Les voitures ont reconquis les rues endommagées par des années de guerre et la musique a retenti à nouveau. Les styles vestimentaires sont devenus plus expressifs, et des magasins et des stands remplis de films VHS et DVD pirates ont vu le jour dans les grandes villes. Dans le même temps, l'invasion a engendré une vague d'ONG, de médias, de journalistes et d'ambassades étrangères – dont le personnel devait être composé, au moins en partie, d'Afghans. Des centaines de milliers de personnes ont été employées comme chauffeurs, traducteurs, fixeurs, cuisiniers et agents d’entretien. Beaucoup de ces travailleurs étaient payés en dollars et en euros.« Pendant des années, les gens ont regardé en cachette les photos et les vidéos de mariage de leurs proches à l'étranger et ont pris des notes » - Haji Arif Shefajo
En haute saison, la salle de mariage Morwarid peut accueillir un voire deux événements par jour. Haji Arif Shefajo et sa famille dépensent régulièrement des milliers de dollars pour des travaux de rénovation et de réaménagement. Photo : Fatimah Hossaini
Lorsque le jeune homme de 29 ans s'est fiancé l'année dernière, il a essayé d’attendrir ses beaux-parents en leur disant : « Je suis un homme simple et sans éducation, je ne gagne pas beaucoup d'argent. S'il vous plaît, organisons juste une petite fête à la maison. » Ils sont restés indifférents et ont répondu : « Notre fille ne vaut pas moins que les autres, elle se mariera dans une salle de mariage ou ne se mariera pas. »Iwas savait ce qu'il devait faire. Il est retourné en Iran, où les Afghans sont souvent contraints d'accepter des emplois manuels mal payés et sont constamment menacés d'être arrêtés et maltraités par la police.Sachant combien son fils travaillait dur pour financer son mariage, la mère d’Iwas est elle aussi allée voir les beaux-parents pour les supplier de se montrer compréhensifs, en vain.« Ma femme s’est montrée extrêmement pointilleuse. J'ai essayé de lui suggérer des options moins chères, mais elle n'en a pas voulu », dit Iwas, avant d’ajouter que sa fiancée n'avait ni éducation ni revenu pour aider à les soutenir financièrement après leur mariage.« Ma femme s’est montrée extrêmement pointilleuse. J'ai essayé de lui suggérer des options moins chères, mais elle n'en a pas voulu » - Mohammad Iwas
En Iran, Mohammad Iwas fait un travail manuel éreintant. Il risque également de se faire tirer dessus par les gardes-frontières iraniens pour être entré clandestinement dans le pays, mais il est obligé de le faire pour rembourser les dettes qu'il a contractées pour son mariage. Photo : Ali M Latifi
Iwas attribue la situation dans laquelle lui et des millions d'autres jeunes Afghans se trouvent à un sentiment de compétition sociétale qui, selon lui, a pris le dessus sur la culture afghane. « Chacun essaie de surpasser l'autre. Ma propre belle-mère se tournait constamment vers sa fille et lui disait : "Tu as besoin de ça, tu le mérites", sachant très bien que je ne pouvais pas me le permettre. »Une partie de cette concurrence, dit Iwas, est exacerbée par l'économie de guerre, dans laquelle les gens sont toujours payés en devises étrangères. « Les gens ne comprennent pas que nous, les gens moyens, ne pouvons pas nous comparer à ceux qui font du commerce et gagnent en dollars. Nous ne sommes pas des hommes d'affaires. Nous ne sommes pas des politiciens. Nous sommes de simples travailleurs qui essaient de construire leur vie. J'ai commencé ma nouvelle vie avec des dettes et personne ne semble s'en soucier. »« Ma propre belle-mère se tournait constamment vers sa fille et lui disait : "Tu as besoin de ça, tu le mérites", sachant très bien que je ne pouvais pas me le permettre. »
Mohammadi s'est lui aussi marié cette année. Il estime que la quarantaine de plusieurs mois à Kaboul lui a permis de réduire les coûts. Pourtant, même avec un simple mariage à domicile, il a dépensé 5 195 dollars – une somme qu'il mettra des années à rembourser compte tenu de son salaire actuel. « Depuis que je me suis marié, je dois consacrer les 78 à 90 dollars que je gagne par mois au seul remboursement des frais de mariage. »Là où certains voient un fardeau pour les hommes afghans, Nadima, une influenceuse afghano-canadienne de 37 ans, voit un rare moment de joie pour les femmes du pays, qui trop souvent ne se sentent pas assez à l'aise pour être leur authentique moi en public. « L'excès est toujours problématique, c'est contraire à l'islam, mais nous devons aussi nous rappeler que ces fêtes sont des moments de bonheur, surtout pour les femmes », dit-elle. Nadima est revenue vivre en Afghanistan il y a dix mois et a été initialement déconcertée par l’absurdité des mariages ici. « Quand j'ai montré à mes tantes la tenue que je comptais porter au mariage de mon cousin, une jolie robe que j'avais ramenée du Canada, elles ont juste secoué la tête en disant : "Non, non. Ça ne va tout simplement pas le faire. C'est le mariage de ta cousine, tu dois te démarquer. Viens, on va t'emmener faire du shopping." »Selon Nadima, parce que les femmes ne peuvent pas voyager et s'amuser avec la même facilité que les hommes, de tels événements leur offrent un répit bien nécessaire. « Hier, il y avait littéralement des missiles qui volaient dans les rues de Kaboul, aujourd'hui, il y a des femmes qui viennent de tout le pays pour danser et chanter. C'est pour ça que les mariages sont aussi importants ici. »VICE France est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.« Depuis que je me suis marié, je dois consacrer les 78 à 90 dollars que je gagne par mois au seul remboursement des frais de mariage. » - Nasim Mohammadi
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