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"Resident Evil 7" est le jeu d'horreur qu'on attendait depuis 20 ans

Capcom a pris des risques, et ça paye.

par Patrick Klepek
24 Janvier 2017, 11:19am

Cet article a été publié originellement sur Waypoint.

Tous les soirs, au cours de la dernière semaine, j'ai attendu que ma femme et mon fils soit couchés, puis j'ai enfilé un casque PlayStation VR et lancé Resident Evil 7. En général, au bout d'environ 90 minutes, je suis obligé de retirer le casque - c'est trop. Inévitablement, mon coeur se met à battre à 100 à l'heure, mes muscles se tendent, et mon souffle se coupe. Resident Evil 7 n'est pas juste une manière de réinventer une franchise qui en avait bien besoin ; c'est l'un des meilleurs jeux d'horreur auxquels j'ai pu jouer, une sorte de Massacre à la tronçonneuse interactif qui est aussi la meilleure raison à ce jour d'acheter un casque de VR.

Chez moi, il n'y a qu'un seul poster, et je l'ai depuis 1996. Je l'ai retrouvé dans un carton au fin fond du grenier de mes parents il y a quelques mois. Au cours de ma vie, j'ai adoré tout un tas de jeu, mais très peu d'entre eux ont changé ma vie. Resident Evil en fait partie. Les couloirs du manoir Spencer sont gravés à tout jamais dans mon esprit, et j'ai encore des frissons quand je repense au chien zombie qui sautait à travers l'une des fenêtres au début du jeu.

Ça fait des années que j'attends de retrouver ces sensations, et Resident Evil 7 est tout proche d'y parvenir. En termes de mythologie et de spectacle, chaque jeu de la série a tendance à être un peu plus naze que le précédent, et ce depuis des années. Mais en l'occurrence, même si Resident Evil 7 se déroule en théorie dans la foulée de Resident Evil 6, un jeu horriblement chiant où les joueurs devaient affronter un insecte géant sur le toit d'un immeuble, c'est en fait un reboot. Le jeu fait quelques clins d'oeil à ses prédécesseurs, mais il n'est pas bâti sur les intrigues moisies dont la franchise a terriblement souffert ces dernières années.

Si vous vous demandiez si Capcom réussirait à nouveau à nous faire peur, soyez rassuré. En passant de la troisième à la première personne, Resident Evil 7 renoue avec la tension larvée et permanente qui faisait tout le charme du jeu original en isolant le joueur et en le plaçant face à sa propre solitude. Resident Evil était un jeu de "survival horror" parce qu'on était toujours suspendu à un fil, n'ayant jamais assez de munitions pour se sentir vraiment en sécurité. La série a perdu cette ambiance au fil du temps, en sacrifiant l'horreur au profit de l'action, mais désormais les choses ont changé. Chaque balle est précieuse, et bien souvent, vous aurez tendance à vous enfuir au lieu de vous battre. Vous allez passer pas mal de temps à marmonner putainputainputainputain au moment de vous aventurer dans un nouveau couloir, sans savoir ce qui vous attend. En général, ce sera un truc assez désagréable.

L'action de Resident Evil 7 se déroule essentiellement sur une seule et unique propriété, ce qui rend le jeu assez claustrophobe - chaque couloir que vous arpentez apporte son lot de stress. Resident Evil 7, à l'instar du tout premier jeu, se passe dans un environnement dense et limité qui se transforme sans cesse à mesure que des événements se produisent autour de vous. Il n'est pas rare de passer 5 ou 10 minutes dans une même pièce, dans l'espoir d'y trouver des munitions, des kits de soins, ou des notes expliquant un peu ce qui se passe. En quittant une pièce, on se dit souvent "mince, j'ai forcément raté un truc" (même si le jeu propose une fonction qui met brièvement en lumière les objets cachés. Servez-vous en !)

C'est un jeu où l'on se tait, et où on ne se promène jamais sans une arme à la main. Resident Evil 7 est parfois horriblement calme, suscitant chez le joueur un faux sentiment de sécurité, pour mieux le précipiter dans l'horreur ensuite. Quand les choses s'accélèrent, ce n'est jamais à moitié, et on comprend tout de suite mieux ce qu'ont dû ressentir les pauvres victimes dans les films de la série Vendredi 13, sachant que Jason Voorhees pouvait être absolument n'importe où.

Au départ, vous n'avez rien pour vous défendre, si ce n'est votre cerveau et votre capacité à vous cacher. Mais au fil du temps, vous finissez par trouver des armes et d'autres outils vous permettant de vous protéger un peu. Mais à aucun moment on ne se sent vraiment en confiance, et la mort rôde partout. On pourrait penser qu'un fusil à pompe suffirait à se sentir plus à l'aise, mais dans Resident Evil 7, quand vous avancez dans un couloir, vous ne pouvez vous empêcher de prier, et le Mal hante chaque mur et se cache derrière chaque porte. Ça fait bizarre de ramasser un lance-grenades et de se dire "mouais, je vais quand même en chier."

Et même si le ton est globalement ultra sérieux, le jeu ne manque pas d'un certain sens de l'humour. Ne soyez pas surpris si l'on vous demande de ramasser une série d'objets bizarres, comme par exemple des têtes de chiens métalliques, pour ouvrir une porte. D'ailleurs, vous trouverez au passage une lettre rédigée par l'un des membres de la famille, qui se demande pourquoi les portes sont aussi étranges. "Qui construit ce genre de trucs ?" se demande votre personnage, après être tombé sur un puzzle dans le plus pur style Resident Evil. C'est évidemment un clin d'oeil aux racines de la série, sans en faire trop ou retomber dans les travers des jeux précédents. Ça symbolise bien ce que veut faire le jeu, globalement : avancer à nouveau, sans oublier le passé.

Resident Evil 7 sort sur PlayStation 4, Xbox One et PC, mais vous devriez vraiment y jouer sur PS4 ; la VR est de très loin la meilleure façon de vivre cette expérience. J'y ai joué pendant des heures sans VR, et ce n'était pas pareil. Avec le casque, j'avais constamment des sueurs froides. La VR donne une profondeur inégalée à l'horrible maison de la famille Baker ; c'en est presque trop. En VR, je passais constamment un bout de tête au moment de tourner dans un couloir, dans l'espoir de voir ce qui m'attendait ; ou alors je tournais la tête à 180°, comme dans L'Exorciste, pour garder un oeil sur l'immonde créature qui me poursuivait. Et les sursauts... Mon Dieu, les sursauts.

Quand j'avais joué à Resident Evil 7 en VR l'année dernière, j'avais écrit que ça m'avait donné envie de vomir, alors que la VR ne me fait pas ça d'habitude. J'avais très peur que ça gâche le jeu final, mais heureusement, j'ai trouvé une solution. Par défaut, quand vous allumez la VR, le fait de bouger le stick analogique vers la gauche ou la droite fait basculer votre perspective de 30 degrés d'un coup sec. Ça secoue au début, et ça ressemble un peu à certains passages de Myst, mais il ne m'a fallu que quelques minutes pour m'y habituer. Vous pouvez changer ça et configurer le stick pour ajuster la direction comme vous le voulez, mais ça m'a donné la nausée comme à l'E3. D'autres journalistes avec qui j'en ai discuté ont eu le même problème.

Hélas, le jeu n'est pas aussi bon du début à la fin, et la première moitié est bien meilleure que la seconde, qui retombe un peu dans les travers des jeux précédents (parfois, il vaut mieux ne pas se demander ce qu'il se passe vraiment). Mais dans ses meilleurs moments, c'est clairement le Resident Evil que j'attendais depuis 20 ans.