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Photo via l'utilisateur Flickr Jirka Matousek.
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Vous avez eu votre bac ? Voici ce qui vous attend maintenant

Bienvenue dans un monde où vous devez remplir des papiers administratifs et acheter du PQ vous-même.
Paul Douard
Paris, FR
5.7.17

C'est fabuleux, vous venez tout juste de décrocher le bac mention « Assez bien » grâce à des roulades en acrosport et à l'option « cinéma-audiovisuel » dans laquelle vous avez tourné un reportage émouvant intitulé Chaud au cœur, sur ces sans-abri qui fabriquent des cendriers avec des canettes. Malheureusement pour vous, l'extase d'avoir accompli quelque chose pour la première fois de votre vie sera de courte durée. Votre bac en poche, vous entrez à présent dans un nouveau monde fait de papiers administratifs à remplir vous-même, d'évanouissements soudains après avoir tenté de comprendre le fonctionnement d'une mutuelle étudiante et de prêts bancaires que vous ne rembourserez qu'après avoir collecté 1 327 chèques de votre grand-mère pour Noël.

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Si comme 89 % des bacheliers vous vous apprêtez à commencer des études supérieures après un ultime été à picoler du mousseux sur les quais de votre ville de province, sachez que les cinq prochaines années ne se dérouleront pas exactement comme dans American Pie. Lors de vos réunions de famille, vous avez toujours un oncle sympa qui vous explique que les études, c'était « la meilleure période de ma vie ! Tu vas t'éclater, tu verras ». En fait, vous constaterez très vite que ce n'est que partiellement vrai. La jungle post-bac s'apparente un peu à une soirée d'ivresse, où vous vous souvenez de chaque moment amusant – bien que votre esprit ait choisi d'occulter l'instant où vous avez livré votre interprétation toute personnelle de « Sex Bomb » face à quarante personnes médusées. C'est pareil pendant les études – sans doute parce que vous serez ivre en permanence. Voici donc une liste non exhaustive des choses peu agréables qui vous attendent dès la rentrée prochaine.

Vous allez passer des examens – tout le temps, tous les jours

Vous pensiez avoir accompli une prouesse intellectuelle en obtenant votre bac, et vous étiez persuadé que rendre une dissertation tous les 15 jours était déjà bien éreintant. Comme souvent, vous avez faux sur toute la ligne. Si vous vous inscrivez à l'université ou dans une quelconque école, sachez que vous allez passer environ sept épreuves de trois heures chacune tous les six mois, pendant environ cinq ans. Cela sera entrecoupé d'exposés passionnants en binôme sur la loi organique relative aux lois de finances, de mémoires plagiés sur internet qui échoueront dans une déchiqueteuse et de commentaires de texte hebdomadaires dont vous peinez encore à respecter la méthodologie.

Comme au baccalauréat, vous croiserez beaucoup d'élèves qui vous expliqueront « qu'ils ne foutent rien » et tapent des 15 de moyenne à chaque semestre. Évidemment qu'ils mentent, pour deux raisons. La première est que les génies ne disent jamais qu'ils ne travaillent pas, seulement ceux qui s'imaginent l'être. La deuxième raison est qu'il est impossible d'avoir de très bonnes notes sans jamais travailler – à moins d'être un génie, ce qui nous ramène à la première raison. Vous allez donc devoir travailler tard sur des choses qui paraissent bien souvent inintéressantes pour l'adolescent fan de Jul et de badminton que vous êtes – et dont la seule ambition est de participer aux Fêtes de Bayonne avec le reste de la France insoumise.

Vous allez devoir choisir un métier

En Terminale, votre conseiller d'orientation n'a rien pu vous proposer d'autre que de devenir métreur ou réparateur de distributeur automatique de boissons – ce qui est à la fois tragique et normal, puisque ce dernier a été formé par un autre conseiller d'orientation avant lui. Du coup, vous vous êtes spontanément inscrit en fac de droit, « parce que ça mène à tout ». Sachez que là encore, c'est complètement faux. La fac de droit ne mène à rien, si ce n'est un monde fait d'armoires à dossiers géantes qui sont en fait des portails spatio-temporels vers l'Enfer. Obtenir son bac, c'est avant tout sortir du confort du lycée où vous n'aviez aucun choix à faire – si ce n'est d'hésiter entre faire beaucoup de maths, faire beaucoup de français ou faire un peu des deux. Le seul point à l'horizon était justement ce baccalauréat, que vous venez d'obtenir.

À partir de maintenant, vous allez devoir faire des choix qui dicteront la suite de votre vie. Mais comprenez bien un truc : si vous êtes trop spécialisé, vous êtes foutu. Si vous avez un parcours trop large, vous êtes foutu. Si vous choisissez une filière « passionnante », c'est probablement qu'elle ne vous donnera aucun travail par la suite – et vous êtes, une fois de plus, foutu. Globalement, votre choix s'articulera autour d'une seule question : est-ce que je veux gagner de l'argent ? Si oui, vous devrez alors vous inscrire en école de commerce et devenir « consultant en stratégie ». Si cela vous est égal, vous pouvez faire n'importe quel autre métier et vous vanter auprès de vos amis car vous avez « un métier utile et l'argent ne fait pas tout », avant de déplier votre clic-clac dans votre studio.

Retenez juste une chose : vous allez vous tromper. Inhibé par les nouvelles expériences sexuelles et les litres de Passoa qui circuleront en continu dans vos veines, vous ne verrez rien venir. Vos parents essaieront tant bien que mal de vous prévenir, vous implorant de les écouter et iront même jusqu'à vous faire chanter. Jusqu'au jour où vous vous rendrez finalement compte que l'histoire de l'art ne vous mènera à rien d'autre qu'aux Cours Florent – et donc à être serveur.

Vous allez devoir survivre au monde administratif

Jusque-là, vos parents bienveillants s'occupaient de tout. En cas de panique à la suite d'un courrier vous étant destiné, vous descendiez les escaliers avec une feuille à la main, l'air inquiet, en disant : « Maman, Papa, j'ai reçu une lettre et je ne comprends rien ». Vous n'aviez qu'à leur donner et tout se réglait comme par magie. Sauf que cette époque est révolue. À partir de maintenant, vous allez devoir comprendre une bonne fois pour toutes la différence entre une sécurité sociale et une mutuelle, et même vous résigner au fait que oui, aujourd'hui il faut envoyer certaines choses par La Poste. Vous verrez, c'est globalement très chiant, mais le monde est ainsi fait.

En réalité, le bac est l'équivalent d'un pass VIP pour l'Enfer que représente la vie d'adulte moyen. Vous allez devoir vous démerder, toujours et tout le temps. Vous allez souffrir, vous allez hurler face à des documents incompréhensibles et vous aurez très souvent envie d'abandonner en pensant que si vous n'en parlez pas, les problèmes disparaîtront. Oubliez cette idée.

Vous allez devenir gros, chauve et stérile

Depuis que vous êtes à l'école, vous êtes dans l'obligation de vous farcir plusieurs heures d'EPS chaque semaine. Si c'est un bon moyen d'obtenir une mention pour certains, cela constitue une perte de temps pour ceux qui préféreraient lire Hegel. Mais une fois votre bac en poche, plus personne ne vous obligera à faire une quelconque activité physique. Votre alimentation tournera exclusivement autour du triptyque kebab-McDo-bières et votre seul exercice sportif hebdomadaire consistera à faire la vaisselle. Borné derrière votre « Moi, je ne grossis pas de toute façon », vous allez voir votre ventre devenir de plus en plus proéminent et votre santé se détériorer.

Une étude menée par Matthew P. Walker, chercheur à l'université de Berkeley en Californie, explique que mal dormir favorise l'obésité. Selon ses résultats, lorsque l'on ne dort pas assez, la zone du cerveau évaluant la satiété se dérègle, tandis que celle associée aux envies irrationnelles est stimulée. Et effectivement, vous n'allez pas beaucoup dormir pendant vos études, puisque vous serez condamné à faire des soirées déguisées nulles. Vous allez donc prendre du poids, et potentiellement devenir stérile. Une étude de 2013 publiée dans l'American Journal of Epidemiology explique les hommes qui dorment très mal voient la qualité de leurs spermatozoïdes décroître. Dans un élan de culpabilité, vous finirez alors par faire comme tout le monde : vous allez courir comme un débile dans la rue et profiter d'un feu rouge pour ménager votre corps, qui avait oublié la notion même d'effort.

Vous allez devoir subir des soirées infernales

Au lycée, vos soirées se résumaient à acheter des Desperados – ou du vin de très mauvaise qualité à l'occasion – et à les descendre dans la maison de celui ou celle dont les parents se sont absentés pour le week-end. Maintenant, vous allez être convié à des choses très particulières, comme des soirées déguisées dans des boîtes de nuit qui portent des noms de carte graphique, genre « Le Titan ». Très prisées des BDE d'école de commerce, vous risquez de devoir participer au thème « Lascars VS salopes » sur fond des « Lacs du Connemara » de Michel Sardou, entouré de centaines de futurs consultants au col de polo relevé. N'ayez crainte – dans quelques années, vous serez tous pareils.

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