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Festin à l'andalouse dans la chaleur de la Féria de Séville

Poisson frit, rebujitos et churros : la Feria de Abril, c'est la promesse de s'exploser le ventre et le gosier sur une place de la taille d’un petit village.

par Shirine Azzi
25 Avril 2016, 4:01am

Quand il est question de faire la fête dans la rue en profitant d'un niveau sonore anormalement élevé, tout le monde s'accorde à dire c'est en Espagne qu'on sait le mieux faire la fiesta.

Mais s'il fallait vraiment le vivre pour le croire, il suffirait de tracer à la Feria de Abril, cette fête andalouse qui a lieu une fois par an à Séville, marque traditionnellement le début de la belle saison – la saison de la fiesta.

L'essentiel des festivités se déroule en plein centre de Séville, sur une place qui ne sert qu'à ça – et ce n'est pas une façon de parler : la place est complètement vide les cinquante et unes autres semaines de l'année. La féria de Séville est une vraie vitrine pour la ville : c'est à la fois la plus grosse féria du pays, mais aussi la plus connue d'Espagne. Cette notoriété s'explique en partie par un argument assez simple : la promesse de se murger sur une place qui fait la taille d'un petit village ?

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Toutes les photos sont de l'article.

Cette ville-dans-la-ville éphémère a ses propres rues (on peut même les trouver sur Google Maps) dans lesquelles s'alignent les fameuses casetas. Il s'agit de petites tentes-chapiteaux décorées comme des pièces d'une maison familiale – avec un bar bien fourni en plus, voire carrément un dancefloor. À Séville, les casetas sont privées, ce qui veut dire que pour y rentrer, il faut soit faire partie du personnel, soit être invité par l'un de ses membres pour y entrer.

Pendant la journée, on y croise des calèches dans lesquelles des hommes en costard et des femmes en robe de flamenco rayonnantes se déplacent jusque dans leurs casetas. Il faut donc vraiment faire gaffe si l'on se déplace à pied : ayant plusieurs fois failli finir piétinée par un cheval au cours de la feria, je peux en attester. Heureusement, les chevaux quittent les lieux après le coucher de soleil et la fête continue jusqu'au bout de la nuit… L'arrviée du petit jour est la seule pause tolérée pour prendre un peu de repos.

Et que serait une fiesta – que dis-je, une feria – espagnole sans un bel éventail de trucs à se foutre sous la dent et dans le gosier ? Qui réussirait de toute façon à faire la fête non-stop pendant une semaine sans suivre le régime de champion adéquat ?

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Le premier soir de la féria, c'est le Lunes de Pescaito. Le repas commence en général aux alentours de 22 h 30 et les principaux éclairages de les fêtes ne sont allumées que plus tard, vers minuit. Chaque caseta célèbre l'événement – qui est au passage le plus sélect de la semaine : seuls les personnes invitées peuvent rentrer.

Le plat principal que l'on sert ce soir-là est généralement du poisson frit, littéralement, du pescadito frito. Mais si vous écoutez un Sévillan prononcer pescadito frito, vous entendrez plutôt le diminutif du plat : « perscaito ». Vous l'aurez compris, le lundi soir, c'est l'occasion ou jamais de s'envoyer toute sorte de poissons : les plus communs sont les boquerones (anchois), les samonetes (rougets), le cazón (de la roussette qui a été marinée dans des épices, de l'huile d'olive et du vin blanc) et les calamares (des calamars). Les poissons sont salés et couvert de farine avant d'être frits dans un bain d'huile d'olive. Eh, on est en Andalousie ou on n'y est pas – c'est de l'huile d'olive ou rien.

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Même si tous ces pescaitos sont à l'honneur, vous trouverez aussi de quoi faire bonne chère côté tapas. Les casetas en servent à toute heure du jour et de la nuit : il y a du jamón, du manchego, des olives et plein d'autres délices espagnols. Ces petits encas vont de paire avec LA règle de base pour survivre à la féria : toujours avoir le ventre plein si on prévoit de passer la nuit à picoler.

Ce que vous allez picoler justement s'appelle le rebujito : un mélange de Manzanilla avec du 7UP. Quand on m'a décrit la chose, je me suis dit que ça devait typiquement être le genre de boisson à te filer la gerbe directe mais en fait, le goût passe très bien. C'est le ratio parfait de sucre et d'alcool te donner l'énergie de danser toute la nuit.

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On raconte plein d'histoires sur l'origine du rebujito. Plusieurs versions s'accordent à dire qu'il est né un peu comme le sherry cobbler – une boisson facile à faire et à boire que les Méditerranéens servent aux touristes anglais. En tout cas, le rebujito est devenu la boisson alcoolisée préférée des Andalous, surtout quand les températures commencent à monter au printemps. Quant au nom, il vient probablement du verbe 'rebullir' qui signifie 'mélanger'.

Pour préparer un rebujito chez soi, rien de plus simple : il suffit d'avoir une bouteille de Manzanilla (celle qui est produite dans les vignobles du bord de mer de Sanlúcar de Barrameda) et de la mélanger à de la limonade. Ajoutez ensuite une feuille de menthe ou un morceau de citron pour la décoration. Mélangez et servez dans un verre rempli de glaçons.

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En rentrant chez soi au petit matin après une nuit de débauche dans les ruelles de la Feria, il y a de fortes chances pour que vous ayez envie de vous péter le bide. Vous trouverez alors – comme sortis de nulle part – plein de stands de churros qui n'attendent que vous. Ici au petit-déjeuner, tout le monde mange des churros y chocolate, c'est la tradition. Les Andalous vous préparent ça comme personne : ces churros seront les meilleures tiges croustillantes que vous mangerez au monde – après bien sûr les avoir trempées dans une sauce au chocolat bien épaisse.

Si vous avez déjà vos agendas de l'année prochaine, réservez donc cette semaine d'avril pour venir vivre cette expérience hors norme. Fêtards, buveurs et autres afficionados, que viva la fiesta de Sevilla !

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