Au nom de Dieu
Les devadasis d'Hagaribommanahalli. Photos: Archana Nathan
Tandis que ces lois étaient adoptées, la pratique elle-même a connu un changement radical, surtout depuis que les anciens parrains étaient tombés en disgrâce. Contrairement à son origine « sacrée », la pratique des devadasis dans l’Inde indépendante, est, comme l’atteste l’histoire de Samadevamma, favorisée par l’extrême pauvreté, les préjugés entre castes, et les superstitions.Nous avons par exemple rencontré Geetha, 30 ans, qui a été consacrée devadasi alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, à Hagaribommanahalli, environ huit ans après que la pratique soit interdite. Ses parents l’avaient dédiée à la déesse locale, parce que Geetha était née avec le jadi, c’est-à-dire les cheveux crêpus. C’est une croyance commune aux communautés que les cheveux crêpus sont un signe que la Déesse est entrée dans le corps féminin. « Pour faire plaisir à la déesse Huliegeyamma, on m’a donc mariée à elle, et consacrée en devadasi », explique Geetha, tout en montrant son collier de perles blanches et oranges, noué autour de son cou et appelé « devaru » (dieu). C’est un symbole porté par la plupart des devadasi. « Quand j’ai eu mes règles, on m’a assignée à un parrain beaucoup plus âgé que moi. Lui et sa femme ont des petits-enfants, maintenant, mais il vient toujours me voir, chez moi, de temps en temps. »« La pratique des devadasis dans l’Inde indépendante, est, comme l’atteste l’histoire de Samadevamma, favorisée par l’extrême pauvreté, les préjugés entre castes, et les superstitions »
Les devadasis doivent porter un collier orange et blanc appelé « devaru » (dieu). Photos de: Archana Nathan
Les devadasis à Jamkhandi. Photo: Archana Nathan
Non, ce n'est pas un vieux démon sociétal
Le parrain n’est pas tenu de donner son nom à ses enfants nés d’une devadasi. Il n’est pas non plus tenu de leur donner accès ou partager sa propriété et ses biens. « Sa femme et sa famille ne l’autoriseraient pas, de toute manière, dit Samadevamma. Mais, au moins, mon parrain a aidé mes enfants à être admis dans l’école locale gouvernementale. Il a d’ailleurs dit que si je lui confiais mes enfants, il s’assurerait qu’ils vivent confortablement. Mais je ne voulais pas être séparée d’eux, ils sont tout ce qu’il me reste, maintenant, et j’ai dédié le reste de ma vie à m’occuper d’eux et de leur bonheur. Je ne veux pas que ce qui m’est arrivé arrive à mes enfants, surtout à ma fille. »« On ne peut même pas réclamer de l’eau. Tout ce dont on a le droit, c’est de nettoyer leur merde et leurs déchets, mais sans jamais s’approcher d’eux » – Chandrama Mariyappa Banadar, devadasi à Mudhol
Une issue de secours
« Il nous faut une retraite d'au moins 65 euros pour bien vivre. » Photo Chandrama Mariyappa Banadar
Avec l'aide d'un agent du gouvernement, les devadasis de Jamkhandi remplissent leurs fiches de pensions Photo : Archana Nathan