« Une fois, le chauffeur de taxi m’a proposé de le payer en nature »

Alors que Kolett, une appli VTC 100 % féminine, vient d’être lancée en France, des femmes racontent leur trajet en taxi le plus gênant.

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sept. 13 2018, 10:46am

Photo: Franck Bessière / HL 

Lancée le 12 septembre en région parisienne, Kolett est la première plateforme française de VTC 100 % féminine. Le but : offrir un safe space aux passagères. Les taxis, Uber et autre Heetch seraient-ils des espaces hostiles au genre féminin ?

« On a peu de données, mais les femmes déclarent généralement un sentiment d’insécurité plus grand que les hommes dans l’espace public », assure la sociologue Marylène Lieber, auteure de Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question (Presses de Sciences Po). En creux, se pose la question de la sous-représentation des femmes aux volants des taxis : en effet, en France, seules 5 à 10 % des chauffeurs sont des chauffeuses. « Elles peuvent, elles aussi, considérer la dimension non-mixte comme plus sûre », rappelle Marylène Lieber.

Car les chauffeuses aussi peuvent craindre pour leur sécurité. Laura, 25 ans, a travaillé pour Heetch pendant 6 mois. Un soir, alors qu’elle transportait un client « un peu bourré », elle a subi un harcèlement : « Une fois en bas de chez lui, il m’a demandé de l’embrasser. Quand je lui ai dit de sortir, il a commencé à être agressif. Je lui ai crié dessus pour qu’il s’en aille, alors il est sorti en m’insultant. Après, il m’a harcelée pendant dix jours par SMS. » Si les témoignages comme celui de Laura sont rares – en raison du peu de femmes dans la profession -, en revanche ceux de passagères ayant vécu une mauvaise expérience en taxi ou VTC foisonnent. Pour VICE, nous en avons recueilli quelques-uns.

Aurélie, 24 ans

« Le chauffeur a posé la main sur ma cuisse – une fois, deux fois, trois fois… »

C’était il y a trois ans, quand j’étais en prépa. Je rentrais de soirée, il était un peu tard. J’ai vu un taxi passer, alors j’ai levé le bras. Quand j’ai ouvert la porte, j’ai vu qu’il y avait déjà deux mecs dedans. Mais le chauffeur m’a quand même demandé où j’allais. Je rentrais à Boulogne, chez mes parents. Les mecs n’allaient pas dans ce coin-là, mais le chauffeur m’a dit de monter quand même – et de me mettre devant.

Il a déposé les deux mecs. Une fois que l’on s’est retrouvé tous les deux, il a posé sa main sur ma cuisse – une fois, deux fois, trois fois… Suffisamment pour que je me sente mal à l’aise ; pas assez pour que je sois traumatisée.

Je ne suis pas le genre de meuf qui ouvre sa gueule. Je me suis surtout dit que j’avais été conne de monter dans un taxi, alors que j’avais senti que le mec était louche. Après je n’ai plus pris de taxis – que des Uber. Et je ne suis tombée que sur des mecs sympas.

Célia, 27 ans

« Il me faisait des clins d’œil dans le rétro »

Ce n’était pas grand-chose. J’avais 18 ans, et le chauffeur m’a fait plusieurs réflexions bien lourdes sur le fait que j’étais bien foutue. Il me faisait aussi des clins d’œil dans le rétro. Ça n’était pas une agression – juste un comportement inapproprié.

Une autre fois, en sortant d’un VTC, j’ai vu que le chauffeur m’avait ajouté sur Facebook. Il m’avait envoyé un message pour me proposer qu’on se revoie « pour faire connaissance ». Ce qui m’a choquée, c’est que je ne lui avais donné aucune information sur mon identité !

Sévane, 25 ans

« Il m’a chopé la mâchoire et m’a embrassé de force sur la bouche »

L’année dernière, à Lyon, en sortant d’une soirée, j’ai pris un Uber pour rentrer avec une amie. On était un peu éméchées. On a déposé ma pote. En arrivant chez moi, j’ai dit au revoir, mais le chauffeur m’a dit : « On peut se faire la bise quand même ». Naïvement, j’ai accepté.
Quand j’ai approché mon visage du sien, il m’a chopé la mâchoire et m’a embrassée - de force - sur la bouche. Je ne pouvais pas bouger parce qu’il me tenait. Je suis sortie, un peu choquée.

J’ai décidé de le signaler sur l’appli. Le lendemain, j’ai eu un appel d'une compagnie de VTC. Ils m’ont assuré qu’ils prendraient les mesures nécessaires et qu’ils me rembourseraient la course - mais ils ont refusé de me dire s’ils allaient prendre des sanctions contre le chauffeur. Ils ont dû faire un truc dans l’algorithme pour que je ne retombe pas sur lui, mais le mec continue sûrement à tourner…

Quelques jours plus tard, j’ai déposé une main courante. Au commissariat, on m’a dit qu’un bisou volé était une agression sexuelle. Faute de preuves, ça s’est fini par un non-lieu. C’est parole contre parole.

Maya, 27 ans

« Il m’a proposé de le payer en nature »

J’avais 18 ans et j’avais pris un taxi avec une amie pour rentrer de soirée – il n’y avait pas encore de VTC à l’époque. Le chauffeur, 50 ou 60 ans, nous a ramenées chez nous. Quand on est arrivées, on a cherché de la monnaie. Il s’est retourné et nous a dit : « Les filles, ne vous inquiétez pas, vous pouvez me payer en nature. J’aime beaucoup la fellation, ça me suffit. Après, vous pouvez partir tranquilles, sans me payer. »

On était deux, donc on n’a pas vraiment eu peur. On a rigolé, on a donné l’argent et on est parties. Quand les VTC ont commencé à se démocratiser, ça m’a rassurée que, grâce à l’appli, les chauffeurs soient identifiés. C’est en partie pour ça que je prends surtout des VTC.

Océane, 20 ans

« Le fait que le chauffeur pose sa main sur ma cuisse m’a tellement choqué que je n’ai pas su comment réagir »

Je travaille en boîte, je termine vers 7 heures du matin, donc je prends souvent des Uber vers cette heure-là. Un soir où j’étais super crevée, quand le chauffeur m’a proposé de me mettre à l’avant, j’ai accepté. On a fumé une clope, tranquilles. Une fois sur le périph – où tu ne peux techniquement pas sortir de la voiture – il a posé la main sur ma cuisse dans le plus grand calme. Je n’ai rien osé dire puisque je ne pouvais pas sortir !

Il n’a rien tenté de plus, mais c’est le fait qu’il pose sa main sur ma cuisse comme ça, m’a terriblement gênée. J’étais tellement choquée que je n’ai pas su comment réagir. C’est un souvenir horrible.

Romane, 22 ans

« Il a insisté pour avoir mon numéro. Maintenant, je serai plus froide avec les chauffeurs de taxi ! »

Ça s’est passé cet été. Il était 2-3 heures du mat’, par-là, et je rentrais d’une soirée entre copines. J’ai commandé un Heetch. Je suis plutôt sociable, donc on s’est mis à discuter, le chauffeur et moi. Au bout d’un moment, il a commencé à me regarder de la tête aux pieds et m’a dit : « T’es mignonne quand même, Romane ». J’ai dit merci et j’ai coupé court à la conversation. Il m’a demandé si je me plaisais à Paris. J’ai dit que mon copain me manquait – même si je n’ai pas de copain, c’est la technique classique pour mettre une barrière. Il m’a demandé si je n’allais pas voir ailleurs.

Il m’a redit que j’étais mignonne et m’a demandé plusieurs fois mon numéro. Il était très insistant. Une fois en bas de chez moi, il m’a encore demandé mon numéro. Il avait déjà sorti l’appli pour mettre les contacts. Maintenant, je serai plus froide avec les chauffeurs de taxi !

Léa, 20 ans

« Il a essayé de me pécho de force. Je suis partie en courant pendant qu’il m’insultait ».

C’était en mai dernier, le soir du gala de mon école. J’étais complètement arrachée. Mes potes ne voulaient pas que je rentre seule. Ils ont demandé à leur VTC s’il pouvait me prendre à l’avant, s’ils le payaient au black pour la place supplémentaire. Il a accepté. Il a déposé mes deux potes et quand on s’est retrouvé seuls, il a commencé à me dire que j’étais super mignonne. Arrivée en bas de chez moi, j’étais tellement bourrée que j’ai accepté de lui faire la bise pour lui dire au revoir. Quand je me suis penchée vers lui, il en a profité pour essayer de me pécho de force. Je me suis vite dégagée et je suis partie en courant, pendant qu’il m’insultait.

J’ai appelé la compagnie de VTC pour lui signaler le problème : ils m’ont dit que puisque je l’avais payé au black, ils ne pouvaient rien faire pour moi. Au final, le mec n’a même pas été signalé ! Donc, si ça se trouve, il continue de faire des trucs chelous à ses passagères… Depuis, je n’ai plus jamais repris de VTC. Je préfère prendre les Noctiliens – c’est moins risqué.

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