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Food by VICE

Henry Michel regarde Top Chef – S09E12 : La demi-finale !

Un des meilleurs épisodes de cette saison, tellement rempli de twists que je vais me faire changer les hanches.

par Henry Michel
20 Avril 2018, 9:19am

source : capture d'écran M6.

Chaque semaine, notre chroniqueur débriefe le dernier épisode de la meilleure émission du PAF, en toute subjectivité.

Comme le temps est passé vite ! Top Chef aborde déjà son dernier épisode à épreuves, et parmi les trois chefs restant en compétition - Camille, Victor et Adrien, seulement deux parviendront à traverser les pièges dressés par leurs challengers en travers de leur chemin. Car pour cette demi-finale, chaque candidat aura le droit d'inventer sa propre épreuve, taillée pour sa spécialité, afin de dérober ses adversaires de toute progression vers la qualif.

Si, d'un avis général qui fait consensus de Valenciennes à Biarritz, Camille est quasiment assuré d'une finale, comme j'ai pu vous l'écrire la semaine dernière Victor est menacé : face à deux candidats plutôt techniques, il va devoir rivaliser d'inventivité pour récolter les points nécessaires à la finale. Et ses deux adversaires sont si vicieux qu'ils seraient capables de lui demander de réaliser des pièces montées, pâtes multicolores, voire même un pithiviers à 4 protéines. En interdisant l'usage de Whey.

Épreuve de Victor

Au cœur d'une forêt sauvage des Yvelines : Feu et Poisson

Forêt de Gambais, Yvelines. Terre sauvage et inexplorée, située en plein cœur Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse. C'est ici que Victor se plaît à communier avec la nature, biomimétiser dans la discrétion et retrouver les sensations de ses explorations passées.

C'est aussi à proximité de cette forêt que se trouve la maison où Landru, le Barbe-Bleue de Gambais, cuisait ses maîtresses dans un four - belle coïncidence ! Car dans cette épreuve, les candidats devront cuire du poisson uniquement à l'aide du feu.

En réalité, le cœur de l'épreuve telle que Victor la souhaitait réside dans le Curanto - cette cuisson en terre sur des braises de pierres volcaniques, que le chef globe-trotteur a découvert au Chili. Et la forêt de Gambais, Yvelines, est ce que la production de Top Chef a trouvé de plus ressemblant au Chili.

L'épreuve : réaliser un plat gastro à base de poisson de forêt d'Yvelines et uniquement à l'aide du feu.

Le jury : Jean-François Piège et Hélène Darroze seront assistés par le chef breton double étoilé Olivier Bellin, chef de l'Auberge des Glazicks à Plomodiern. « Jamais nous n'avons goûté de saint-pierre sublimé par une cuisson si contrôlée » a écrit à son sujet le Gault et Millau, qui l'a récompensé d'une toque d'or, tandis que le guide Michelin lui a attribué un maigre deux étoiles (on sort tout juste de Robuchon et d'Alleno, on est un peu pourri gâtés).

Victor
Son plat : « Lotte cuite sous terre, cerfeuils tubéreux et artichauts, sauce clémentines brûlées à l'oseille »

En réalité : lotte cuite sous terre façon curanto sous feuilles de bananier, blette et choux, cerfeuils tubéreux et artichauts, palourdes, jus de clémentines brûlées (infusées oseille coriandre), huile de charbon (huile de pépin de raisin après une bonne séance de braise)

Notes d'épreuve :
-Petit résumé de l'épreuve de Victor :

- Une vision toujours très spontanée mais cérébrale de sa cuisine, c'est à la fois la grande force et la grande faiblesse de Victor. Tantôt son intelligence le sauve, tantôt elle l'empêtre dans des difficultés causées par ses propres soins.
- Notre Jacques Vabre 2.0 remet le couvert sur la cuisson curanto qu'il a pu connaître au Chili, dans des dégustations sûrement assez épiques pour qu'il s'en souvienne autant. Que lui est-il arrivé pendant ce curanto pour qu'il en parle EN PERMANENCE ?? Il couvre sa lotte dans les feuilles précédemment citées, la pose sur la braise, et la recouvre ensuite de foin et de terre. Laissons-le faire ce curanto, qu'on en finisse.
- Hic n° 1 : en fait Victor n'a jamais trop fait de curanto. Certes, l'épreuve allait handicaper les candidats, mais la grenade lui restera dans la main.
- Hic n° 2 : le poisson reste cru après de longues minutes de cuisson, ce qui est rédhibitoire pour une cuisson. En la déterrant pour checker, Victor se retrouve avec une lotte froide et terreuse, avec un peu de terre et une vieille capote collée au poisson. Devant cette promesse de débâcle, Philippe Etchebest s'éloigne avec dignité, en lents pas chassés, pour rejoindre Camille sa star. Victor parvient à garder le meilleur de sa lotte, et lui remettre un bon coup de chaleur en verrouillant le dispositif.
- L'écueil dans lequel peuvent tomber des cuisiniers cérébraux comme Victor ou Vincent : penser un plat qui donne toute sa superbe dans son évocation, mais qui puisse ne pas suivre en dégustation. Ces incidents-là ne m'ont jamais dérangé : pour ces chefs, la dégustation commence à l'oreille et dans le cortex, on savoure déjà un petit peu l'idée. Ici, les ingrédients font sens, les prises de risque nous titillent l'esprit autant qu'une odeur nous attaque les narines. Ces clémentines brûlées, cette huile de charbon, tubéreuses cerfeuil, feuilles de bananes, on engloutit l'idée comme une jolie promesse. Et puis la grenade explose.

L'avis du jury :
« c'est intéressant la cuisson hein », « l'assiette me plaît beaucoup, assez brute », « il manque un peu de cuisson », « y'a une surcuisson sur 3 mm et de l'autre côté il est cru », « le brûlé est toujours dangereux : on a le goût du gaz carbonique », « j'adore la cuisson des légumes », « c'est une belle intention, le principal problème c'est la cuisson de la lotte »

Adrien
Son plat : « Lieu jaune cuit sur les pierres de volcan et légumes cuits dans la braise »

En réalité : lieu jaune poché dans un bouillon de gingembre, coques et couteaux, chou chinois et poireaux.

Notes d'épreuve :
- On ne sait pas si c'est par stratégie ou désarroi, mais Adrien la joue comme un Clément a pu la jouer pendant une grande partie de la compétition : il passe sous le radar en réalisant un plat dans les clous, juste assez malin pour ne pas vener les juges, cochant les contraintes attendues, et s'en sort super-bien.
- Rafistole son beau lieu cuit à l'unilatérale par une bonne petite braise en étoile de mer.
- Brûle ses poireaux pour le côté zinzin. En réalité cette épreuve invoque quelques-uns des candidats que nous avions suivis précédemment - il y a un peu de Geoffrey dans ce bouillon de gingembre, un peu de Vincent dans ce poireau charbonnax, un peu de Clément dans la malice de la manœuvre. Adrien enjambe le piège tendu par Victor.

L'avis du jury :
« ça sent très très bon », « c'est une assiette pleine de nature », « la cuisson est très très réussie », « j'ai eu un petit grain », « le légume est parfait », « moi j'adore ce plat », « belle assiette, ça démarre fort ».

Camille
Son plat : « Rouget des Bois »

En réalité :
- Rouget cuit dans une feuille de bambou avec des feuilles de vigne, condiment gingembre, coriandre, basilic,
- Cœurs de poireaux brûlés, cerfeuils tubéreux cuits avec leur peau, marrons grillé, écrasé de céleri, morceaux de céleri confits.

Notes d'épreuve :
- Camille survole. On ne va pas se répéter, mais il arrive à cumuler les qualités d'un Franck avec l'humilité et la malice du « candidat rigolo » de base qui se fait éliminer généralement à mi-saison. C'est tous les bons clients de Top Chef réunis. La réaction des téléspectateurs est proportionnelle à ce qui sort de lui au montage. Il paraît même qu'il ne peut plus faire ses courses tranquillement au bled.
- Jouons quand même à faire l'avocat du diable : et si Camille était un grand M.O.F, un grand technicien, avant d'être un grand chef ? Malgré son jeune âge, on retient plus de lui sa maîtrise exceptionnelle et son superbe palais qu'un style particulier. Seriez-vous capable de définir un plat typique de Camille ? Tandis que nous pourrions répondre pour un grand nombre de candidats - Geoffrey, Tara, Vincent, peut-être un peu Mathew ou Victor, je serais assez embêté pour le faire concernant Camille (sauf à faire la blague de l'anguille fumée). On se souvient de comment il fait la cuisine, moins de ce qu'il fait en cuisine. Et si, au moment de s'exprimer en finale, il trébuchait sur cette dernière marche en diamant ?
- Non seulement Camille se lâche de plus en plus au fur et à mesure des épisodes (« Victor je vais l'envoyer faire des trous au Chili »), mais en plus, avec lui, ça passe. Un Adrien se ferait défoncer sur Twitter pour deux fois moins de ça. Il y a cette petite pincée de sympathie innée qui s'avale sans problème.
- On apprend également que Philippe Etchebest ne connaît pas le mot « roots ». On vous a dit qu'il était « rockeur », pas zadiste. Pas de quoi lui en vouloir : vous savez, Joël Robuchon ne connaît pas les pommes de terre à la suédoise
- Etchebest réclame une sauce, Camille lance une liaison d'arêtes concassées, têtes de poisson colorées à la poêle, déglace au vin blanc, concentré de tomate, gingembre, sauce basilic, coriandre. Sous l'insistance du colosse M.O.F, lie le tout au foie de rouget passé au tamis. Pas besoin de goûter pour trouver ça bon. Et l'avantage quand on goûte mentalement, c'est que le plat est encore chaud.

L'avis du jury :
« on croirait que c'est la nature qui a fait l'assiette », « y'a un détail, une précision ! », « j'adore », « c'était une prise de risque de faire un rouget », « fantastique », « vrai travail de cuisinier », « c'est bluffant », « bluffé par la qualité de la prestation, l'originalité, la prestation », « moi je suis bluffé, vraiment », « coup de foudre pour le mot 'bluff' »

VERDICT DU JURY :
Camille : 1 point !
Adrien : 1 point !
Victor : 0 point !

Épreuve de Camille

Réaliser un arlequin de pâtes 4 couleurs, colorants naturels, une anguille fumée dans chaque main et dans le falzar

Le jury : Simone Zanoni / Jeff Piège / Lena Darroze

Simone Zanoni est Italien, et s'est fait une belle place dans la gastronomie française en cuisinant et en râlant à l'italienne. À longtemps enquillé les étoiles Michelin dans la ville de Versailles, notamment aux côtés de Gordon Ramsay. Élevé dans une ferme italienne, Simone Zanoni a eu le déclic en goûtant des plats de sa grand-mère, ce qui fait de lui techniquement un anthropophage, je réclame donc son arrestation. L'entrepreneur Simone Zanoni ne s'est cependant pas cantonné aux restaurants étoilés puisqu'il a également ouvert ensuite sa pizzeria - à ce rythme, dans deux ans il ouvre un kebab.

L'arlequin de pâtes : le montage a correctement décrit la contrainte habilement choisie par Camille - une épreuve technique qui demande régularité, symétrie, mesure, et technique.

Camille
Son plat : « Cannelloni de langoustine et son jus »

En réalité :
- cannelloni de langoustines de 4 couleurs, chou vert, oignon, lard, lomo et jus de langoustines
- bouillon de carapaces de langoustines coriandre estragon gingembre citronnelle, lardons
- les couleurs : nature / encre seiche / betterave / persil

Notes d'épreuve :
- Camille dit CALLENONI et je regrette que Simone Zannoni n'ait pas entendu les 67 occurrences de cette prononciation.
- Comme une « malédiction de l'épreuve que l'on choisit soi-même », la pâte de couleur blanche qui a trop séché ne colle pas trop. Bon réflexe de Camille, projetant alors "La La Land" à sa pâte, qui sous l'effet des white tears, finit enfin par s'assouplir.
- Maîtrisant cette épreuve, il réalise un Arlequin sans support, et ses bandes colorées tiennent ensemble avant même la machine à pâtes, grâce un palpé-serré précis aux jointures.
- Le dressage est parfait, l'Arlequin rayonne de santé mais je reste circonspect devant cette garniture/potée de chou qui amène un peu de nord au palais.

L'avis du jury :
« C'est une assiette qui me donne envie », « la pâte est fine, la farce est goûteuse »« la texture est sublime », « la cuisson est totalement maîtrisée », « ce qui pourrait être reproché à cette assiette : on est dans le chou, le lard, une cuisine typiquement française », « c'est un très bon plat mais c'est pas un grand plat ».

Adrien
Son plat : « Raviole de langoustine en arlequin et son bouillon à la citronnelle »

En réalité :
- Raviole de langoustines de 4 couleurs
- Bisque de langoustine à la citronnelle
- Couleurs des pâtes : betterave / curcuma / encre de seiche / cresson

Notes d'épreuve :
- Tandis que Camille avait opté pour de la semoule pour gérer au mieux sa pâte, Adrien attaque en farine et galère au départ.
- Maîtrisant moins le palpé-serré, Adrien pose malignement ses bandes sur un support de pâte au risque de l'épaissir.
- Au final, une belle raviole, impeccablement coupée.
- À ce stade de la compétition et de notre intimité avec Top Chef, on ne se choque même plus de voir la raviole raidie à l'eau glacée avant d'être posée pour dégustation. J'espère qu'aucun des palais fins du jury ne se brûlera.

L'avis du jury :
« Ma crainte de la pâte trop épaisse est confirmée », « y'a pas ce côté gourmand, riche, généreux », « c'est dommage parce que l'assiette était sublime ».

Victor
Son plat : « Arlequin d'oursins et coquillages, émulsion d'herbes »

En réalité :
- Raviole de fruits de mer
- Couleurs des pâtes : encre seiche / cresson / tomates / neutre
- Écume d'herbes ( basilic et persil)
- Garniture surprise (voir plus bas)

Notes d'épreuve :
- Sur les 2 heures d'épreuve, Victor passe 1 h 58 à gérer son arlequin de pâtes, qui reste hyperdifficile à maîtriser si on ne l'a jamais fait. Il ne perd ni son aplomb ni le moral, et décide de ne pas fermer sa raviole - bonne décision qui ne sera pas du tout blâmée par le jury au montage.
- Deuxième effet Victor : acculé par le chrono et ayant tout donné pour la pâte, Victor improvise une jolie garniture d'herbes fraîches, champignons crus, oursins, coquillages, jus d'oursin mixé aux herbes et citron, qui fait de son plat, à l'exception du Parmesan, la proposition la plus italienne des trois plats ! Beau rattrapage.

L'avis du jury :
Nota bene : engagé contractuellement dans le rôle de l'Italien au générique, Zanoni commence immédiatement à nous faire le chapitre du Parmesan sur les pâtes aux fruits de mer, en portant sa main au front. C'est le moment le plus Twitter de cette saison.
« Je trouve pas ça forcément très gourmand et attrayant », « les traits sont pas très droits, pas très fins », « je suis un peu déçu sur la texture de la pâte », « la farce est vraiment intéressante », « la farce est très réussie ».

Camille gagne sa propre épreuve !
-> 0 point pour Victor / 0 point pour Adrien

Score avant la dernière épreuve :
Camille : 1 point
Adrien : 1 point
Victor : 0 point !

Victor est condamné à gagner l'épreuve, et avec la forme, s'il veut gagner le cœur du jury pour un arbitrage final en cas d'ex aequo.

Épreuve d'Adrien

Le Pithiviers de l'Angoisse

L'épreuve : réaliser un Pithiviers de viande gastronomique à trois étages, avec trois protéines, une garniture pour chaque assiette, antibrouillard avant et éclairage d'intersection, banquette arrière rabattable et caméra de recul.

Très content de voir un Pithiviers de viande dans Top Chef ! Un plat technique mais fun, qui garde une dimension de surprise un peu enfantine lors de sa dégustation, un plat retrocooking mêlant finesse et brutalité. Une accumulation bourrine de protéines souvent aviaires, dans un écrin ciselé aux précisions remarquables. Le Pithiviers, c'est un film porno dissimulé dans la jaquette de « Sissi L'Impératrice ».

Je vous invite à regarder trois secondes le pithiviers de viande extraordinaire du chef arménien, géorgien et belge étoilé Karen Torosyan, qui est le plus sublime que j'ai pu voir :

Adrien jubile de son défi personnalisé, mais sans le savoir, il vient de s'asseoir sur un baril de poudre, et commence à craquer des allumettes en racontant son rapport au plat. La technicité du Pithiviers de viandes, son long apprentissage de quatre ans pour en subir toutes les subtilités. Quatre ans non-stop d'apprentissage à l'Université du Pithiviers de Viande, toujours assidu sauf le mardi 14 janvier 2014, où, bloqué chez lui pour un mauvais rhume, il a manqué la leçon dédiée aux cheminées sur les tourtes de viandes.

Camille n'est pas impressionné. Ces rétrobails techniques et précis, il en fait tous les matins au petit dej. S'il a les sourcils froncés à l'énoncé du plat, c'est juste parce qu'il hésite sur le choix de sa décoration en pâte feuilletée : feuille de tilleul, lianes de lierre, feuille de bouleau ?

Le jury : Gilles Goujon (le pote à Geoffrey), Jean-François Piège, Hélène Darroze.

Adrien
Son pithiviers : Pithiviers de canard sauvage, foie gras et pigeon, jus au gras et garniture de saison.

En réalité : Tourte de viande au foie gras, colvert, pigeon, liés avec une farce de canard et enrobés d'une feuille de chou, garniture poire groseilles et raisins et accompagnée de son litre d'eau de surcuisson.

Notes d’épreuve :
- La réalisation est bien sûr maîtrisée, Adrien connaît ses gestes et envoie son Pithiviers sans difficulté.
- Ce n'est pas la première fois que j'écris cela, mais quand bien même aurait-il réussi son plat qu'Adrien n'aurait sans doute pas remporté l'épreuve. Son interprétation, absolument raffinée dans la garniture, ne comporte que peu d'originalité. On aurait voulu un petit peu plus d'ad lib, et moins de perfection. Nous sommes à Top Chef, pas dans un restaurant ou un event, ni même un restaurant étoilé.
- Malgré les cris d'orfraie de coach Sarran, Adrien ne souhaite pas mettre de cheminée à la viande, voulant que la cuisson se déroule sous la cocotte de la pâte, à circuit clos et étanche, comme un bœuf Wellington.

L'avis du jury :
« y'a pas de petite cheminée », « on est un peu en surcuisson », « on découvre des morceaux de viande rosés », « ça redevient intéressant », « la farce est pas très agréable en bouche, le foie gras complètement fondu, c'est pas génial génial », « le chou n'a pas été suffisamment égoutté, idée assez gourmande, la réalisation laisse à désirer », « mais tourte intéressante », « la cuisson des viandes est (finalement) réussie »

Camille
Son pithiviers : Pithiviers aux petits oiseaux.

En réalité : Tourte à la farce de porc, sots l'y laisse, champignons et pistaches, suprêmes de cailles, foie gras et épinards, panais rôtis, crème de panais au café.

Notes d’épreuve :
- Camille renvoie la grenade lancée par Adrien en un gros smash.
- Maîtrise parfaite, jolie tresse, Camille reconstitue en décoration une séquence de la bataille napoléonienne d'Auerstaedt (1806), mais commet quelques maladresses dans la reproduction du pont de Kösen tenu par les troupes.
- Seule « erreur » : Camille confectionne sa dorure au jaune d'œuf pur, qui brunira trop vite et le forcera à retirer son Pithiviers du four un poil trop tôt (brève de backroom).

L'avis du jury :
« y'a du boulot sur la décoration », « c'est une tourte complexe à déguster », « c'est assez performant, bien assaisonné », « je trouve ça très bon, seul bémol : manque de cuisson à la pâte », « y'a une complexité aromatique intéressante, pour moi c'est réussi ».

Victor
Son pithiviers : « Un Pithiviers… différent » (à prononcer sur le même ton que « Il est pas beau… mais il est gentil »)

En réalité :
- Colvert, caille et foie gras, farce de cœur et foie de canard
- Farce végétale, poire, raisin, citron, herbes
- Craquelin à la manière d'un chou
- Garniture : champignon, cresson, feuille de moutarde, poireaux, oignons, carottes, assaisonnées à l'huile de pistache

Notes d’épreuve :
- Victor joue le match. Il est condamné à réfléchir. À ce stade de l'élaboration du Pithiviers, Camille et Adrien ont déjà terminé et débriefent en buvant des bières. S'il joue le jeu technique, il est perdu d'avance. Il doit improviser. Et si je m'y connaissais en football, je vous citerais un match précis où un joueur a tapé une lucarne à la fin des arrêts de jeu, et vous seriez impressionnés par cette anecdote.
- Victor décide alors de prendre le Pithiviers, qui est à la base une pâtisserie, au pied de la lettre, mais un seul pied : il interprète la tourte comme une sucrée salée. Il pense poire, il pense raisin, c'est sucré mais déssucré, ça va adoucir le canard, ça va un peu confire, et cette alliance du sucre et du canard n'est pas sans résonner, également, avec un palais asiatique/chinois.
- Son Pithiviers étant condamné, par manque de technique, à ressembler à une vieille, il joue l'astuce formelle en y ajoutant un craquelin, comme sur un chou géant. Quoi qu'il arrive, s'il ne parvient pas en demi-finale il vient de battre un record : celui du plus gros craquelin jamais vu à la télévision française. Mais sur un CV, ça pète moins que d'être finaliste.
- Et là, au moment de la dégustation, scène au ralenti, alors que l'arbitre saisit le sifflet pour le porter à sa bouche, le couteau s'enfonce dans le Pithiviers sous l'œil amusé des juges, le dispositif s'ouvre en deux, et révèle alors une tourte à l'intérieur parfaitement cuit, des viandes aux cœurs rosés, des strates luisantes et juteuses d'une farce douce et végétale - au moment même où le Pithiviers se révèle à nos yeux, on pourrait presque entendre le ballon claquer le filet des cages : Victor vient de taper sa lucarne.

L'avis du jury :
« c'est original », « l'extérieur est gourmand et pas très net », « c'est ce que j'attendais à l'ouverture : ça donne envie », « c'est quelqu'un qui maîtrise parfaitement le sujet », « y'a une vraie maîtrise et les goûts fonctionnent », « intelligence d'adjoindre une farce végétale », « c'est osé mais c'est vraiment très bon », « assaisonnement parfait, cuisson parfaite, montage réussi ».

VERDICT DU JURY :
-> CAMILLE : 1 point - EN FINALE
-> VICTOR : 1 point - A ÉGALITÉ AVEC ADRIEN

Le Jury tranche : délibération
- Spoilons tout de suite : le jury a choisi Victor pour être finaliste, et cette décision est selon moi la meilleure.
- Tout d'abord, pour une raison purement mathématique : Victor a gagné une des trois épreuves - le Pithiviers, Adrien n'en a gagné aucune. C'est tout. Les calculs de scores sur la base du montage ne sont que spéculations, puisque tout reposerait sur la question de qui serait arrivé deuxième à l'épreuve que Camille a gagnée. Un peu chahuté sur Twitter, Victor a cru bon de donner sa version des classements sur Insta :

- Ce n'est même pas la peine de rentrer dans les comptages si on se base sur les premières places.
- De plus, d'un point de vue du show, de la finale, et des équilibres en force, il est plus légitime de voir deux profils très différents s'affronter. Adrien méritait-il d'être en finale ? La question ne se pose pas puisqu'il est parvenu, quoi qu'on en dise, à atteindre les demies. Mais quelle finale avait-on envie de voir sans être partisan ? Celle de Victor et d'Adrien, deux approches complètement différentes de la cuisine. Un technicien portant beaucoup de tradition derrière lui, et un jeune homme plus cérébral, moins doué au geste, mais porté sur l'avant et pouvant surprendre pour son palais et ses nombreuses influences. C'était la finale que l'on avait envie de voir.

VICTOR ET CAMILLE EN FINALE DE TOP CHEF 2018 !
ADRIEN DESCOULS ÉLIMINÉ DE TOP CHEF !!

Bonne route Adrien ! Arriver en demi-finale reste une performance exceptionnelle qui ne survient jamais par hasard. On peut avoir de la chance une fois ou deux fois, jouer la sécurité une troisième, mais l'évolution de ce candidat a été une des plus fortes de la saison.

Cette demi-finale a été générationnelle, et le décalage entre ces trois candidats marque une fois de plus un bouleversement intense que subit la cuisine française en 2018 : celui de la formation.
A quoi avons nous affaire ? À deux pôles opposés selon le cursus de formation.
Soit des garçons trop sages, à qui l'on reproche de ne pas faire les foufous. Soit des foufous, qui n'ont pas encore tout à fait les techniques. Le passé, ce sont ces garçons élevés au classicisme, aux montages de chiens, à la précision, à la discipline, et Adrien, par son début de carrière et surtout par son métier au sens le plus quotidien du terme, a été formé, éduqué, sermonné pour faire sage, propre, carré, excellent, et où la folie ne tient jamais qu'à quelques détails. Un extrême.
Victor lui, s'il a suivi les formations des bases d'un chef, a gambadé sans harnais pendant tout son apprentissage par morceaux, où il a d'abord appris le goût et les cultures, sans consolider ses techniques. Un autre extrême.
Camille a eu de la chance : il a été formé au cordeau, par un chef doublement étoilé mais, n'oublions pas cette particularité incroyable, autodidacte. Il a connu à la fois l'exigence de la discipline, mais également, par l'influence humaine non négligeable de Marc Meurin, le goût de l'affranchissement. Ce mélange est une chance inouïe, et sur des épreuves comme celles que nous venons de voir, il fait la différence à plates coutures.

Rendez-vous la semaine prochaine pour notre dernier débrief et la finale de Top Chef pour voir si cet envol sera complet !

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Mon classement subjectif
Camille Delcroix* 17/20 (+0,5)
Victor Mercier 15,5/20 (=)

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