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Music by VICE

Kakkmaddafakka restent les plus fiers représentants de la True Norwegian Pop Music

Ils existent depuis 10 ans, ont un public à 70 % féminin, boivent régulièrement des coups avec Gaahl de Gorgoroth et devraient logiquement figurer parmi vos groupes préférés.

par Sarah Mandois
25 Avril 2016, 11:15am

Photo - Eirik Lande

La Norvège, ses fjords, ses pics spectaculaires, son héritage viking et ses groupes aux noms imprononçables. Parmi eux, Kakkmaddafakka (contraction maligne de « Cock Mother Fucker »), fleuron de la pop indépendante scandinave dont le dernier album KMF est sorti ce printemps sur le label français Vietnam. En activité depuis plus de 10 ans – on leur en donne pourtant difficilement plus de 25 – et réputés pour leurs prestations scéniques survoltées, Kakkmaddafakka sillonnent le monde dans leur croisade pour le cool, les poches pleines de hits indie r'n'b grisants sur les filles, la fête et la vie en général.

C'était pourtant pas gagné. En effet, KMF débarquent tout droit de Bergen, deuxième plus grande ville du pays, qui a enfanté dans la douleur les héros du true black metal norvégien Varg Vikernes (Burzum), Immortal et Gorgoroth. Mais au milieu de ces rejetons dégénérés et des églises de bois brûlées (celle de Fantoft qui figure sur la pochette de l'EP Aske de Burzum), on trouve aussi des gens beaucoup plus relax comme le musicien Erlend Øye, moitié des Kings Of Convenience, tête pensante de The Whitest Boy Alive et producteur de deux albums de KMF.

Le groupe était de passage à Paris pour la soirée de clôture de la première édition du Polar Festival à la Machine du Moulin Rouge. On en a profité pour poser quelques questions aux deux guitaristes, Axel et Pål Vindenes, discuter de l'héritage black metal, de leur acharnement pour être encore plus fort que Turbonegro et de l'état du féminisme en Norvège.




Noisey : Aujourd'hui, c'est la dernière journée du Polar Festival et elle est spécifiquement consacrée à la Norvège. Ça vous fait quoi d'être les ambassadeurs de votre pays ici à Paris ?
Axel Vindenes
: C'est génial, Paris est une ville fantastique. On a eu l'occasion de venir ici une paire de fois cette année. Notre label, Vietnam, est basé à Paris. On était en contact avec Frank, le boss depuis un bout de temps. En 2011, ce mec est sorti de nulle part et nous a proposé de faire un clip. Quand il a monté son label, on voulait vraiment qu'il nous signe. Il nous a fait venir à Paris environ 5 fois.

Dans l'imaginaire populaire, on a plus tendance à voir la Norvège comme le vivier du black metal, plutôt que celui de trucs plus chill et pop. Comment cohabitez-vous ?
Axel : Étrangement, on est tous de Bergen. C'est une ville hyper diversifiée. On est potes avec Gaahl de Gorgoroth, c'est un type super sympa. Et puis, on respecte le metal à fond, en particulier le true black metal de Norvège.

Vous avez matté le documentaire Until The Light Takes Us ?
Pål Vindenes : Ouais, je l'ai vu. Il se concentre surtout sur Varg. Ce qui lui est arrivé est assez incroyable. Sérieusement, un groupe ne pourrait pas avoir une histoire plus cool. C'est tellement perché, au début tu penses que c'est juste une légende, mais en fait c'est bien réel.

Cette culture a toujours l'air très ancrée en Norvège. Vous fréquentez ce disquaire qui vend uniquement du black metal à Oslo ?
Pål : à l'origine, ce disquaire s'appelait Helvete, il avait été fondé par le type que Varg a tué, Euronymous – le père fondateur du black metal. Mais il n'aimait pas trop l'attention que lui portaient les médias donc il a décidé de fermer. Ils en ont ouvert un nouveau, mais ce n'est plus la même chose.



À en croire le nom de votre groupe et votre goût pour la déconne, vous vous rapprochez pas mal de Turbonegro, autre grande figure de la Norvège. Ils sont une influence pour vous ?
Axel
: Quand on a trouvé notre nom, on s'est vachement inspiré de Turbonegro. C'était en 2004, pile au moment où Hank et son groupe revenaient d'une longue pause. Donc quand on a fondé KMF, Turbonegro était très en vogue. Notre but c'était clairement d'avoir un nom encore meilleur que le leur. On a donc opté pour Kakkmaddafakka.

D'ailleurs, il devient quoi Hank ?
Pål : Il est scientologue maintenant... C'est le monsieur scientologie de Norvège.

Axel : Et Happy Tom s'est reconverti en présentateur télé.

Comme eux, vous aimez parler de sexe, d'amour et de relations diverses dans vos morceaux. C'est une tactique qui fonctionne auprès de la gente féminine ?
Axel
: Ce n’est pas notre but en réalité, on donne l'impression que nos morceaux tournent autour des filles mais ce n'est pas toujours le cas. Même si c'est ce que ça peut laisser entendre. Et si on peut avoir un public féminin, c'est beaucoup plus fun pour nous. C'est aussi pour ça qu'on ne fait pas de metal. J'adore le metal et même si je respecte la démarche, je n'ai pas envie de jouer devant un public de metalheads. Notre public est constitué à 70% de filles, ça défonce. Dans un concert de metal, elles sont 10%, au mieux. Faire des tournées et jouer chaque soir devant 90% de mecs, c'est pas mon truc.

Le truc, c'est que vous parlez de choses que vous connaissez et que votre public est susceptible de vivre lui-même. Axel : On n'est pas des metalheads, ce n'est pas notre réalité. Pour être honnête et un petit peu critique, j'ai beau être un gros fan de metal, je pense qu'être vrai dans ce que tu fais en musique, c'est super important. Dans le metal, il y a énormément de poseurs. On ne veut pas être des poseurs. Eux parlent beaucoup de trucs atroces mais presque personne ne le fait pour de vrai. Avant, ils le faisaient, comme ce type qui enterrait ses fringues dans la terre pour qu'elles puent la mort [Per « Dead » Ohlin de Mayhem]. C'était vrai et je respecte à fond. Quand tu fais ça, tu peux clairement assurer en live. Si tu te la joues mais qu'en vrai tu n'as rien fais de tel, tu mens à chaque fois que tu montes sur scène. Moi je joue de la pop music mais je suis plus vrai que tous ces mecs.



Vous avez sorti votre quatrième album KMF en avril. Simplement au vu des titres des morceaux « Young You », « May God » et « True » et au rendu plus posé de l'album, on sent que vous avez grandi.
Axel
: Tout s'est passé de manière très naturelle. J'avais 22 ou 23 ans quand on a commencé le groupe.

Pål : Et moi 19.

Axel : C'est une progression naturelle, on apprend des trucs nouveaux en musique chaque jour. Avec KMF, on tient à garder une grande différence entre l'album et le live. On veut qu'on puisse écouter notre album à la maison sans que ce soit trop stressant. Si ton album est bourré d'énergie, c'est difficile de le rendre sympa à écouter lorsque tu es chez toi, au calme. Quand on a enregistré l'album, on voulait surtout qu'il soit adapté à l'écoute.

J'ai entendu dire que vous étiez très branchés cul et serial killers, c'est vrai ?
Axel
: Je suis sûr que c'est notre manager qui t'a dit ça ! [Rires]. Mais ce n'est pas le cas. Plus sérieusement, le porno est très populaire en Norvège. Moi, je suis féministe même si je pense que le porno ne disparaîtra jamais. Honnêtement, il y a plus de 90 % de mecs qui consomment du porno chaque semaine.

Tu voudrais mettre un terme à ça ?
Axel
: Non, mais il y a tellement de sales histoires dans cette industrie et tellement de filles qui se font exploiter. Pour moi, il faudrait en faire un truc propre, que ça devienne une industrie où il fait bon travailler. Le porno, c'est comme la drogue, ça existera toujours. En Norvège, nous avons les plus haut taux de décès liés à la consommation d'héroïne. On meurt plus de l'héro que des accidents de la route.

Cela a peut-être un rapport avec la difficulté de se procurer de l'alcool en Norvège, la vente étant réservée à des magasins qui ont le monopole. Dans cette situation, c'est plus simple de se tourner vers les drogues, non ?
Axel
: C'est délicat... C'est prouvé que si la vente d'alcool est soumise à un régime strict, les gens boivent moins. En France, l'alcool cause nettement plus de dégâts qu'en Norvège. Je pense que la consommation de drogues doit être encadrée, comme devrait être l'industrie du porno. Même à Bergen il y a un gros problème d'héroïne. Le pire, c'est que les autorités traitent ces drogués comme des animaux et les relogent loin des centre-villes. C'est terrible... Le système social refuse de leur venir en aide. On a eu quelques copains décédés à cause de ça.


Photo - Eirik Lande

Tu me disais que tu te considérais comme féministe ?
Axel
: La Norvège vit un grand débat féministe en ce moment. Il y a un parti appelé Le Feministik, mais je ne suis pas d'accord avec ses idées. Il est loin d'être libéral, veut faire passer encore plus de lois et se détacher des sentiments humains. Ces personnes considèrent les sentiments des hommes comme moins importants – et, en soi, je ne peux pas leur en vouloir parce que la plupart des torts sont causés par les hommes.

En Norvège, les étudiants en droit, en économie et en médecine à l'université sont à 70 % des femmes, ça fait 10 ans que les mecs ne prennent plus l'école au sérieux. Une femme est à la tête de notre pays, on a fait beaucoup de chemin pour l'égalité entre les sexes, ça signifie pas qu'on doit s'en tenir là. Aujourd'hui le débat est principalement axé sur le viol, évidemment c'est terrible et les hommes en sont responsables. Mais elles en oublient la violence en général. Tous les jours des mecs se font tabasser par d'autres mecs et c'est aussi un problème. Elles orientent le débat. Les féministes savent très bien écrire et s'imposer dans les médias, elles sont cultivées. L'opinion publique est avec elles. En ce moment, toutes se portent sur ce débat, mais il y a aussi d'autres situations à régler. Le taux de suicide par exemple, chez les hommes, est très élevé. Bien plus élevé que chez les femmes.

Pourquoi selon toi ?
Axel
: Parce que c'est tout aussi difficile d'être un homme.

Qu'est-ce qu'on peut attendre de KMF dans les mois à venir ?
Axel
: On va continuer d'avancer. On est un des groupes les plus cool du monde à l'heure actuelle, c'est génial. Le monde évolue petit à petit avec des gens comme Bernie Sanders, Mac DeMarco, Tame Impala, The War on Drugs... On est de plus en plus connus, hier soir on jouait à guichets fermés. Toute notre tournée en Allemagne était sold out. La bonne musique revient dans le coeur des gens.


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