Interviews

Halshug viennent d'inventer le BMW-punk

Trois Danois, six cylindres de haine et un lot de vestes Kappa ont suffi pour accoucher du disque le plus belliqueux de 2016.

par Rod Glacial
16 Décembre 2016, 2:54pm

L'attrait pour un groupe issu d'un genre aussi générique que le hardcore ou le punk en 2016 tient à pas grand-chose; une bonne typo, un bon blaze, une pochette bien ficelée, une berline cotée, ou encore des vestes de jogging bien coupées. Les Danois de Halshug savent séduire, c'est sûr, et avec leur album Sort Sind, ils se permettent en plus de nous agresser doublement, visuellement et musicalement. Je savais parfaitement à quoi m'attendre en cliquant sur leur Bandcamp et je n'ai pas été déçu une seule seconde à l'écoute de leur crust-core 6 cylindres montant de 0 à 100 en 4,3 secondes. Et je ne suis pas le seul. Après une démo en 2012 et un EP intitulé Dödskontrol sorti par un label suédois intelligemment appelé Raw Punk & D-Beat Records, le label américain Southern Lord s'est empressé de les signer pour 2 albums, dont le dernier est sorti en septembre. Au bout de la cinquième écoute, on a voulu leur demander pourquoi ils étaient si en rogne.

Noisey : Il y a beaucoup de punks danois qui roulent en BMW ?
Halshug : Ce serait dur à imaginer. Peu d'entre eux ont des contrats avec des labels américains tendance comme nous.

Quand j'ai vu votre pochette, j'ai cru que vous étiez des hooligans polonais.
Haha, eh bien non, pas du tout ! On essayait juste d'être ironiques en fait.

Comment vous avez dégoté ce deal avec Southern Lord justement ?
On était en relation avec plusieurs labels et on voulait sortir un truc aux Etats-Unis en même temps, et Southern Lord nous ont contacté après avoir posté une de nos chansons. Ils nous ont fait une offre intéressante pour deux albums. J'imagine qu'ils ont vraiment dû accroché pour que ce soit eux qui viennent nous chercher.

Halshug signifie « décapiter », c'est ça ? Je suis curieux de savoir de quoi parlent vos textes, du coup.
Exact. Nos lyrics abordent différentes choses : la peur, l'anxiété, les émotions négatives et autres. Ils sont tous écrits dans une forme très fragmentée, et sont plutôt introvertis. Le titre de l'album peut se traduire par « Esprit Noir », et dans les titres des morceaux, on retrouve des termes comme « prison intérieure », « racaille », « démence », « violence » et « échec ». On n'a pas inclus nos textes dans le disque mais je pense que tu te peux te faire une idée d'ensemble du truc.

Où a été enregistré Sort Sind pour avoir ce son si brutal ?
Chez notre pote et génie du son, Lasse Ballade, qui sait ce que « loud » veut dire ! Il était chanteur dans le groupe Hjertestop avant, et maintenant il a son propre studio à Copenhague, où il bosse avec un tas de groupes. On l'a enregistré en live et ensuite on a ajouté les vocaux et quelques parties de guitares, et on a vraiment tout mis ce qu'on avait dans le bide sur ce disque, voilà sans doute pourquoi le son a une telle présence, et qu'il paraît aussi brutal.

D'où provient l'extrait de l'intro de « Sort Sind », Pusher ?
Non, même si c'est un super film. Elle provient d'un documentaire danois qui s'appelle Blodest bånd, sorti en 2013, et qui parle d'une famille danoise en difficulté, vivant dans un environnement social abandonné. Sur notre intro, on entend le personnage principal du film, Daniel, qui nous a autorisé çà utiliser sa voix sur notre disque. C'est un homme qui, comment dire, a son quota de souffrance... Le docu nous a tellement marqué que c'est également le nom qu'on a donné à notre premier LP.

Le cinéma en général vous influence ?
Non, pas vraiment. On parle très peu de films ou de cinéma entre nous, plutôt de documentaires, de l'actualité, d'histoire, de musique ou de culture punk.

Quelle actualité vous préoccupe en ce moment ?
Toutes les crises au Moyen-Orient qui ont abouti jusqu'à cette élection blague aux Etats-Unis, ça, ça nous intéresse. Les millions de personnes mortes et déportées qui sont abandonnées et indésirables dans la société internationale, la volonté d'expansion de la Russie, le fait qu'un milliardaire du pétrole dirige l'Amérique, la sortie de l'Europe du Royaume-Uni, le renouveau des mouvements nationalistes-conservateurs en Europe, la gentrification et la ségrégation de groupes sociaux dans les villes européennes, la militarisation de la police et de la surveillance, la diminution des droits civiques et de la démocratie dans notre pays... Voilà à peu près.

Ok ! Et « le quarantième anniversaire du punk », vous vous sentez concernés ? 
Et non, on ne se sent pas concernés par les 40 ans du punk, comme on n'est pas senti non plus concernés par les 30 ans de la techno, les 70 ans du rock ou les 100 ans du jazz. Même si on apprécie tous ces genres de musique.

Quel autre style vous pourriez jouer d'ailleurs ? Je vous imagine bien rapper.
Ha ha, on ne pourrait jamais rapper, t'es fou... Hmm, je sais pas, d'autres types de rock je pense, du metal ou du punk probablement. Peut-être qu'un jour on aura les tripes pour jouer du blues.

Qu'est ce que vous aimez et détestez à Copenhague ?
On adore notre langage, notre humour, nos potes, nos familles. On déteste le froid qui y règne et le fait que la ville soit minuscule et donc chiante. 

Vous quitteriez votre ville pour aller ailleurs ?
Si on le fait, ce sera pour un endroit plus grand, plus chaud et aussi moins cher. Copenhague est vraiment une ville conformiste, tout le monde porte la même chose, fait la même chose et parle de la même façon. C'est tellement petit qu'on a l'impression que toutes nos soirées se répètent.

Qui sont vos potes là-bas ou les mecs qu'il faut écouter ?
Il y a quelques groupes à Copenhague qui sont toujours actifs et qui valent vraiment le détour. On peut citer Lesion, Slægt, Alucarda, Sejr, Reverie, Phrenelith, Bliss et d'autres noms me reviendront sûrement après cette interview.

Vous pensez quoi de la trajectoire d'un groupe comme Iceage ?
On aime beaucoup, c'est vraiment un très bon groupe. Par trajectoire, si tu veux parler de la manière dont ils ont évolué musicalement et stylistiquement, c'est un débat très ouvert. Ils ont fait beaucoup de choses en très peu de temps, ont suivi quelques sentiers battus et en ont esquivé pas mal d'autres. Ils faisaient du punk chaotique et du noise rock, maintenant ils jouent une sorte d'americana de type Nick Cave, et les deux leur vont. Ils sont très bons. Certains groupes ne pourraient pas changer aussi radicalement leur son, d'album en album, mais Iceage fait partie de cette catégorie. Pas sûrs qu'on pourrait faire un truc similaire et conserver l'essence de notre groupe. C'est impressionnant.

Quels sont vos souhaits pour 2017 ?
Vivre de nouvelles expériences et en offrir aux gens, que les concerts qu'on a bookés vaudront le déplacement, on va aller jouer en Russie, à Berlin, en Suisse, et faire une nouvelle tournée aux USA, on espère qu'il y en aura encore plus et que les gens voudront encore se lâcher et péter les plombs sur de la musique hardcore et punk. Il y a quelques groupes en Europe qu'on aimerait voir et avec lesquels on aimerait jouer également. On verra ce que le futur nous réserve, de toute façon, c'est toujours mieux de rester pessimiste et d'être positivement surpris, plutôt que d'être optimiste et déçu. 2017 va probablement être une année de merde.


Rod Glacial pense pareil. Il est sur Twitter.