Le terrifiant trafic de la bile d’ours

D’après l’ONG Animals Asia, qui lutte contre le commerce de bile d’ours, 12 000 ours noirs d’Asie et ours malais sont retenus en captivité au Vietnam et en Chine.

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17 Août 2015, 10:00am

Photo par Ashleigh Benton

D'après l'ONG Animals Asia, 700 ours sont morts cette année dans des fermes qui cultivent de la bile d'ours au Vietnam. Morts de faim ou d'infection. Pour Jill Robinson — la fondatrice de cette ONG — ce sont 12 000 ours qui sont enfermés dans ce type de ferme en Chine et au Vietnam.

« L'extraction de bile d'ours sur des animaux vivants provoque des souffrances inimaginables et des problèmes de santé à long terme, » a-t-elle déclaré.

Récolter de la bile d'ours et prélever des membres sur cet animal, c'est une tradition vieille de plus de 3 000 ans qui continue d'être pratiquée au Vietnam, au Laos, en Corée du Sud et en Chine. La bile extraite des vésicules des ours noirs d'Asie et des ours malais est principalement achetée par des consommateurs chinois et coréens, qui la considèrent comme un remède contre un grand nombre de maux, allant des contusions au cancer du foie.

Un ours noir d'Asie sur le point de se faire drainer la bile dans une ferme au Vietnam. (Photo par Ashleigh Benton)

La bile est extraite grâce à un cathéter ou via une fistule (ouverture) réalisée sur l'abdomen de l'ours et qui donne directement accès à sa vésicule biliaire. (Photo par Ashleigh Benton)

D'après Jill Robinson, les fermiers drainent la bile grâce à des cathéters plantés dans les ours, ou en créant une fistule (ouverture) dans l'abdomen de l'ours grâce à laquelle il est possible de drainer la vésicule biliaire — une méthode appelée « écoulement libre ».

Trouver une ferme de ce genre au Vietnam n'est pas difficile, mais pour y entrer c'est une autre paire de manches. De nombreux établissements sont gardés par des chiens et des hommes armés de fusils à pompe. En effet, il est illégal de détenir un ours dans le but de récolter sa bile.

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VICE News a pu visiter quelques-unes de ces fermes dans la province de Phuc Tho, au nord du Vietnam. À l'intérieur, des cages rouillées et étriquées dans lesquelles sont assis des ours voûtés et haletants, à cause de la chaleur et de l'humidité. Leurs excréments étaient rassemblés en tas derrière chaque cage. Les ours étaient maigres et il manquait des poils à certains.

L'ONG Animals Asia estime que 12 000 ours sont enfermés pour leur bile au Vietnam et en Chine.(Photo par Ashleigh Benton)

Des excréments et de l'urine stagnent en dessous de deux ours en cage. (Photo par Ashleigh Benton)

Malgré l'interdiction, la récolte de bile reste une pratique courante. Tuan Bendixsen, directeur de l'antenne Vietnam de l'ONG Animals Asia, nous a expliqué pourquoi.

« Selon moi, il y a deux problèmes majeurs : l'imperfection de la loi et la demande qui continue d'exister. »

Depuis 2005, les fermes de ce type sont illégales, selon la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES). Mais les fermiers contournent ces protections en désignant leurs animaux comme des animaux de compagnie, afin de contourner la loi.

« Tant que cette zone grise existe, d'autres ours vont devenir les victimes de ce trafic et souffriront de l'extraction de bile, » nous indique Bendixsen. « Nous voyons des preuves de tout cela à travers le nombre d'oursons sortis du trafic. La plupart de ceux qui sont découverts dans le nord [du Vietnam] sont sûrement destinés au marché chinois, mais [des oursons] sont retrouvés à travers tout le pays, ce qui signifie que d'autres sont également destinés aux fermes vietnamiennes. »

Des médecins prescrivent de la bile d'ours pour toutes sortes de maladies, depuis les bleus jusqu'au cancer. (Photo par Dustin Silvey)

Animals Asia encourage les médecins et l'opinion publique à chercher des alternatives à la bile d'ours. (Photo par Dustin Silvey)

Animal Asia a conduit une étude en 2011 sur 60 000 praticiens de la médecine traditionnelle au Vietnam. 40 pour cent d'entre eux ont déclaré avoir prescrit de la bile d'ours pour des maladies graves comme le cancer du foie, mais aussi pour des choses plus mineures, comme des maux de gorge, des bleus, des douleurs musculaires, ou de la fièvre. Des lois plus restrictives pourront certainement influer sur ces pratiques, mais Bendixsen suggère que l'éducation du public quant aux pratiques liées à l'exploitation de la bile d'ours, et sa sensibilisation à des méthodes alternatives seront tout aussi nécessaires pour faire baisser la demande.

Pour répondre à ces besoins, le groupe a lancé une campagne à destination des médecins — mais aussi du public — centrée sur les remèdes alternatifs. D'après Bendixsen, ils ont ainsi mis en lumière les conditions de vie terribles des ours.

« Voilà pourquoi la pédagogie est si importante, » dit Bendixsen. « Ceux qui ont vu les réalités de l'élevage d'ours pour leur bile — la cruauté, les souffrances, et les effets au long terme — ne peuvent pas maintenir que c'est inoffensif. »

Le programme pédagogique et les lois mises en place semblent porter leurs fruits. Les prix de la bile ont chuté de 85 pour cent au Vietnam depuis 2011. Reste que la demande est toujours forte en Chine et en Corée du Sud.

Animals Asia a recueilli 20 ours cette année. Dans un refuge qui se trouve au nord du Vietnam, 17 ours ont des pattes en moins, 4 sont aveugles, et d'autres sont obèses à force de manger des bouts de viandes et du riz, au lieu des légumes et des fruits qu'ils sont censés manger dans la nature.

« Ils sont incapables de retourner à la vie sauvage après avoir été sauvés, » explique Trinh Thuy Phan, un porte-parole du groupe. « La plupart présente des blessures qui les empêchent d'y retourner, d'autres n'ont tout simplement pas les capacités nécessaires pour survivre seuls. »

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