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La guerre des bonbecs qui déchire la Belgique

Récit d'une lutte sans merci entre deux confiseurs voisins qui ont décidé de vendre la même spécialité locale : le cuberdon.

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08 Août 2017, 10:43am

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En 2015, la ville de Gand en Belgique a connu pas mal d'émotions. Son équipe de foot, La Gantoise, a remporté le championnat national. Pour célébrer l'événement, un vendeur de bonbons a littéralement fait pleuvoir des cuberdons dans le stade. Il s'agit d'une friandise belge conique aussi appelée neuzeke en flamand ou « petit nez ». Et la compétition entre les vendeurs de ce bonbon iconique est au moins aussi féroce que celle qui a lieu tous les week-ends en Jupiler League.

Cela fait plusieurs années que la bisbille couve au Groentemarkt, un marché artisanal situé dans le cœur historique de la ville – et tout ça à cause des cuberdons. On dirait un peu l'intrigue d'un dessin animé mais c'est un truc bien réel : deux adultes vendent exactement la même confiserie et leurs deux stands sont voisins. Le Groentemarkt a beau s'étaler sur plusieurs rues, il est pourtant trop petit pour les vendeurs de cuberdons. La situation, qui a déjà donné lieu à quelques drames, ne cesse d'irriter les deux concernés pour le plus grand bonheur des passants. La saga fait maintenant partie du folklore de la ville

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Carl Demeestere a été chronologiquement le premier à vendre des cuberdons aux Gantois depuis la fenêtre de sa boulangerie. Mais Sonny Breine a rapidement débarqué et a installé son stand juste devant l'établissement de Carl. Ce dernier a contre-attaqué en créant lui aussi une petite échoppe juste à côté de sa boulangerie pour vendre les fameux cônes sucrés.

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Carl Demeestere se gratte l'aisselle. Photo via Flickr user Marc

Depuis lors, les deux se tirent la bourre en public. Carl et Sonny se chamaillent en permanence, essayant de voler la clientèle de l'autre en le dénigrant haut et fort. Des « C'est ici que vous trouverez le vrai cuberdon ! » retentissent bientôt suivis par un « Les bonbons de mon voisin ne sont pas bons ! ». Problème : leur embrouille a vite fait de décourager les chalands qui préfèrent ne pas acheter de cuberdons plutôt que de prendre parti.

Il y a deux ans, en avril, la guerre des bonbecs a même connu une escalade de violence : les deux hommes en sont venus aux mains devant une foule de passants. Carl était en train de vendre des bonbons à un groupe d'Allemands quand Sonny s'est approché pour tenter de les attirer sur son stand. Pour Carl, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Il a empoigné Sonny par le cou. Ce dernier s'est débattu, parvenant à se libérer de la prise grâce à un coup de tête, avant de recevoir un uppercut de Carl. Résultats des courses : des cuberdons pleins de sang et une intervention de la police pour les séparer. Le maire a même interdit aux deux commerçants de vendre quoi que ce soit pendant deux semaines.

C'est Carl qui, le premier, a décidé de vendre des boules de neige en plus de ses cuberdons. Le lendemain, Sonny l'imitait.

Après quinze jours de pénurie de cuberdons au Groentemarkt, les deux loustics ont repris place au marché, visiblement calmés. Mais la trêve n'allait pas durer. Une seconde altercation éclatait six mois plus tard. Elle était baptisée ; « La bataille des boules de neige ». Oui, c'était l'hiver. Non, il n'y avait pas de neige.

Les boules de neige – ou sneeuwballen – sont comme les cuberdons une spécialité sucrée de Gand. Il s'agit d'une boulette de pâte beurrée et vanillée recouverte d'une couche de chocolat et roulée dans du sucre glace. C'est Carl qui, le premier, a décidé de vendre des boules de neige en plus de ses cuberdons. Le lendemain, Sonny l'imitait. L'équivalent en confiserie de l'expression « remettre une pièce dans le jukebox ».

Photo via Flickr User FaceMePLS

Début 2016, des clichés d'un stand de cuberdons renversé ont fait le tour de Twitter et d'Instagram au petit matin. Il s'agissait de celui de Sonny. Les soupçons se sont immédiatement tournés vers Carl mais coupable n'était que le vent. Quelques mois plus tôt, c'était le stand de Carl qui avait été renversé par un client mécontent. Bizarrement, le destin aussi cherchait une forme d'équilibre et la querelle semblait s'apaiser.

Pendant un temps, les deux vendeurs ont semblé s'ignorer cordialement. Ce qui n'a pas profité à Sonny dont les affaires ont vite battu de l'aile.

Pendant un temps, les deux vendeurs ont semblé s'ignorer cordialement. Mais le cessez-le-feu n'a pas profité à Sonny dont les affaires ont vite battu de l'aile. L'année dernière, il était même accusé dans tous les journaux d'avoir arnaqué un client en lui vendant 180 g. de cuberdons au lieu de 250 g. Le tribunal de la ville l'a condamné à devoir payer 1 000 € à chaque fois qu'il critiquerait les bonbons de son voisin.

Pour Carl, les affaires vont bon train. En plus des classiques cuberdons rouges, il a ajouté un panier de cuberdons verts et un autre avec des cuberdons aux légumes. Il a même collaboré avec le conseil municipal de Gand pour fournir des cuberdons personnalisés aux couleurs de l'équipe de La Gantoise, bleu et blanc.

On est donc allée discuter avec Carl de cette guerre intestine, de son ennemi juré et de ce qu'il en est aujourd'hui.

MUNCHIES : Salut Carl ! Combien de cuberdons as-tu produit pour les fans de La Gantoise ?
Carl Demeestere : J'en ai distribué 20 000 et il m'en reste maintenant 200 000 à vendre.

Qu'est-ce qu'on met, dans le cuberdon traditionnel rouge ?
De la gomme arabique, des framboises et des fleurs de violette.

Et comment tu as fait pour les rendre bleus, du coup ?
On a remplacé les framboises et les violettes par des mûres et du citron et on a appelé ces cuberdons les Buffaloneus en l'honneur de l'équipe de football.

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Le Groentemarkt n'est jamais vraiment calm. Photo via Flickr user Zeldenrust.

Et tu vends aussi des cuberdons aux légumes maintenant. Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Il s'agit d'une version plus saine des bonbons. Il y en a à la laitue et à la carotte, au café et pomme de terre ou alors oignons et pomme. C'est un snack de légumes sous forme de cuberdons. On peut par exemple les déguster avec un morceau de pain.

Des cuberdons originaux, d'autres personnalisés pour l'équipe de foot de la ville… Comment Sonny prend tout ça ?
Mon compétiteur n'a ni les capacités, ni le savoir-faire pour suivre. Ses cuberdons sont faits avec des produits chimiques alors que nous sommes la plus vieille boulangerie de Gand. Nous sommes des spécialistes. Pas lui. Il ne pourra jamais proposer une telle offre.

On peut donc dire que la guerre est terminée ?
La guerre ? Ça n'a jamais été une guerre. Nous autres artisans authentiques, nous avons pitié de ces vendeurs qui essayent d'être à la pointe de la tendance. Ça va, ça vient. Je laisse le soin aux impôts et aux inspections des finances et de l'hygiène de fermer son commerce. Je suis impatient de voir ça.

MUNCHIES n'a pas réussi à contacter Sonny pour avoir un autre son de cloche. Il devait être trop occupé à faire des mélanges de gomme arabique et de laitue, quelque part dans un laboratoire secret.

Entretemps, il a même été remplacé par Younes Benzaza qui a relancé les hostilités en balançant un seau d'eau à la tête de Carl, alors que la guerre semblait toucher à sa fin et que ce dernier apparaissait comme le grand vainqueur de ce duel sans merci.

« D'un coup, on m'a renversé un seau d'eau sur moi. Ce sera quoi la prochaine fois ? De l'huile de friture ? » se plaignait la victime au journal belge Het Nieuwsblad.

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Selon Younes, cet acte n'était pas une déclaration de guerre mais une réaction impulsive face à celui qui l'emmerderait à longueur de journée. « Il faut qu'il me lâche les basques, » s'est-il justifié.

Si jamais vous prévoyez un petit week-end à Gand dans les semaines qui viennent et que vous voulez vous immerger dans le folklore local, passez donc par le Groentemarkt pour voir où la guéguerre en est. Approchez-vous des deux stands, porte-monnaie en main et voyez si les deux vendeurs se disputent votre argent.


Ce papier a été préalablement publié sur MUNCHIES Pays-Bas