fascinant des observations d'ovnis faites par des aviateurs professionnels dans l'espace aérien canadien.

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« Les pilotes ne signalent probablement pas 90 % des choses qu'ils voient, parce qu'ils savent que cela pourrait avoir de longues répercussions sur leur carrière », dit John « Jock » Williams, ancien pilote de l'Aviation royale canadienne (ARC). Williams, qui est maintenant consultant en aviation et commentateur à la télévision, a passé 36 ans dans l'armée canadienne, dont plus de deux décennies à piloter des avions de combat. Il a également travaillé comme agent de sécurité des vols à Transports Canada pendant plus de douze ans. « La plupart des pilotes estiment que ça n’en vaut pas la peine, dit-il. C’est pourquoi j’ai tendance à les croire quand ils disent avoir vu quelque chose. »

Bien que brefs, les cas du CADORS peuvent être énigmatiques, comme cette entrée d'une seule phrase du 21 octobre 2005 au matin : « Les contrôleurs aériens ont reçu des rapports de quatre (4) équipages d’avion signalant un objet argenté brillant au-dessus de Toronto à environ 9144 mètres, qui a viré brusquement et s'est déplacé rapidement [sic] vers le sud-est au-dessus du lac Ontario ». Beaucoup sont peu détaillés, comme celui de la nuit du 12 novembre 2015, lorsqu'un vol non divulgué à 10 363 mètres au-dessus de la Saskatchewan a signalé « une lumière blanche brillante au-dessus de l'avion et a indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une météorite ou d’un autre avion ». Très peu utilisent explicitement des termes comme « ovni », à part un vol de Qatar Airways au sud de Grande Prairie, en Alberta, qui a « signalé un objet volant non identifié » en plein jour le 18 décembre 2016, dans un compte rendu qui n'offre aucun indice visuel. 

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Dans une déclaration, un porte-parole de Transports Canada nous a dit qu'il n'était « pas en mesure de discuter des observations individuelles des aviateurs ». « Les événements sont saisis dans le CADORS au fur et à mesure qu'ils sont signalés à Transports Canada, dit-il. Transports Canada s'efforce d'assurer l'exactitude et l'intégrité des données contenues dans le CADORS. Toutefois, les informations qu'il contient doivent être considérés comme préliminaires, non corroborées et susceptibles d'être modifiées. »

L’incident de Porter Airlines au-dessus du lac Ontario en 2016 fait partie des cas où les informations ont radicalement changé. Une première entrée d'une seule phrase dans le CADORS indique que le vol du matin du 14 novembre entre Ottawa et Toronto Island  « a signalé avoir volé près d'un objet non identifié, probablement pas un ballon ». Mais comme deux agents de bord ont été blessés ce jour-là, l'incident a fait la une des journaux et a incité les enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) à s’y pencher de plus près.

Saisi dans le CADORS le 29 novembre 2016, le rapport du BST décrit un objet ressemblant à un beignet « d’environ 1,50 à 2,50 mètres de diamètre » qui se trouvait « directement devant leur trajectoire de vol ». Mais au lieu de simplement le « survoler », le BST révèle que le « commandant de bord a passé outre le pilote automatique afin de descendre rapidement l'avion sous l'objet ». Les deux agents de bord de l'avion, qui « étaient en train de sécuriser la cabine pour l'arrivée, ont été légèrement blessés lorsqu'ils ont été projetés dans la structure de la cabine ». Aucun des 54 passagers n'a été blessé.

À l'époque, un porte-parole du BST a déclaré : « La description et la taille de l'objet ne correspondent à aucun véhicule aérien sans pilote connu, qu’il soit commercial ou grand public. » « Le BST n'a pas été en mesure d'identifier l'objet », nous a confirmé un porte-parole par mail. Porter, comme Air Canada, WestJet et beaucoup d'autres, a refusé de commenter les rapports spécifiques. 

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Plusieurs aviateurs vétérans ont pu expliquer certains des fichiers du CADORS saisis au cours de notre enquête, mais pas tous. L'un d'entre eux concerne des vols séparés d'Air Canada et d'Air Canada Jazz au-dessus de la Colombie-Britannique qui, dans la nuit du 26 décembre 2019, « ont signalé avoir observé jusqu'à une vingtaine d'objets lumineux alignés de manière régulière, se déplaçant rapidement à une altitude supérieure à celle de leur avion ». Si cette observation semble extraordinaire à première vue – pourrait-il s'agir du Père Noël qui rentre chez lui ? –, ces objets ont rapidement été identifiés comme étant des satellites Internet Starlink de SpaceX, qui voyagent en groupe sur des orbites relativement basses.

D'autres se sont avérés plus difficiles à expliquer, comme un Boeing 747 cargo de Kalitta Charters qui,  tôt le 30 avril 2018, a signalé « un objet volant sporadiquement à une altitude estimée entre 18250 à à 24 350 mètres, et se déplaçant à Mach 4 », soit quatre fois la vitesse du son, alors qu'il se déplaçait au-dessus des Territoires du Nord-Ouest, en route de New York vers l'Alaska. L'avion connu le plus rapide au monde, le Lockheed SR-71 Blackbird, avait une vitesse maximale d'un peu plus de Mach 3, mais a été retiré par les États-Unis en 1999. Des doutes ont été émis quant à la capacité de l'équipage du 747 à mesurer la vitesse de l'objet, mais il ne fait aucun doute qu'il a vu quelque chose d'inhabituel. Alors que la plupart des rapports sont saisis dans le CADORS quelques jours après l'incident, celui-ci a pris plus d'un an et demi.

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Le CADORS mentionne également des lumières qui planent, s'agitent, clignotent ou changent de forme et de couleur, comme une « lumière vive et solide » repérée par les contrôleurs aériens à Fort McMurray, en Alberta, le matin du 15 décembre 2009, qui « semblait trop rapide pour être un avion commercial », car elle « se déplaçait initialement vers le sud puis a continué vers l'est jusqu'à disparaître au lever du soleil ». Un vol d'Air Canada Jazz a même été « retardé d’environ 4 minutes en attendant que l'objet soit bien à l'est de la trajectoire de départ de l'avion ».

Un autre rapport en date du 6 janvier 2019 indique que l'équipage du vol médicalisé Vanguard Air Care a affirmé qu’« une lumière brillante inexplicable les a suivis à la même altitude et à la même vitesse » au-dessus du nord du Manitoba alors qu’«  aucun aéronef n'a été signalé à proximité ». Un rapport de renseignement non classifié sur cette affaire prouve que les Forces armées canadiennes (FAC) sont alertées lorsque des pilotes civils rencontrent des objets volants et des lumières qu'ils ne peuvent pas identifier. Sur les onze rapports mentionnés dans cet article, au moins sept ont été transmis aux militaires par des contrôleurs aériens.

Lorsque nous l’avons interrogé, un porte-parole de l'ARC a reconnu avoir reçu de tels rapports, mais a cité Transports Canada comme étant leur « principale autorité d'enquête ».  « Les signalements d'objets non identifiés peuvent rarement faire l'objet d'un suivi car ils sont, comme le titre l'indique, non identifiés », a souligné un porte-parole de Transports Canada.

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Cela ne veut pas dire que E.T. l’extraterrestre se promène au-dessus du Canada. De nombreuses observations contemporaines d’ovnis ont été démystifiées comme étant des drones et des lanternes en papier, et certains affirment même que les histoires d’ovnis cachent en fait les progrès de la technologie de surveillance étrangère. La Federal Aviation Administration (FAA) suit des observations similaires aux États-Unis, mais les qualifie souvent de drones

Récemment aux États-Unis, l'équipage d'un avion d'American Airlines qui volait au-dessus du Nouveau-Mexique a contacté par radio les contrôleurs aériens après avoir vu « un long objet cylindrique se déplaçant très rapidement juste au-dessus de nous » dans l'après-midi du 21 février 2021. Dans un communiqué, la FAA a déclaré qu'elle « n'avait pas vu d'objet dans cette zone sur ses radarscopes. »

Selon le chercheur et cinéaste Matthew Hayes, il existe un « très haut degré de cohérence » entre les rapports trouvés dans le CADORS et ceux qu'il a découverts en 2019 dans le cadre de sa thèse de doctorat sur les signalements d'ovnis à l’époque de la guerre froide au Canada. « Les Canadiens rapportent le même genre de faits, sans relâche, depuis les années 1940, dit-il. Historiquement, le gouvernement canadien a eu énormément de mal à en parler, contrairement aux États-Unis, où les responsables semblent beaucoup plus enclins à discuter de ce sujet. »

En avril dernier, le Pentagone a confirmé l'authenticité de trois vidéos d'ovnis capturées par des instruments installés sur des avions de combat de l’US Navy, qui avaient déjà été divulguées au New York Times, le même journal qui, en 2017, avait révélé l’existence du programme américain de suivi des ovnis. Depuis, plusieurs personnalités politiques américaines de premier plan ont parlé franchement des phénomènes aériens non identifiés, notamment les responsables actuels de la commission du renseignement du Sénat américain, le sénateur démocrate Marc Warner de Virginie et le sénateur républicain Marco Rubio de Floride. En décembre 2020, les États-Unis ont même adopté un projet de loi qui oblige les responsables du renseignement et de la défense à soumettre un rapport sur les « menaces aériennes avancées » d'ici le milieu de l'année.

Chris Rutkowski, qui enquête sur les ovnis, a recueilli plus de 22 000 rapports d'ovnis au cours des trois dernières décennies et a longtemps inclus les données du CADORS dans son enquête annuelle sur les ovnis au Canada. « Le CADORS montre clairement que ces types d'incidents se produisent dans l'espace aérien où des milliers de passagers voyagent potentiellement chaque jour, dit-il. Que l’on croit ou non aux ovnis, c'est certainement une préoccupation du point de vue de la sécurité des vols et du bien-être du public. » Ce sentiment est partagé par Williams, l'ancien pilote de l'ARC.  « Tout aviateur qui se donne la peine de rapporter quelque chose comme ça mérite qu'il y ait une enquête », dit-il.

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