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Des robots chinois m’ont cuisiné et servi mon dîner

La singularité technologique viendra un jour à bout des serveurs désagréables.

Jamie Fullerton

Les robots du restaurant Tian Waike – situé à Kunshan en Chine – vous donneront peut-être l'impression que les machines domineront bientôt le monde, mais pour le moment, je suis à peu près sûr qu'on peut continuer à leur botter le cul sans qu'elles n'y trouvent rien à redire.

Depuis l'ouverture du restaurant en août, les robots arpentent ce fast-food situé dans la province du Jiangsu afin de servir des plats à base de riz pendant que leurs collègues métalliques s'affairent en cuisine pour confectionner des mets de qualité. Pangolin – la société à l'origine de ces robots – n'est pas encore le Skynet du fast-food mais son patron, Song Yugang, a quand même pour objectif de remplacer à long terme tous les employés du monde par des robots.

Tian Waike est une vitrine pour son entreprise, et les gens sont de plus en plus désireux de voir leur nourriture être confectionnée par des robots. Lorsque je l'ai rencontré pendant une pause-déjeuner, le restaurant était quasiment vide, mais Yugang m'a affirmé qu'il est plein à craquer durant le week-end et qu'il doit même dire aux gens de revenir tellement l'attente est importante.

Les raisons qui ont poussé Yugang à investir dans un restaurant entièrement robotisé sont à chercher du côté de son histoire personnelle : « Je l'ai fait pour mes filles. Elles ne savent absolument pas tenir une maison. Lorsque je leur ai dit qu'elles ne trouveraient jamais de mari, elles m'ont répondu que je devrais développer des robots qui feraient toutes les tâches ménagères à leur place. Je leur ai promis que je le ferai, et un père tient toujours ses promesses. »

Malheureusement, je ne pense pas que les filles de Yugang pourront rester à se tourner les pouces toute leur vie. En effet, les robots du restaurant ont constamment besoin de l'aide d'êtres humains afin de déplacer les ingrédients, de transférer les plats ou de cuisiner du poulet.

Si les robots semblent être surtout des instruments de cuisine avec des yeux lumineux, Yugang prétend que, s'ils n'étaient pas là, ils devraient engager 20 employés pour faire tourner son restaurant, alors qu'ils ne sont que six actuellement. Il ajoute qu'il se contente d'embaucher des cuisiniers et non plus de vrais chefs, car une bonne partie de la cuisine est gérée par les robots.

« Un robot peut travailler plus de dix heures par jour pendant sept ou huit ans, m'a dit Yugang. Les serveurs et serveuses travaillent huit, neuf heures maximum. Vous devez leur fournir un logement et de la nourriture. Nos robots consomment trois yuans (un euro) d'électricité par jour. »

Les robots serveurs sont un peu plus impressionnants que leurs compères cuisiniers. Ils se baladent dans le restaurant, s'arrêtent devant les tables et les clients se servent directement sur leur plateau puis appuient sur leur tête pour qu'ils prennent le chemin du retour vers le comptoir. 

S'ils ne sont pas encore capables de vous en prendre en photo avec votre smartphone, ils sont au point en ce qui concerne les tâches basiques.

« Sur Internet, les gens se plaignent de la lenteur de nos robots, m'a dit Yugang. Mais cela s'explique par le fait que les enfants se mettent en travers de leur chemin pour jouer avec eux. Le service est ralenti à cause de ça. Les enfants embrassent les robots et ne les laissent pas partir. Mais j'aime les enfants et je les laisse donc jouer avec. »

Bon, certains enfants ont quand même l'air d'avoir très peur des robots.

Un robot de bienvenue est présent au niveau de la porte d'entrée, et il dit « Bonjour » ou « Au revoir » suivant le sens du déplacement des clients. Yugang m'a affirmé qu'un robot trop bavard diminue la rentabilité de son restaurant.

« Nos robots-cuisiniers peuvent discuter, mais j'ai désactivé cette fonction, m'a-t-il avoué. Ils n'ont pas besoin de parler. Les autres robots peuvent dire des choses basiques comme « Je suis désolé, je dois retourner travailler maintenant » si des enfants essaient de jouer avec eux. Ils peuvent prendre part à des conversations assez simples comme « Quel âge as-tu ? Es-tu une fille ou un garçon ? » mais j'ai aussi désactivé cette fonction, sinon les gens voudraient parler aux robots tout le temps. »

Il est évident que c'est ce côté novateur qui permet au restaurant d'être rentable. Yugang est inflexible sur le fait que – selon lui – il a entre les mains le futur de l'industrie de la restauration. Il prétend avoir des milliers de commandes venues des quatre coins de la Chine pour ses robots. Il cherche actuellement des investisseurs pour développer son entreprise au niveau mondial.

Il admet tout de même être un spécialiste des robots plutôt qu'un amoureux de la gastronomie, et la qualité de la nourriture s'en ressent. Yugang soutient qu'elle ne fait que s'améliorer.

« Les robots-cuisiniers sont très durs à créer, affirme-t-il. Certains disent qu'il est plus difficile de construire un de ces robots que d'aller dans l'espace. On dépense beaucoup d'argent pour les améliorer et je suis sûr que dans quelques années, ils pourront nous préparer du poulet Kung Pao, du poulet épicé ou du poisson cuit à la vapeur. »

J'ai l'impression que la domination des machines sur l'industrie de la restauration rapide n'est pas pour tout de suite. J'ai également l'intuition que nous ne sommes pas près de goûter des mets succulents préparés par ces robots un poil rigides.

Mais bon, c'est quand même plus cool d'être servi par un truc qui pourrait être sorti de Terminator 3 que par un étudiant boutonneux qui n'a pas connu de relation sexuelle depuis trois mois et demi.