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Culture

La review de « Gatsby » par James Franco

Salles a réussi à bien capter l’ambiance des États-Unis des années 1950, même si l’on pourrait dire que son Dean et son Sal n’avaient pas tant envie de vivre que ça.
23.5.13

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Salut, je suis James Franco ; je trouve que Baz Luhrmann a relevé un défi en adaptant Gatsby le magnifique ; le même que celui qu’a relevé Walter Salles avec Sur la route, à savoir : rester fidèle à l’époque représentée en « respectant » le texte d’origine. Salles a réussi à bien capter l’ambiance des États-Unis des années 1950, même si l’on pourrait dire que son Dean et son Sal n’avaient pas tant envie de vivre que ça. Dans le roman, c’est ce qui comptait plus que tout.

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On entend souvent qu’un bon livre donne un mauvais film, alors qu’un roman de gare comme Le Parrain peut donner de grands films. Mais ce concept joue sur l’idée qu’un livre est bon de par son écriture, et que, s’il est adapté en quoique ce soit, il perd de sa « magie ». Comme l’ont déjà écrit presque tous les critiques de cinéma – et ce, à juste titre – c’est le texte de Fitzgerald qui fait que Gatsby le magnifique est une grande œuvre. Pourtant, quand des histoires écrites il y a plus de 80 ans sont remises sur le tapis le temps d’un film, la question du passé et du présent doit être traitée. Le texte doit être véritablement adapté.

Alors qu’il adaptait Gatsby au grand écran, Baz Luhrmann était confronté à plusieurs questions : est-ce que ça peut marcher ? Et comme Roméo + Juliette à la fin des 90s, comment faire vivre une histoire ancienne au travers d’un autre média et d’un public jeune ? D’une certaine manière, Luhrmann a réussi à être loyal à la fois envers le texte original et envers son public contemporain. Le jazz des années 1920 était brut, dangereux, soit. Mais si Luhrmann n’avait utilisé que cette musique aujourd’hui, le film aurait été une pièce de musée – et accessoirement, pas du tout pertinente pour le grand public et les vieux des classes supérieures, qui savent déjà ce qui les attendent. On a vu des objections vis-à-vis de l’utilisation de la 3D, mais honnêtement, ce n’est pas si important. Ça marche, ça ne perturbe pas la mise en scène. On fait avec, c’est comme ça. C’est amusant à regarder, en plus.

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Les critiques qui ont détruit le film parce qu’il ne respecte pas le livre sont des hypocrites. Ces gens gagnent leur vie en interprétant et en critiquant des textes afin de générer des théories de différents niveaux de compétence, et parfois, juste pour gagner leur vie. Le film de Luhrmann est son interprétation et son adaptation du texte – sa critique, si vous préférez. Est-ce qu’on s’opposerait à une adaptation de Hamlet qui se tiendrait dans l’espace ? Apparemment, pas autant qu’à l’adaptation de Gatsby. C’est peut-être parce que le temps et le lieu jouent un rôle déterminant dans Gatsby, alors qu’en effet, Shakespeare traite davantage de concepts et de sentiments universels. Luhrmann se devait d’insuffler un nouvel élément au côté hautement superficiel et éphémère des années 1920, et c’est ce qu’il est parvenu à faire.

Un film, évidemment, repose sur une tension immédiate, ce qui est fondamentalement différent d’un roman. Et à l’exception des textes les plus cinématographiques, les films basés sur des œuvres littéraires doivent suivre un fil conducteur plus étroit. Une fois que Gatsby a réussi à reconquérir Daisy, l’histoire perd un peu en intensité. On ne s’intéresse pas autant à leur relation qu’aux efforts exagérés de Gatsby pour grimper l’échelle sociale afin de la récupérer. Ce souhait universel – et rarement accompli – est encore pertinent aujourd’hui, voire davantage encore, comme le suggère les tonnes de fringues, de chaussures, de bijoux que montre le réalisateur. Le désir de Gatsby est semblable à celui d’un gamin de 16 ans : reconquérir Daisy, mais en plus de ça, contrôler ses affects. Ça me fait penser à mes amourettes de lycée, quand je torturais mentalement mes copines parce qu’elles s’étaient faites doigter par d’autres garçons deux ans avant. Passe à autre chose, dude. Tout le monde est obsédé par son obsession mais personne n’est réellement touché lorsqu’enfin il atteint son but.

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Aussi, la relation amour-haine de Nick – le narrateur – et Gatsby est un point important. Depuis combien de temps se connaissent-ils exactement ? Ils n’étaient pas si proches que ça, n’est-ce pas ? Et pourquoi Gatsby est-il si magnifique aux yeux de Nick ? Parce qu’il a gagné beaucoup d’argent en faisant des affaires douteuses ? Parce qu’il aimait une femme ? Parce qu’il lui disait « vieux frère » sans arrêt et qu’il était plutôt sympa avec lui ? Était-il amoureux de Gatsby ? Fitzgerald avait de nombreuses raisons d’être obsédé par des personnages comme Gatsby dans sa vie personnelle (dans Le Dernier nabab, Monroe Stahr est une figure analogue ; il fusionne lui aussi affaires et obsession romantique), notamment parce que Zelda, sa future femme, lui est restée interdite longtemps dans la vraie vie – jusqu’à ce qu’il devienne un écrivain à succès, en gros. Mais Nick n’a pourtant pas plus d’intérêts personnels que ça dans l’histoire. Le placer de cette façon, à la manière d’une véritable institution, lui donne plus d’intérêt, dans le sens où son obsession pour Gatsby devient encore plus difficile à interpréter. Ou peut-être que Nick aimait-il simplement Gatsby, et s’ils avaient pu tous deux continuer à vivre côte à côte – comme Toby et Leo l’ont fait dans la vraie vie – tout se serait bien passé dans le meilleur des mondes. Ça pourrait être un super film, ça, en fait. Mais je suppose que quelqu’un l’a déjà fait – c’est la série Entourage, en fait.

Au final, Luhrmann a réussi, et c’est tout ce qui compte. Le film tient la route. L’histoire est OK, on a ressenti des trucs et la plupart des gens que vous connaissez sont en ce moment en train d’en parler.

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