Drogues Psychédéliques

Hé man, le meilleur comme le pire peut arriver sous champignons hallucinogènes

Certains y voient un moyen de s'ouvrir au monde, d'autres émettent la crainte de voir des murs fondre pour l'éternité.
29 septembre 2015, 5:00am
champignons hallucinogènes

Photo via Flickr

Les champignons hallucinogènes – ou encore champignons magiques, comme on aime à les appeler pour souligner leur côté druidique – sont connus pour leurs effets psychotropes. Si certains voient dans les champignons magiques un moyen de s'ouvrir au monde et à soi-même ou de « se connecter » à son environnement, beaucoup y voient des expériences potentiellement traumatisantes, tandis que d'autres ont déjà émis la crainte de voir des murs fondre pour l'éternité à la suite d'un bad trip. Les rumeurs qui entourent la prise de psilocybine (la molécule active contenue dans les champignons) sont nombreuses, et des scientifiques pensent même qu'elle serait capable de traiter la dépression.

Personnellement, j'ai mis beaucoup de temps à envisager la prise de champignons magiques comme une expérience qui pourrait avoir un quelconque intérêt. Diverses rumeurs entendues lors de soirées m'en ont aussi longtemps dissuadée. Je n'avais pas spécialement envie de foutre mon chat au four en pensant qu'il s'agissait d'une tarte aux pommes. Mais après avoir surmonté mes craintes, je me suis laissée tenter cet été – et j'ai ri comme une abrutie tout en me laissant porter par des rêveries psychés où j'imaginais mes potes en animateurs de fête foraine.

Entre mythes et réalités, j'ai demandé à une ribambelle de connaissances de me raconter leur pire ou leur meilleure expérience. Voici ce qu'il en est ressorti.

NEUF HEURES DE TRIP, SIX MOIS D'ANGOISSE
La première fois que j'ai pris des champis, c'était à Amsterdam pour le nouvel an. On avait déjà pas mal fumé et bu quand on s'est laissés tenter avec un pote dans un coffee shop. J'ai acheté une première boîte que je me suis enfilée tout seul, ne sachant pas que la dose conseillée n'équivalait qu'à la moitié de celle-ci. Sur la boîte, il était précisé que les effets se feraient sentir au bout d'environ un quart d'heure, mais après 20 bonnes minutes, je ne sentais toujours rien. Un peu frustré, j'ai donc pris les devants et décidé d'en acheter une deuxième, en précisant bien que je souhaitais un truc bien plus fort. Ni une ni deux, j'ai gobé la deuxième boîte. C'est malheureusement à ce moment-là que la première prise a décidé de faire effet. En l'espace de quelques minutes, je me suis retrouvé complètement ailleurs. Mes potes m'ont traîné dans un bar tout à fait normal, mais dans ma tête je voyais des drag queens et des trans partout, ce que je n'hésitais pas à faire remarquer à toute l'assemblée en criant sur la piste de danse « Oh mais putain les mecs, on est chez les pédés là ! » (NB : je ne suis pas homophobe pour un sou, j'étais juste vraiment surpris d'être ici.)

Je me souviens que j'étais à ce moment-là particulièrement attiré par les gens défoncés autour de moi : je n'adressais la parole qu'à des mecs sous coke, speed, LSD, comme si je sentais qu'on était connectés par un lien spécial. Dans ma tête, ces types avaient tout compris de la vie par rapport à ceux dont le quotidien se résume docilement à « métro-boulot-dodo ». À un moment, j'ai parlé à un Flamand en pensant comprendre mot pour mot tout ce qu'il me racontait. Ça ne devait pas vraiment être le cas, vu que je ne connais pas un seul mot de néerlandais.

Puis la soirée s'est finie, et alors qu'on rentrait sous une pluie glaciale, j'ai commencé à vriller. On a croisé un mec sous crack dans la rue, et je pense que c'est ce qui a déclenché des pensées morbides. Je n'arrivais plus à comprendre ce qui se passait, je me disais que j'allais rester bloqué toute ma vie, devenir clodo à Amsterdam et passer l'éternité à m'interroger et à ressasser l'absurdité de l'existence. Mon trip a duré neuf heures. Quand j'en suis sorti, j'étais vraiment soulagé. Mais ça a remué quelques trucs en moi, sur la conception que j'ai de la vie, notamment. Je pense que ça m'a permis de réaliser pas mal de choses, de grandir et d'avoir un autre regard sur l'expérience humaine. Mais je me suis quand même tapé des crises de panique pendant les six mois qui ont suivi. — J-E

J'ai eu la trouille de perdre le contrôle de mon corps et de mon cerveau, mais je me suis vite rendue compte que je n'avais pas d'autre choix que d'accepter de me laisser aller.

UNE CONVERSATION BÉNÉFIQUE AVEC MON SUBCONSCIENT
J'ai aussi pris des champignons dans un coffee shop d'Amsterdam, avec quelques bons amis à moi. Les effets sont arrivés environ 40 minutes après la prise. Au début, j'ai simplement ressenti comme une grande chaleur m'envahir, comme si on m'avait mise sous une couverture invisible. Puis j'ai vu les couleurs devenir plus vives et changer de façon très lente, la tapisserie du coffee shop changeait de couleur dominante par exemple – des effets assez communs, il paraît. Je voyais aussi des formes géométriques bouger en permanence.

Je me rappelle m'être sentie assez légère au niveau de mon corps, mais que mes mains semblaient au contraire peser trois tonnes. Ce qui m'a un peu paniquée à un moment, parce que j'avais l'impression d'être une vieille dame dont le corps ne répondait plus. J'ai eu la trouille de perdre le contrôle de mon corps, de mon cerveau, mais je me suis vite rendue compte que je n'avais pas d'autre choix que d'accepter de me laisser aller. La présence des gens autour de moi m'a aussi aidée à me sentir en sécurité.

Puis le temps a semblé s'étirer à l'infini, et j'ai pu contempler tous les mécanismes de ma pensée. C'est à ce moment-là que je me suis rendue dans la salle de bain. J'ai regardé dans le miroir, et je j'y ai naturellement vu mon reflet, mais je l'ai considéré comme celui d'une de mes amies proches. D'habitude, je n'aime pas trop me regarder dans la glace, j'ai toujours un peu peur qu'il y ait un truc qui déconne avec mon apparence. Mais d'un coup, c'était comme si j'avais une proximité nouvelle avec mon reflet, que je voyais pour la première fois avec tendresse. Et c'est là que j'ai mesuré la dureté des jugements que je portais sur moi-même, que je m'infligeais des trucs pas possibles pour avoir l'impression de garder le contrôle de l'image que je veux renvoyer au monde. J'ai eu une révélation et je me suis rendue compte qu'il fallait que j'apprenne à me connaître avec indulgence, que se juger en permanence n'amenait rien de bon pour soi-même et dans les relations que l'on a aux autres. J'ai compris qu'il fallait arrêter d'encourager ce sentiment autodestructeur, et apprendre à s'aimer soi-même. C'était comme si un subconscient bienveillant et sage prenait le contrôle de ma pensée et me disait que tout irait bien, que je pouvais avoir confiance en ce que je suis. J'ai ressenti comme une grande bouffée d'amour, pour les gens autour de moi notamment, et c'était comme si cet amour pouvait se passer de preuves. Il existait et c'était suffisant, il n'y avait pas à le justifier par un quelconque contact physique ou autre. Toute l'anxiété avait disparu, et j'avais pleinement conscience d'aimer la vie. Durant neuf mois après cette expérience, j'ai continué de ressentir cette bienveillance. Puis ça s'est estompé petit à petit. Mais j'en garde un très beau souvenir et un enseignement constructif sur mes façons de penser et de ressentir. —MARIE

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UNE TRÈS MAUVAISE ÉTOILE
J'ai testé les champignons pour la première fois cet été, sur les Îles de la Madeleine au Québec. Française d'origine, mon coloc montréalais m'avait décrit cette expérience comme un voyage, un accès à la connaissance de soi et de l'Univers. Il m'avait dit qu'on pouvait sentir des couleurs et entendre des odeurs – tentant, sérieux. Le jour venu, on a donc planté la tente sur une plage déserte assez magnifique, et à la nuit tombée, je me suis chargée de piler les champis et de répartir les doses entre moi et mes trois potes. On était tous novices en la matière, même si on s'était informés au préalable. Les effets ont mis du temps à se faire ressentir et on commençait à se demander si on ne nous avait pas refilé de vulgaires cèpes. Puis allongée sur le dos face au ciel, j'ai commencé à voir apparaître des motifs dans les étoiles. Le ciel était particulièrement superbe. Je voyais une étoile au centre qui brillait plus que les autres, et parfois toutes les autres disparaissaient et il n'y avait plus qu'elle. Puis le ciel se « rallumait ». Toutes les étoiles se reliaient entre elles en partant de mon étoile centrale. J'ai vu des tonnes de motifs symétriques, des lions apparaître dans le ciel étoilé, des sortes de dessins apaches aussi. C'était ouf, même si au départ je m'attendais plus à ressentir une sorte de compréhension et de communion.

Puis j'ai commencé à subir les stimuli. Je me suis vite sentie vulnérable et j'ai commencé à paniquer. Je me demandais si quelqu'un allait venir pour nous « sauver ». Je me suis tournée une nouvelle fois vers « mon » étoile et là ça a été super violent. C'était comme si elle m'aspirait tout entière, et comme si elle me bombardait d'idées et de mots très malveillants. Je ne savais plus à quoi me raccrocher et j'étais complètement paumée, je ne maîtrisais plus rien.

Quand je me suis couchée dans la tente, laquelle semblait avoir absorbé toute l'humidité de la plage, mon cerveau tournait à mille à l'heure. Je me suis sentie au bord de la crise d'angoisse. Le sentiment de connexion, de révélation que j'avais attendu était là, mais ce qu'il m'évoquait était tout sauf plaisant. Je me rappelle avoir pensé « Tu es un poison pour ta famille », et d'autres trucs vraiment pas cool ont ressurgi. C'était comme si je le voyais inscrit en lettres brillantes dans ma tête. Au final, j'ai accepté ce qui m'arrivait et ai laissé « glisser » les pensées négatives. Aujourd'hui, ce que je retiens surtout de cette expérience, c'est un sentiment de déception. —SARAH

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RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER
J'ai pris des champignons hallucinogènes pour la première fois en décembre 2014. C'était la veille du nouvel an, j'étais à Amsterdam avec sept autres potes et on avait prévu d'en prendre tous ensemble. L'un de nous en avait déjà pris, il avait beaucoup aimé et nous avait raconté ses déambulations dans Amsterdam (déjà), et à quel point il avait hâte de recommencer. Pour ma part, j'étais assez curieux, même si je ne savais pas trop à quoi m'attendre.

On a pris chacun une dose « normale » d'après le vendeur, et d'un type de champignon pas trop fort – niveau 2 sur 6, mais va savoir à quoi ça correspond vraiment.

Le goût des champi est infâme, on a vraiment eu l'impression de manger du moisi, et on a dû mettre 20 minutes à manger chacun l 'équivalent d'une petite poignée du truc. Une demi-heure après, on était en train se balader dans Amsterdam tous ensemble, et on attendait que le truc fasse effet. Au bout d'une heure, un fou rire collectif a commencé – il durera deux heures. On riait devant tout et n'importe quoi, et c'était vraiment un bon moment. L'effet était beaucoup plus cérébral que visuel. C'est surtout notre interprétation du monde environnant qui changeait : on ne savait plus ce que voulaient dire les panneaux ou comment se servir de nos téléphones, et ça nous faisait marrer. Les objets des vitrines nous semblaient tous plus inutiles les uns que les autres, avant qu'un de nous nous corrige et que ça nous fasse tous marrer.

Au bout d'un moment on est allé dans un bar, on s'est assis et on a commandé des bières. On a continué à rire pendant encore une bonne heure, tandis que nos bières se réchauffaient.

Puis j'ai commencé à ressentir une gêne inexplicable. Je voulais me lever, mais c'était « mentalement » impossible de décoller de ma chaise. J'ai commencé à ressentir l'effet comme une entrave, et j'ai un peu moins rigolé. Dans un effort surhumain, j'ai réussi à marcher jusqu'au bar pour commander un verre d'eau. Les mots ne sortaient pas. J'ai dû rester cinq bonnes minutes planté devant le bar à me demander comment j'allais pouvoir obtenir ce verre d'eau. Finalement, c'est un pote qui l'a fait pour moi. Puis, malgré tous les signes avant-coureurs, j'ai vomi devant la serveuse. En dépit de ma honte, j'étais presque soulagé en pensant au fait que les effets allaient partir.

Quinze minutes plus tard, nous sortions du bar. J'avais froid, et je ne rigolais plus du tout, incapable de savoir si mon cerveau fonctionnait normalement ou pas. Alors qu'au début de la prise, les mauvaises interprétations étaient sujettes à rire, je devenais complètement parano. La rue me faisait peur, les passant me faisaient peur, mes potes me faisaient peur. Il était 23h. Heureusement, mon meilleur pote était avec nous, et j'ai « réussi » à garder confiance en lui. J'ai passé le reste de la soirée à rester dans un rayon de un mètre autour de lui. J'étais à la fois énervé par mon comportement irrationnel et en même temps effrayé de tout. À un moment, je me rappelle m'être dit que je vivais un enfer. J'évitais les coins sombres, ne regardais personne dans les yeux et ne parlais qu'à mon pote.

Le plus dur était que par intermittence, les effets disparaissaient. Dans ces moments je pouvais analyser la situation de manière tout à fait normale, mais je pouvais me rendre compte de quel malaise je sortais enfin. Puis, au bout de quelques minutes, je retombais dans la parano totale. Mon cerveau a continué à jouer au yoyo pendant trois heures – les plus longues de ma vie. Précisons que sous champis, le temps passe beaucoup plus lentement.

Le lendemain, alors que j'étais persuadé que tout le monde s'était senti comme moi et que personne ne s'était amusé, mes potes m'ont dit qu'ils avaient rigolé toute la soirée.

Malgré leur avis, je ne recommencerai pas avant très longtemps. Et en respectant les conseils du vendeur, qui sont de consommer les champis dans un endroit clos et familier, sans perturbation extérieure. — FRED

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