Extinction Rebellion Belgium
Gauche : FRANCOIS DVORAK. Droite : KARL DELANDSHEERE
Culture

La désobéissance civile au service du climat : Carte Blanche à Extinction Rebellion

« Seule une action collective peut concrètement et radicalement changer les choses. »
24.9.20

Il est plus que jamais temps d’agir. Ce 25 septembre, VICE Media Group publie exclusivement sur la crise climatique. Cliquez ici pour plus de contenu.

Dans notre série « Carte blanche aux collectifs belges », on laisse place à un collectif d’artistes qui vous présente une ou plusieurs créations, peu importe le médium.

En gros, Extinction Rebellion (XR), c’est un mouvement social écologiste international qui use de la désobéissance civile non-violente pour faire entendre auprès des gouvernements l’urgence et la gravité de la crise climatique, mais aussi les impacts sociaux qui en découlent. À l’origine, XR a été créé au Royaume-Uni en mai 2018 par des universitaires. Le groupe activiste s’est ensuite développé en structures locales dans de nombreux pays, dont la Belgique.

Les militant·es de XR s’accordent mondialement sur les mêmes valeurs et revendiquent à travers leurs actions des demandes bien précises à leur gouvernement respectif. En Belgique, leur réclamation est très claire : déclarer l’urgence climatique et écologique pour reconnaître la nécessité d’une transformation rapide du système économique, élaborer et appliquer un plan d’urgence national juridiquement contraignant afin de protéger la biodiversité et, enfin, créer une assemblée de citoyen·nes responsables de l’application légitime du plan d’urgence national.

À l’heure où les conditions environnementales continuent de s'aggraver face à des dirigeant·es politiques qui gardent les yeux fermés, on a discuté des enjeux, du fonctionnement et de la communauté XR avec trois membres du mouvement en Belgique qui nous ont également présenté quelques photos de manif en guise.

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Photo : KARL DELANDSHEERE

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PHOTO : PIETER GEENS

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PHOTO: FRANCOIS DVORAK

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PHOTO: FRANCOIS DVORAK

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PHOTO: PIETER GEENS

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PHOTO : FRANCOIS DVORAK

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PHOTO : FRANCOIS DVORAK

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PHOTO : PIETER GEENS

Jean (25 ans), membre du cercle des communications

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VICE : Hello Jean. C’était quoi ton premier contact avec l’activisme ? 
Jean : J’ai toujours été sensible à la problématique écologique, et encore plus pendant mes études de sociologie. J’ai commencé par des gestes individuels, mais je me suis vite rendu compte qu’étant donné la situation catastrophique dans laquelle on se trouve, seule une action collective peut concrètement et radicalement changer les choses.

La première manifestation de ma vie était la marche pour le climat du 2 décembre 2018. C’était une mobilisation historique à Bruxelles, avec plus de 65 000 personnes. L’espoir était grand mais la déception l’a été tout autant quand à peine deux jours après l’événement, la Belgique a voulu bloquer deux directives européennes découlant de l’Accord de Paris (celle sur l’efficacité énergétique et celle qui prévoyait d’augmenter la part des énergies renouvelables à 32% en Belgique d’ici 2030). Naïvement, ça me semblait impossible que nos politiques ignorent un appel aussi clair des citoyen·es. Cette grosse claque  m’a montré l’incapacité totale de nos systèmes politiques représentatifs à solutionner la question climatique et écologique.

J’ai compris que rien ne bouge sans un rapport de force économique et sociale fort par un mouvement social fort. Je m’étais déjà intéressé à Extinction Rebellion en octobre 2018 lorsque le mouvement avait bloqué les principaux ponts de Londres. À ce moment-là, il existait seulement un groupe Facebook Extinction Rebellion Belgium, et les premiers groupes de travail se sont établis petit à petit.

C’est quoi vos modes d’action ?
Le mode d’action principal est la désobéissance civile non-violente, c’est-à-dire désobéir consciemment à la loi en assumant les conséquences pour modifier le statu quo et initier un changement dans les politiques actuelles. Il s’agit de faire des actes illégaux, mais qui sont considérés comme justes et légitimes face à l’urgence et à la dangerosité de la crise écologique, climatique et sociale.

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Ce mode d’action a été choisi car les informations rapportées sur le changement climatique et la crise écologique sont catastrophiques et signalent la nécessité d’agir au plus vite. Depuis les années 1970, ces problèmes sont connus et il n’y a toujours pas de solutions concrètes. En Belgique, la crise politique actuelle démontre les limites de la démocratie représentative menée par les partis. De plus, des chercheur·ses en science sociale affirment que ce mode d’action est généralement plus efficace pour changer les choses.

« J’ai commencé par des gestes individuels, mais je me suis vite rendu compte qu’étant donné la situation catastrophique dans laquelle on se trouve, seule une action collective peut concrètement et radicalement changer les choses. »

Qu’est-ce qui rend votre collectif unique ?
Extinction Rebellion s’organise de manière horizontale et décentralisée ; c’est une fédération de groupes autonomes et auto-organisés. Pour faire des actions et communiquer au nom d’Extinction Rebellion, il faut respecter les 10 valeurs du mouvement. En Belgique, on a une structure nationale qui joue le rôle de coordination et de soutien, et il y a 19 groupes locaux qui organisent des actions locales. Les groupes locaux sont le cœur du mouvement et forment un réseau international (XR est présent dans 56 pays), ces groupes s’associent donc aussi pour coordonner des actions à des échelles plus larges (nationale, européenne, internationale).

Comment tu définis la notion de collectivité ?
La collectivité symbolise un pouvoir d’action plus grand lorsqu’on se rassemble et qu’on agit ensemble. J’ai découvert ça avec l’activisme et avec XR. Ça a quelque chose de motivant et de soulageant, on se dit qu’il est possible de changer les choses.

« Ensemble, on a un potentiel d’action plus fort et susceptible d'entraîner un véritable changement. C’est un sentiment commun à beaucoup de personnes qui ont rejoint XR sans avoir d’expérience dans l’activisme. »

Quand on agit individuellement, on se sent vite désemparé·e face à l’ampleur du problème. Ensemble, on a un potentiel d’action plus fort et susceptible d'entraîner un véritable changement. C’est un sentiment commun à beaucoup de personnes qui ont rejoint XR sans avoir d’expérience dans l’activisme.

Je relie aussi le terme de collectivité à celui de communauté : rencontrer les gens en face à face, tisser des liens sociaux et créer une culture de groupe. C’est un aspect très important chez Extinction Rebellion, l’objectif n’est pas que les différents groupes soient uniquement des groupes d’actions mais aussi un espace où les gens apprennent à se connaître et à se soutenir. Ça évite aux personnes de s’essouffler en enchaînant des actions (le burn-out de l’activiste) et ça permet au mouvement de se renouveler.

Sébastien (37 ans), coordinateur de la campagne des Assemblées citoyennes

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VICE : Hey Sébastien. Comment t’as fait tes premiers pas dans l’activisme ? 
Sébastien : J’ai rejoint un groupe de Trotskyistes quand j’avais 17 ans, pas pour le trotskyisme mais pour une fille. Après qu’elle ait quitté le groupe, j’y suis resté un ou deux ans. Je n’ai jamais vraiment compris ce que Trotsky représentait, hormis l’idée d’une « révolution permanente » qui me plaisait bien à l’époque. Le problème dans ce groupe, c’est que les mêmes mots et pensées se répétaient tout le temps, et ça ne collait pas avec le vrai monde qui se mettait en place au début du XXIème siècle. Il n’y a jamais eu d’action ou de stratégie crédibles. Comment pouvait-on passer de nos débats, placer des autocollants et faire de la vente de journaux illisibles à manifester, à une « révolution » ? On était des petit·es Blanc·hes de la classe moyenne réellement touché·es par l’injustice sociale, mais on se trompait aussi complètement.

Comment vous procédez avec XR ?
Je pense que la désillusion est à la base de XR. Il faut se débarrasser des illusions confortables et regarder la réalité en face, celle de la dégradation écologique et de ses impacts sociaux inégaux. C’est à partir de ce moment-là que le travail du deuil peut commencer. Moi et mes camarades rebelles sommes désillusionné·es, et on commence à s’organiser à partir de là. « Don’t mourn, organize! » étaient les célèbres mots du dirigeant syndical Joe Hill juste avant son exécution en 1915. Avec XR, on peut faire son deuil et s’organiser en même temps, partager des émotions fortes et penser des actions de la désobéissance civile impactantes.

Grâce à la pratique quotidienne, intellectuelle et émotionnelle des activistes, le lien communautaire se renforce sans cesse. Malgré toutes ces valeurs, je ne peux pas négliger le fait qu’en Occident – XR existe aussi dans des pays non-occidentaux –, la communauté XR est très blanche et de classe moyenne. Avec le groupe Decolonize XR, on essaye d’avancer en reconnaissant le fait que les actions de désobéissance civile sont aussi un privilège – parce que les corps blancs risquent moins dans la confrontation avec la police –, en rendant nos actions plus inclusives pour les personnes moins privilégiées, en soutenant activement les luttes des autres groupes, en prenant de plus en plus en compte la convergence de l'activisme environnemental, du féminisme, de l'antiracisme, de l'anticapitalisme dans la conception des actions et la définition des cibles.

« On essaye d’avancer en reconnaissant le fait que les actions de désobéissance civile sont aussi un privilège – parce que les corps blancs risquent moins dans la confrontation avec la police –, en rendant nos actions plus inclusives. »

Qu’est-ce que la collectivité veut dire pour toi ?
C’était pas la raison pour laquelle je me suis engagé au départ, mais Extinction Rebellion m’a donné un sens de la communauté que je n’avais jamais connu avant. J’ai rencontré plein de gens que je n’aurais probablement jamais rencontrés sans XR. La plupart d’entre eux appartiennent à des bulles sociales différentes de celle dans laquelle j'étais avant. Le sens de la communauté te fait interagir avec des gens que tu n’apprécies pas particulièrement. C’est en ça que c’est différent de l’amitié.

Anya (27 ans, coordinatrice du cercle du Mouvement)

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VICE : Salut Anya. C’était quoi ton premier contact avec l’activisme ?
Anya : J’ai rencontré des potes à Bruxelles qui étaient aussi concerné·es par l’écologie, et iels m’ont amené à une action de Ende Gelande, un mouvement contre l'extraction du charbon en Allemagne de l'Ouest qui conduit des milliers de personnes dans les mines pour bloquer les mineurs. Iels avait installé un camp pour accueillir des milliers de personnes qui venaient. Le camp était comme une immense famille temporaire. On a ensuite marché par groupes de 500 vers la mine, en nous serrant les coudes pour briser les lignes de police. On a dû courir pour passer, et on a été détourné·es dans les champs. Certain·es ont été touché·es par des canons à eau et d'autres par du poivre de Cayenne. Celleux qui sont arrivé·es ont passé toute la nuit dans le froid. Ce n’était pas une expérience physiquement confortable.

C’était ma première action de désobéissance civile. J’étais si émue que le jour d’après, je suis entrée dans la tente d'information, j’ai tendu la main à un bénévole et j’ai pleuré. Je ne savais pas qui remercier pour avoir organisé ce moment où tous ces gens se sont rassemblés pour manifester leur préoccupation pour les systèmes de vies. Ça a changé ma vie. Extinction Rebellion a commencé en Belgique quelques mois après et je savais que je devais faire partie de cette force de l’amour.

Qu’est-ce qui rend votre collectif unique ?
XR s'appuie sur l’histoire d’autres mouvements, je ne veux donc pas me vanter de notre spécificité. On a juste trouvé une bonne combinaison entre certaines méthodes déjà testées : dire la vérité accablante et agir en conséquence. Nos vies sont en jeu, on doit donc allonger nos corps pour bloquer le statu quo. Mais l’élément secret d’Extinction Rebellion, c’est l’organisation horizontale et décentralisée. Le système holacratique permet aux gens de prendre leur propre initiative. C’est basé sur la confiance, le soutien, la communication et le retour d'informations. Les coordinateur·ices qui supervisent l'activité sont là pour la faciliter et non prendre des décisions exécutives. Ce principe n’est pas nouveau, mais il est appliqué délibérément dans la structure d'organisation du mouvement qui se veut égalitaire, afin d’assurer à tout le monde la possibilité de partager sa vision et de l’équilibrer par le travail en équipe. C’est ce qui fait de nous un gros organisme ; on sait qu’on a tous·tes besoin les un·es des autres.

« Les autres rebelles ne sont pas juste mes “collègues”, iels sont ma compagnie quotidienne dans une lutte pour la vie. Iels comprennent mes valeurs, mes préoccupations et mes choix de vie mieux que certaines personnes de ma famille. »

Comment tu définis la notion de collectivité ?
Collectivité veut dire communauté. Quand je vais à une action, je reconnais la moitié des visages, on se sourit et on se demande comment vont nos familles, on parle de picnics et des livres qu’on a lus. Extinction Rebellion est mon quartier. Les autres rebelles ne sont pas juste mes « collègues », iels sont ma compagnie quotidienne dans une lutte pour la vie. Iels comprennent mes valeurs, mes préoccupations et mes choix de vie mieux que certaines personnes de ma famille.

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