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Mon odyssée culinaire dans les strip-clubs de Portland

Venez pour le spectacle. Restez pour la soupe de maïs.

par Farideh Sadeghin
22 Janvier 2019, 11:42am

Toutes les photos sont de l'auteur

« Tu vas carrément te transformer en vampire », a lancé le chef Joshua McFadden, qui est également un pote, quand je lui ai expliqué que j’allais bouffer dans différents strip-clubs de Portland.

Honnêtement, je ne sais pas ce qui m’a poussé à accepter ce défi. Peut-être que je n’aurais pas dû pitcher le sujet à la base. Qui sème le vent récolte les emmerdes. Je suis revenue de mon périple et j’ai presque perdu la voix. J’ai du mal à garder les yeux ouverts mais je sais que si je n’écris pas mon papier maintenant, je risque de perdre le flux de mes aventures en Oregon. Et Dieu sait qu’il faut que j’écrive QUELQUE CHOSE sur cette virée, histoire de pouvoir faire passer les thunes claquées dans les strip-clubs en notes de frais.

Le truc, c’est que j’aime beaucoup visiter de nouvelles villes. Je kiffe dîner dans des endroits branchés au moins autant que dans des bars plus classiques ou dans des rades moins à la mode. Des lieux au charme old-school et tellement enracinés qu’ils racontent un pan de l’histoire de la ville.

Quand j’ai commencé à chercher des coins où bouffer à Portland, j’ai immédiatement remarqué que la ville avait plus de strip-clubs par tête de pipe que n’importe quelle autre aux États-Unis. Encore mieux – enfin à mes yeux – les strip-clubs susmentionnés sont obligés de servir de quoi grailler s’ils veulent pouvoir vendre de l’alcool. Et, croyez-moi, personne n’a envie d’aller au strip-club sobre.

Parmi les strip-clubs de Portland, il y en a qui sont chelous voire carrément dégueus. D’autres sont, au contraire, assez relax et font penser au bar de quartier que vous avez l’habitude de fréquenter.

Quoi qu’il en soit, le bon côté de ce voyage en Oregon c’est qu’il tombait pendant un festival de gastronomie : le Feast Portland. Pas mal de mes potes étaient donc en ville et tout le monde était chaud pour m’accompagner dans un club. Certains m’ont même suivie dans plusieurs – car c’est ce que font les vrais amis. J'ai même cherché à me débarrasser de mes accompagnateurs parce que je pensais qu’il fallait au moins vivre une fois l'expérience ultime : dîner dans un strip-club. Seule.

Avant d’aller plus loin, laissez-moi vous expliquer une chose. L’univers des strip-clubs de Portland fait entièrement partie de la culture locale. Il y en a qui sont crades, chelous voire carrément dégueus. D’autres sont, au contraire, assez relax et font limite penser au bar de quartier que vous avez l’habitude de fréquenter. En gros, tout est fait pour que chacun puisse trouver ce qui correspond le mieux à ses attentes. Quand j’ai raconté mon projet, pas mal de potes ont d’ailleurs sauté sur l’occasion pour m’indiquer leur spot préféré. On m’a même expliqué qu’il y avait deux types de personnes dans un strip-club (notamment en journée) : ceux qui sont là pour les strip-teaseuses et ceux qui sont là pour les passe-temps (des loteries ou des machines à sous).

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Moi, je venais pour une troisième raison : manger. Peu importe l’heure de la journée. J’ai commencé par traîner ma meilleure amie et son mari au Sassy’s, un incontournable pour les amateurs de bonne bouffe. On sortait à peine d’un copieux dîner au Kachka, caviar et poisson fumé, mais on a commandé le sandwich au poulet frit, un nouveau venu sur le menu.

Il est arrivé en compagnie de frites à la mine assez triste (néanmoins croustillantes) et une ration de sauce ranch (ce qui est une bonne chose, car tout le monde connaît mon avis sur le ketchup). J’ai laissé échapper un rot de poisson fumé alors que je passais le sandwich à mes accompagnateurs pour qu’ils participent à la fête. On est resté un moment sur place, le temps de finir le sandwich, puis on a foutu le camp, pleins comme des barriques et délestés d’une grosse poignée de dollars.

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Destination suivante : la Casa Diablo. Figurez-vous que la cuisine de l’adresse la plus olé-olé de la ville propose des plats végans. Je vous passe les détails (la plupart d'entre eux sont NSFW même selon mes standards) mais disons que les nachos étaient bons et l’atmosphère assez chaotique.

Ensuite, on est allé au Lucky Devil, d’où j’ai failli me faire virer pour avoir pris une photo d’un panneau disant « No Touching the Dancers » (On ne touche pas aux danseuses). J’ai (très mal) menti au videur lorsqu’il m’a demandé de lui montrer mon téléphone. Quand il m’a dit que si je n’effaçais pas la photo, il me foutait dehors, j’ai avoué ma faute et supprimé le cliché.

Alors OK, je vous entends déjà hurler « Mais quel gus irait commander une soupe de maïs dans un strip-club ?! » La réponse est : moi. Et elle était délicieuse.

À partir de là, je n’ai pas voulu prendre de risques. Je n’ai donc pas immortalisé ce que j’ai mangé de meilleur au strip-club : une soupe de maïs. Alors OK, je vous entends déjà hurler « Mais quel gus irait commander une soupe de maïs dans un strip-club ?! » La réponse est : moi. En fait, il y avait deux choix de soupes – à ma grande surprise – une à la tomate et une au maïs. Cette dernière était délicieuse.

J’ai forcé un chef qui m’accompagnait à la goûter. Il a souligné qu’elle n’était « pas trop salée ». Un autre a déclaré qu’elle était « succulente » tandis qu’un troisième s’est exclamé « Elle m’habite la bouche ! » (crade). J’ai obligé tout le monde à en prendre une cuillère, et putain, ils ont tous aimé. Qui aurait dit que ma soupe de maïs ferait un tel tabac ?!

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Vous voulez un autre grand moment de mon périple ? Sam Smith, chef du restaurant Tusk, s’est joint à moi pour un repas chez Pirate’s Cove. L’ironie de ce nom ne m’a pas échappé. Il y a un restau Pirate’s Cove près de chez mes parents, dans le Maryland et, dès que je passe par chez eux, mon père et moi y allons pour déguster un velouté de crabe. Cette crique du pirate n’a rien à voir avec celle que je fréquente quand je vais chez mes vieux. Cette crique était de loin le strip-club le plus sordide et le plus crasseux dans lequel j’ai mis les pieds (c’est un compliment).

Pirate’s Cove avait un vaste choix de repas surgelés, parmi lesquels des burritos au fromage et au bœuf, des taquitos, des pizzas individuelles au fromage ou au pepperoni, des petits burgers White Castle, des plateaux télé, ainsi que des sandwichs maison préparés avec du pain de mie. J’ai opté pour le plateau télé à 3 dollars (des nuggets de poulet passés au micro-ondes, un brownie et des macaroni au fromage). Quand j’étais petite, je rêvais d’un dîner comme celui-là – alors que ma mère refusait toujours catégoriquement d’acheter ce genre de truc.

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Le résultat n’était évidemment pas à la hauteur des espoirs de l’enfant que j’avais pu être même si les macaronis au fromage avaient un goût de malbouffe trop cuite débordante de fromage alors que les nuggets étaient une pure délectation caoutchouteuse.

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J’ai quitté Sam pour me rendre au Union Jacks, seule. Des rumeurs disaient que cet endroit avait un côté « mafia de l’Est » ou que le patron était russe. Je me suis assise dans un bar relativement clairsemé (on était en fin d’après-midi). Les danseuses étaient assises à quelques mètres, et commandaient elles aussi de quoi manger.

Je leur ai demandé ce qui valait le coup et elles m’ont recommandé les bâtonnets de poulet et le fish and chips. Moi, j’étais tentée par les macaronis au fromage, mais deux fils se sont touchés dans ma tête et j’ai opté pour les raviolis russes. Probablement le goût du risque.

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De la grosse friture sortait des cuisines sans discontinuer et j’attendais patiemment, les yeux rivés sur les murs couverts de miroirs qu’on m’apporte mes raviolis. Ils ont débarqué dans un petit panier, après un passage, visiblement obligatoire, dans l’huile de friture.

À l'Acropolis, il y avait également un bar à salade avec un panneau disant : « Utilisez les couverts, pas les mains. » Bonne idée.

J’ai dit à la barmaid, qui était également la chef, ma surprise de ne pas avoir des raviolis vapeur. Elle a montré la cuisine et m’a regardée, d’un visage plein de diplomatie qui semblait dire : « Bah ouais, tu croyais quoi ? J’ai pas le matos pour cuisiner derrière. »

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Touché.

Le dernier strip-club sur ma liste était l’Acropolis, tendrement surnommé A-Crop par les gens du coin. Ouvert en 1976, ce club est connu pour son légendaire faux-filet à 7 dollars servi avec des pommes de terre au four et du pain grillé.

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Il y avait également un bar à salade avec un panneau disant : « Utilisez les couverts, pas les mains. » Bonne idée. L’A-Crop était densément peuplé. Il y avait plusieurs scènes et tout le monde ou presque était en train de bouffer. Le truc cool (et un peu bizarre) au sujet de l’A-Crop c’est qu’on peut dîner au pied des passerelles.

C’est ce qu’on a fait. J’étais avec une amie qui n’avait jamais mis les pieds dans un strip-club, alors j’ai posé une petite pile de billets devant elle afin que le danseur vienne « s’occuper » d’elle.

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Il y a un steak caché sous ce pain.
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Ça a plus ou moins fonctionné. Plus parce qu'un danseur a débarqué. Moins qu'il a fait une tête genre : « Il y a trop d’assiettes là, c’est difficile de faire quoi que ce soit. »

Il y a pas mal de clubs dans lesquels je n’ai pas pu me rendre. Il paraît que l’un d’eux propose du karaoké le dimanche (mon vol décollait justement le dimanche matin, donc je n’ai pas pu vérifier). La ville compte aussi pas mal de clubs de strip-clubs de mecs. Il faudra vraiment que je revienne y jeter un œil.

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Et comme je vous vois venir, sachez que oui, je suis allée au Mary’s, le plus vieux strip-club de la ville. Vers 14 heures, sobre. Le Mary’s n’a pas de cuisine sur place, mais on peut commander au vendeur de tacos d’à-côté. Problème, son stand n’ouvre qu’à 16 heures. Je n'ai donc pu qu'écluser ma bière artisanale en regardant quelques danses avant de tracer jusqu’au suivant. L’expérience prouve qu’aller dans un club de strip sobre n’est pas une bonne idée.

Enfin, dernier point important, la Casa Diablo ne rend la monnaie qu'en billets de 2 dollars. Donc si vous vous trimballez avec une liasse de ces bébés, tout le monde saura d’où vous venez.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

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