VICE Student Guide

Des rappeur·ses belges nous parlent de leurs pires jobs étudiants

Des premières expériences aux corvées de larbin, les rappeur·ses ont trimé comme tout le monde avant de pouvoir s’investir davantage dans la musique.

par Stijn Ernes et Gen Ueda
25 September 2019, 10:07am

Cet article a été réalisé dans le cadre d'un partenariat entre VICE+ et Scarlet.

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Certain·es s’y consacrent désormais à plein temps, mais pour une bonne partie d’entre elleux, trouver le juste équilibre entre rap et petit boulots reste un défi de taille. On a parlé à cinq rappeur·ses belges de leurs premiers jobs, de leurs galères mais aussi de l’argent du rap.

Peet

VICE : Hey Peet, c’était quoi ton premier job ?
Peet : C’était au Lunch Garden de Kraainem. C’était cool de ouf. J’habitais encore chez mes parents. Tu reçois une bonne grosse paye et t’as pas de loyer à payer. T’es tranquille. Je me souviens, j’avais investi dans mon logiciel d’enregistrement. À l’époque, je savais pas que tu pouvais cracker des programmes. 500 balles direct !

T’as connu des expériences moins cool par après ?
Ouais, quand j’ai travaillé dans une sandwicherie à Tour et Taxis. Je commençais parfois à 6h ou 7h. Sauf que je suis pas du matin et le matin, faut pas me parler. En plus, les personnes avec qui je travaillais étaient très gentilles mais j’avais aucune accroche avec elleux. Ils avaient entre 30 et 40 ans et moi j’étais le petit jeune qui faisait du rap. Ils s’en foutaient de ma gueule, et m’intéressaient pas non plus.

T’as fait un son qui s’appelle Taffisput qui parle un peu de ta double vie. Comment tu trouves l’équilibre entre le travail alimentaire et la musique en ce moment ?
J’ai de la chance parce que là où je travaille, la pizzeria NONA, c’est assez flexible. Ils savent qu’on a des concerts avec le 77. J’ai juste à envoyer mes disponibilités. Et les jours où je fais pas de musique, j’y bosse. Mais c’est chaud parce que je travaille de moins en moins, du coup je me retrouve avec des vieux salaires. La musique ça avance bien, mais combiner les deux, c’est pas encore facile.

Comment ça se passe pour les cachets là ?
Là je suis payé, mais c’est des petites sommes par concert : des 100 balles par-ci, par-là. Je vais commencer à travailler avec des bookers. À la fin du mois, c’est toujours la merde. La musique ça paye pas encore assez bien. Faut jongler avec le taff et l’argent ne rentre pas encore.

Jeanjass

VICE : Salut Jass, c’était quoi ton premier job ?
JeanJass : J’ai un oncle qui a un resto marocain, Le p’tit chouia en plus. C’est là que j’ai travaillé pour la première fois. Le fait que mon patron soit mon oncle, c’était pas forcément facile. Au contraire, il était plus dur avec moi. J’ai beaucoup bossé là. J’ai aussi bossé dans un centre de transfusion sanguine à Charleroi. Ma mère est infirmière et elle avait des ex-collègues qui cherchaient des étudiants. Il y avait plein de trucs à faire, et j’étais clairement un larbin. À chaque transfusion, il y avait plein de kits en plastique à gérer. C’est pas très écolo ces merdes-là. Donc en gros, je passais principalement mes journées dans la cave à trier et jeter des trucs. J’ai fait ça trois étés de suite. Vu qu’iels m’aimaient bien, iels m’ont proposé de dépiquer : soit enlever l'aiguille quand le donneur a terminé. J’ai refusé parce que je suis assez maladroit et j’avais pas envie de faire mal, mais c’est pour te dire le niveau de confiance que j’avais atteint. D’ailleurs, je les embrasse tous.

T’as pas trop connu de galères en tant que jobiste du coup.
Non. Les tâches ne sont pas humiliantes, mais t’es un larbin. La plupart des gens m’aimaient bien mais il y avait aussi des trous du cul, que cela soit des donneur·ses ou des collègues qui te considèrent comme une sombre merde. Je suppose que c’est comme dans n’importe quel job étudiant. T’es un petit quoi.

Comment tu conciliais rap et boulots ?
Le côté pratique avec le resto de mon oncle, c’est que j’y allais quand j’avais besoin de travailler. J’ai aussi pu toucher le fameux revenu d’intégration, le chômage que t’as en sortant des études. Un petit 400 balles. Avec les autres petits boulots et les concerts, j’arrivais à survivre, payer mon loyer et payer mon herbe.

Puis ça a bien marché et ça t’a permis de te stabiliser, non ?
Depuis deux ans, on a atteint une stabilité financière. T’as des rappeur·ses qui touchent beaucoup d’argent et qui vont investir dans des bijoux, des chemises Gucci. Moi, j’ai investi dans des briques. Parce que j’ai 31 ans maintenant et qu’il fallait que j'avance dans la vie. Donc je m’étais dit qu’acheter un appartement était le meilleur plan.

Blu Samu

VICE: Hey Salomé, c’était quoi ton tout premier job étudiant ?
Blu Samu: C'était dans l'horeca, à la brasserie Houten Clara à Anvers. Chaque jeudi soir, je faisais de gros services. C’était parfois intense. C’est là que j’ai aussi appris à porter trois assiettes. La première fois que j’ai vu quelqu’un le faire, j’étais vraiment impressionnée et je pensais que je n’y arriverais pas, mais j’ai compris le truc assez rapidement. Je me souviens avoir pas mal répété à la maison avant de le faire au resto! J'avais un patron strict, mais gentil; il m'a beaucoup appris.

Et ton pire job, c’était lequel ?
Mince! Je vais devoir lâcher des noms. Je pense que c’était dans un sushishop. J'étais au comptoir pour servir les clients, ouvrir le shop et le fermer, etc. C’était chiant parce que je n'aimais pas le patron. Il était un peu bipolaire; un coup de bonne humeur, et un coup super désagréable. Un jour, on était tous les deux entrain d’encaisser un client et sa caisse ne fonctionnait pas. Du coup, il m'a poussée et s’est exclamé: « Pff, bouge! ». Même le client était choqué. C'était vraiment super irrespectueux donc j’ai démissionné sur le champ. Si tu ne t’entends pas bien avec ton patron, c’est difficile d’avoir du respect pour ton travail. Donc autant partir.

Tu as toujours un job à côté de ta musique ?
Je n’ai plus de job étudiant parce que j’ai quitté l’école à 18 ans. Mais j’ai eu plusieurs jobs depuis, à Anvers et à Bruxelles. Là je bossais au bar de l’Ancienne Belgique mais je viens de stopper un peu parce que mon prochain projet sort en novembre et ça prend beaucoup de temps. Je suis focus à 100%, donc c’est difficile de combiner un autre travail pour le moment.

Justement, t’étais comment à l’école ?
L’école c’était un parcours du combattant pour moi. Tu vois y’a toujours différents types d'élèves et de groupes à l'école, mais je ne me suis jamais vraiment sentie à l’aise. Y’avait des cours que j’aimais suivre, comme l'histoire et l'art, mais le reste, je m'en foutais complètement. J'ai essayé genre 4 ans en latin, car ma mère s’est dit que c'était bien d'aller à la Kunsthumaniora, puis j’ai fait un an en vente parce que j’avais raté en math et en néerlandais, puis je suis retournée à Kunsthumaniora parce que la vente me saoulait complètement. Mais à l’âge de 18 ans, après avoir essayé différentes choses, j’ai réalisé que ce n’était simplement pas pour moi. Si tu veux faire du rap ou écrire, tu n’as pas du tout besoin de diplôme. C'était vraiment mon truc, alors j'ai commencé à me concentrer là-dessus.

À quel moment pourras-tu te passer de ton deuxième job ?
Je pense que j’y suis presque, mais pas encore complètement. Faut aussi pouvoir payer les gens autour de toi; pas seulement toi-même. Quand je pourrai payer toute l'équipe et qu'il me restera quelque chose, là je serai opé. C'est difficile à dire.

Senamo

VICE : Salut Senamo. C’était quoi ton premier job étudiant ?
Senamo : C’était au Colruyt, dans mon quartier. C’était cool. Je voyais les tenanciers des night shops du quartier qui venaient se fournir. Ils achetaient des palettes de cannettes, et il y en a certains que je pointais pas. Je les connaissais bien parce que j’allais tous les jours chez eux chercher un paquet de clopes ou à boire. Du coup, ils me les faisaient gratuits à leur tour. Ils sont assez cool chez Colruyt, il y avait toujours de la bouffe, du café. Et si tu perçais un paquet de chips sans faire exprès, tu pouvais le manger. Il y a eu beaucoup de coups de cutter qui se sont perdus.

Et à l’inverse, t’as eu des expériences merdiques ?
En vrai, j’aurais pas passer faire ma vie à ça. C’est à se tirer une balle dans la tête. Je parle pas du Colruyt mais du taf en général quand tu n’es plus étudiant. Quand j’ai commencé à travailler tous les jours, pendant toute l’année... c’était à se flinguer. Toute la journée, à passer la majorité du temps à faire un truc qui me déplaît. Si le soir j’étais avec une meuf, fallait pas qu’elle me parle. J’avais le seum d’avoir été un autre personnage toute la journée, d’être obligé de parler gentiment, etc. C’était invivable. J’ai préféré être en dèche que de faire tous les jours un truc qui me rend fou.

À quel moment tu t’es dit que t’allais te lancer à plein-temps sur la musique ?
J’ai travaillé chez Neuhaus et je me suis fait virer pour faute grave. Pour l’anecdote, j’avais un pote qui avait sorti son projet dont la pochette était illustrée par une boîte de chocolat de cette marque, dont les pralines avaient été remplacées par des gousses de beuh. Le lendemain, le patron me convoque, me montre la pochette et me vire comme un pestiféré. Après ça, t’as droit à rien, et surtout pas au chômage. En plus le taf était affreux, je me faisais chier toute la journée dans un magasin vide qui venait d’ouvrir. Je passais dix heures solo à trier des pralines, c’était l’enfer. Après ça, je me suis dit : « fuck off ». Le rap commençait à prendre petit à petit, j’avais des petits cachets de concerts à gauche à droite. Je me suis dit que plutôt que de continuer à travailler comme ça, autant ne pas avoir d’argent. Juste de la beuh, c’est le principal.

JAY MNG

VICE : Salut Joris, c’était quoi ton premier job étudiant ?
Joris : C'était à la commune de Zaventem. Je nettoyais un peu dans les rues, je vidais les poubelles, c’était des conneries du service technique. J'avais 15 ans et je voulais vraiment un job pour gagner de l'argent pendant l'été. Je n'avais pas vraiment le droit de travailler à l'époque, parce que j'avais même pas encore 16 ans. Mais grâce à un contact j'ai quand même pu travailler. J’ai trouvé ça vraiment merdique. Passer toute la journée avec ces vieux types… Ils se plaignaient pour tout et quand je rentrais à la maison, je puais super fort.

C’était quoi ton pire job ?
Celui que j'ai maintenant. Je travaille dans un entrepôt, c’est vraiment horrible. C'est le boulot le plus merdique que de tous. C'est un entrepôt avec principalement des pièces de climatisation et je dois marcher toute la journée pour trouver ces pièces. La grosse merde, c'est que tous ceux qui y travaillent ont un chariot élévateur, mais juste parce que je suis étudiant, je dois tout faire à pied et tout choper avec mes propres mains. Les autres qui y travaillent sont là depuis longtemps et savent vraiment ce qu'ils ne veulent pas faire, donc c’est moi qui m’y colle. J’ai pris ce job parce que ce n'est qu'à cinq minutes de chez moi et que je n'ai rien trouvé d’autre.

Quand est-ce que tu vas démissionner pour te consacrer au rap ?
Seulement quand je verrai que ma musique marche vraiment, je crois. Là, je ne gagne pas assez parce que je suis indépendant et je ne travaille pas avec un label. J'ai investi tout mon argent dans mes projets, y compris celui de mes jobs étudiants. Quand j’aurai récupéré tout le fric que j’ai investi et que j’en vivrai, j’arrêterai les jobs. Mais sinon, je ne peux pas m'arrêter frère, je dois pouvoir vivre. L'année prochaine, je vais aussi étudier, donc je ne pense pas que le rap soit la seule chose à laquelle je puisse me consacrer.

Quel est ton équilibre entre le travail, l'école et le rap ?
Chaque semaine, c'est différent. Le mois dernier, j'ai dû travailler à plein temps parce que je n'avais pas beaucoup de concerts. Le week-end dernier, j'en ai eu plusieurs et j'ai gagné un peu d'argent. Alors je sais que je dois moins travailler pendant cette période et que je peux passer plus de temps à faire du son. Je vois vraiment ça comme un cercle, tu sais. J'ai aussi dû attendre de pouvoir commencer à étudier. C'est seulement à partir de cette année que je peux. L'année dernière, je combinais le travail et le rap. Maintenant y’a aussi les études en plus.

Quel type d'étudiant étais-tu ?
Avant j’avais beaucoup d’ambition à l’école, mais la réalité de mes résultats scolaires m’a vite fait déchanter. De Zaventem, à Louvain et ensuite à Schaerbeek. Les trois écoles sont très différentes, mais toutes ont des préjugés sur d’où tu viens. À Louvain, par exemple, on m'interdisait de parler français, puis à Schaerbeek, on me jugeait car je parlais bien néerlandais. J'aimais bien aller à l'école, mais les choses ont fait que j'ai développé une haine pour le système éducatif. Puis, dans ma dernière année, j'ai commencé à parler à un conseiller d’orientation. Il m'a dit que l'école de Schaerbeek ne serait pas bien pour moi et j'ai choisi de passer le jury. Ça m'a permis de passer beaucoup plus de temps sur ma musique, c'est une bonne chose. Mon parcours scolaire n'a certainement pas été le plus facile, mais maintenant je vais continuer mes études.

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