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Music by VICE

Une nuit au Kit Kat, le club techno-sex le plus célèbre de Berlin

« La techno est bonne et la baise est bonne, alors pourquoi ne pas combiner les deux ? »

par John Lucas
28 Janvier 2019, 8:26am

« Envie d'un plan à quatre ? »

Jess me regarde lascivement. Nous sommes assis près de la piscine extérieure du célèbre clubKit Kat, à Berlin. Tia, la petite amie de Jess, et son amie Sylwia, qui est venue passer le week-end depuis Varsovie, sont installées avec nous. Jess a vécu à Los Angeles et, apparemment impressionnée par mon accent britannique, tient à faire évoluer les choses, mais à la manière Kit Kat. Tia, cependant, semble moins enthousiaste et le projet de ménage à quatre se solde par un échec, malheureusement. Cependant, si cette scène avait eu lieu au milieu du dancefloor, personne n’aurait remué un cil. Tandis qu'au Royaume-Uni, un roulage de patin dégueulasse et un doigtage effréné sont les choses les plus trash qu'on pourrait observer dans une boîte de nuit, dans la capitale allemande, les Berlinois « pauvres mais sexy » célèbrent régulièrement leur amour de la house et de la techno avec des actes sexuels impromptus.

Le Kit Kat Club a ouvert ses portes en 1994 grâce à Simon Thaur – un réalisateur de films porno autrichien – et Kirsten Kruger, sa partenaire, alors que le Berghain [club techni de Berlin, ndlr] n'était encore qu'un vague projet et que Sven Marquardt [le physio du Berghain, ndlr] gambadait toujours en culottes-courtes.

Dave, expat britannique, vit à Berlin depuis la fin des années 90. Debout près du bar, vêtu de Doc Martens et d'une minuscule pochette en PVC, il repousse ses cheveux blonds et bouclés de son visage, désireux de vanter les vertus du public qui vient frapper à la porte de la maison.

« Je viens chaque semaine, dit-il en essuyant une goutte de sueur sur son front. Les oiseaux de nuit viennent du monde entier, et ils sont prêts à tout, du jamais vu. Il ne se passe quasiment pas une semaine sans que mon petit sac de noix ne soit vidé dans la dark room. »

Le Kit Kat Club, qui se trouve en face du Tresor, dans la Brückenstraße, quartier de Mitte, est un grand club, réparti sur plusieurs salles. Il y a le dancefloor principal, un deuxième espace légèrement plus petit avec une balançoire bondage et un bar caché en sous-sol, accessible via des tunnels sombres. Il y a aussi un espace vestibule où des teufeurs déguisés s'asseyent pour griller une clope et discuter. Ce hall mène à la piscine, où des mecs et des nanas à poil se caressent les parties génitales sur fond de goa trance.

La décoration psyché rappelle les raves des années 90, avec les graffitis au néon et les typographies acid-trip. La foule est plus variée que dans n'importe quel autre club européen où je suis jamais allé. Pour commencer, l’âge n’est clairement pas une barrière à l'acceptation sur la piste de danse. Je vois un couple dans la soixantaine danser sur Yeke Yeke de Mori Kante (Hardfloor mix). L'homme est complètement nu et je vois la femme enlever fièrement le t-shirt qu'elle portait en guise robe. Mais il y a aussi des clubbers plus jeunes. En raison de la chaleur estivale je suppose, la plupart des hommes portent des slips en cuir ou en PVC, tandis que les filles sont en sous-vêtements ou carrément topless, les tétons ornés de gros piercings. Les tatouages sont de rigueur, bien sûr.

Comme dans toutes les fêtes où le sexe est au menu, les choses commencent en douceur avant que les gens n'apprennent à se connaitre plus vigoureusement. Il y a un petit espace pour se changer dans le hall d’entrée, où les gens se débarrassent des reliques de leur vie civile. Même ici, l’atmosphère est déjà sexuellement chargée, avec des regards significatifs et des eye-contacts soutenus entre Berlinois déshabillés. Une fois à l'intérieur, les invités se pressent autour du bar pour boire et discuter.

« Il y a beaucoup de matos ici ce soir », observe Dave, repoussant ses cheveux d'une main tremblante. « Tu n'as pas besoin d'être membre pour entrer - mais j'ai définitivement un membre que je veux faire entrer, si tu vois ce que je veux dire. »

Oui, merci Dave. Et étant donné que Berlin est la destination la plus emblématique pour le clubbing en Europe après Ibiza, que pense-t-il de la musique ?

« La musique ? » Il a l'air momentanément perplexe. « C'est toute cette merde boum-boum-boum, c'est ça ? Une petite trace et je m'aperçois à peine qu'il y en a, pour être honnête. »

Je m'avance dans la pénombre et me dirige vers le bar sous-terrain. Dans l'obscurité, je croise Manfred. Il est célèbre ici. Tout le monde le connait car il passe entre six et huit heures par nuit à se branler furieusement dans la cage d’escalier pendant que les clubbers le dépassent à la recherche de leur prochaine vodka ou de leur pote de soirée. J'en profite pour lui demander pourquoi il passe autant de temps à s'astiquer le manche.

« Tu croises de ces corps, mais de ces corps ici... », souffla-t-il, au bord de l'arrêt cardiaque, sa main pompant férocement son sceptre de virilité. « Non mais tu les vois, tous ces corps ? »

Bien sûr. Mais c'est un sex club - pourquoi ne pas éventuellement parler à quelqu'un ? Vous pourriez avoir de la chance, qui sait.

Manfred dodeline de la tête en me montrant son membre engorgé et sa main rapide et mécanique.

« Je n'ai pas le temps », me dit-il d'un ton sec.

Avec ses envies particulières, Manfred apprécierait peut-être une autre teuf en ville, le charmant « Saturday Night Fuck » à l'Insomnia. Là-bas, de drôles de films pornos animés sont projetés sur la piste de danse : une femme prend une énorme bite extraterrestre dans sa bouche; deux extraterrestres femelles baisent une étrange créature humanoïde jusqu'à ce qu'elle implose, son sperme devenant un feu volcanique. Toute cette imagerie est à peu près ignorée des clubbeurs sur l’énorme lit double au centre du dancefloor, qui semblent certainement plus enclins à se tailler des pipes qu'à regarder des films, aussi saugrenus soient-ils.

Du Berghain au Kit Kat Klub, et même dans les coins les plus sombres du Tresor, les clubbers berlinois semblent plus qu'heureux de profiter de bonne techno tout en se faisant baiser en public. Afin de savoir pourquoi, je rattrape Sandra, une drag-queen d'Hambourg aux cheveux roses, fraîchement sortie d'une séance de sexe avec Freida, son petit ami non-monogame et une autre drag-queen.

« C'est comme ça », me dit Sandra. « À Berlin, on dit que la techno est bonne et que la baise est bonne, alors pourquoi ne pas les combiner ? »

Pourquoi pas, en effet ? Et alors que le soleil du matin illumine les coins les plus sombres de la piscine extérieure et que les clubbers fatigués se rassemblent pour rentrer chez eux, j'observe un couple homosexuel, pantalons en cuir baissés aux genoux, se frottant de façon romantique sur fond de techno. Cette scène fait chaud au coeur, tout comme le fait de savoir que Berlin, la ville la plus décadente d'Europe, met tout en oeuvre pour conserver un dévouement sans faille à la baise en club.

Tous les noms – sauf Simon et Sven – ont été modifiés.

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