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Noisey

Il n'y a absolument aucun mystère chez Twin Peaks

Comme les Rolling Stones, Slade ou les Black Lips avant eux, les quatre gamins de Chicago sont là pour jouer, se marrer et ne pas trop se poser de questions.

par Adrien Durand
20 Mai 2016, 9:45am

Ne vous fiez pas à leur nom qu'ils portent un peu comme un vilain furoncle sur le pif, les quatre gosses de Twin Peaks à l'allure de Tom Sawyer péquenauds ne jouent pas dans la case synth pop éthérée. En filant droit sur l'autoroute du soleil (Rolling Stones + T Rex + Thee oh Sees en gros), leur garage glam n'invente pas le décapsuleur à Pabst Blue Ribbon mais redonne une certaine fraîcheur à un son vu et revu et joué de plus en plus par des tâcherons aux chemises bien trop repassées. Twin Peaks sans le vouloir vraiment parvient à réconcilier les sosies potentiels d'Harvey Pekar qui hantent les rayons des disquaires de St Michel et les instagrammeuses qui s'éclatent devant les PLV du Pitchfork festival. Une interview réalisée le 21 avril dernier après leur concert à Paris, quelques minutes seulement après l'annonce de la mort de Prince, dont ils se branlaient pas mal.

Noisey : Bon les mecs, Prince vient de mourir
Twin Peaks : Quoi ? Quel prince ?

« Le » Prince.
Non j'y crois pas, c'est fou. La semaine dernière c'était Phyfe et là Prince. Il était super jeune non ?

Vous voulez prendre une minute pour qu'on s'écoute « Purple Rain » ?
[Rires] Non ça va, ça ira.

On vous parle du nom de votre groupe à chaque interview ? C'est une plaie ou ça va ? David Lynch c'est un gros morceau par ici...
[Rires] Oui on a joué dans son club, le Silencio, la première fois qu'on est venu à Paris. C'était bizarre d'ailleurs mais j'ai bien aimé. Je n'avais jamais vraiment regardé la série quand on a choisi ce nom, ce que j'ai fait depuis. On a joué sur un festival qu'il programmait, apparemment il aime bien notre musique, même s'il n'a pas bougé son cul pour nous voir jouer. Mais oui, lis n'importe quelle interview de nous, on nous parle tout le temps de cette putain de série, à chaque fois.

Vous avez l'air pas mal obsédé par les Rolling Stones, c'est venu comment et qu'est-ce qui vous plait chez eux ?
C'est venu en grandissant, je ne connaissais que les tubes, « Satisfaction », « Start Me Up »... Et puis en enregistrant le dernier album, Clay nous a beaucoup passé leurs albums. J'aime le fait qu'ils aient joué de l'Americana bien mieux que n'importe quel groupe venant des USA. Ils étaient Anglais mais c'est eux qui ont volé le blues de la plus belle des façons. Et puis ils évoquent des choses sombres, les drogues, la mort. Tout semble plus réel qu'avec les groupes de leur époque.

J'ai l'impression que Keith Richards et Mick Jagger étaient un peu les seuls mecs marrants à cette époque là. Brian Wilson était dépressif, les Beatles mystiques ou chiants, ou les deux...
Oui carrément, c'était un groupe rock'n roll. Ils bougeaient leurs hanches quoi ! [Rires]

Comment est né ce dernier album ?
On l'a enregistré l'été dernier dans la maison d'un pote, dans le Massachusetts, au bord d'un lac. C'était très à la cool. On a pris notre temps, et surtout, on contrôlait tout. On a amené le matos et on a pu oublier l'horloge qui tournait. On se levait, on faisait un peu de canoë puis on enregistrait nos parties.

Vous avez enregistré ce disque sur bandes je crois. C'est important pour vous de prendre vos distances vis à vis de la technologie et de ne pas tricher ?
En fait pas vraiment. On a enregistré des parties sur un 8 pistes mais après on a tout re-balancé sur un ordinateur. J'aime bien l'idée d'être limité, de ne pas pouvoir changer les choses, ce qui arrive quand on est en analogique. J'aime aussi le son des bandes mais là en l'occurrence, c'est bien de pouvoir prendre les bons côtés des deux méthodes.

Vous vous rappelez de votre première tournée ?
[Il chante] « The worst times, the best times... » Oh oui je n'oublierai jamais ça : être serré dans un van avec des pneus qui crevaient tout le temps. On jouait surtout dans des sous-sols, sur des porches, dans des maisons dégueulasses. C'était notre clavier de l'époque qui avait organisé ça. C'était pour avoir quelque chose à vendre lors de cette tournée qu'on a enregistré notre premier album. Je ne crois pas qu'il ait été distribué ici. Je me souviens qu'à Missoula, dans le Montana, on a passé quelques jours dans un squat punk avec des train hoppers. Les gens étaient cools. On a joué à 4h du matin et ils nous on fait dormir sur le porche. La fille qui organisait le concert venait nous voir toutes les 5 minutes car on se mettait une énorme caisse et nous on était là : « oui t'inquiète, on va jouer » tout en continuant à boire. Le concert a été super.

C'est comment de grandir à Chicago ? Vous vous sentez imprégné par l'héritage musical de la ville ?
Chicago est cool. C'est une grande ville mais il n'y a pas de grosses boîtes de l'industrie musicale. La communauté artistique est très riche et on a grandi en allant à des concerts DIY tout le temps. Il y a tout le temps des fêtes. La scène n'est pas très étendue mais on voulait en faire partie. Slushies, Smiths Western, White Mystery, ces gens étaient un peu des modèles à suivre pour nous. C'est pour ça qu'on a démarré le groupe. Il y a beaucoup d'entraide, tout le monde va aux concerts des uns et des autres. Il y a moins de compétition qu'à New York ou LA, justement parce qu'il n'y a personne du music biz, donc moins de possibilité de se faire connaître.

Vous auriez un exemple d'un morceau que vous adorez qui résume votre vision ?
Ça c'est une bonne question : je dirais « Band on the Run » des Wings. Ma vision des choses, c'est que je veux que tout le monde puisse chanter nos morceaux. C'est très important de faire quelque chose d'ouvert et simple.

Ty Segall a l'air parti loin dans un délire freaky après être passé par une case assez classique et glam, un peu comme vous sur cet album. Vous avez parfois envie de tout foutre en l'air et de faire peur aux gens?
Oh oui, le masque de bébé [rires]. Ca a l'air d'être spontané de sa part. Il danse un peu comme un gars de Limp Bizkit, ça me plait bien. Je pense que je pourrais faire un truc un peu barré comme ça dans quelques années, ça me parle.

En parlant de glam rock, c'est une musique qui vous touche ? On pense souvent à T. Rex quand on vous écoute mais sans le côté sexuellement explicite peut-être...
Oui ça nous influence beaucoup mais plutôt la partie cheesy du glam : Slade par exemple. T. Rex et David Bowie sont évidemment de grosses influences aussi. C'est mon frère qui m'a fait écouter ça quand j'étais gosseet ça m'a beaucoup marqué.

Un jour, j'ai discuté avec Jeffrey Lewis qui m'a dit que les plus jeunes générations étaient maudites car elles allaient voir assister à la mort de tous les plus grands, Neil Young, Keith Richards et donc David Bowie et Lou Reed qui sont déjà partis. Vous en pensez quoi ?
Ça a été une année folle quand même. On a grandi avec Bowie. Et puis Phyfe Dawg est mort, il était si jeune, c'était très soudain et bizarre. On sent que c'est le début d'une longue série où tout le monde va disparaître. On se sent un peu responsables du coup, de perpétuer cet héritage en jouant notre musique.

Les choses changent quand même, avant les rock stars mourraient à 27 ans, maintenant c'est plutôt 50/60.
Ça reste jeune 50 ans, mec !

T'aimerais devenir une icône comme ces gens ?
Hum, ça dépend de ce que tu considères comme une icône. Est-ce que les Black Lips ou John Dwyer vont devenir des icônes par exemple ? Ils ont l'air bien placés mais c'est difficile à dire. Je me verrais plutôt comme un personnage culte, comme Syd Barrett. Ou encore mieux, Sid Vicious tiens. Mais je crois que je m'en fous un peu. Tu connais White Mystery, de Chicago, dont je te parlais ?

Non.
Tu vois, pour moi ces mecs sont des icônes et beaucoup de gens vont se rappeler d'eux. Mais pour toi ils ne sont rien. J'avoue que je pense parfois en terme de carrière et de succès. Je pense à celui que je serai à 50 ans et ça m'inquiète parfois. Mais bon, devenir célèbre ne peut pas être un but en soi, sinon tu as 99 % de chances de foncer droit dans le mur. Peut-être que ce groupe va continuer à marcher, mais peut-être aussi que je deviendrai producteur ou ce prof de guitare loser qui donne des cours aux gamins de son quartier...


Down in Heaven, troisième album du groupe, est sorti le 13 mai.