Le retour des Rastas sur leur terre promise d'Éthiopie est loin d'être paradisiaque

VICE News s'est rendu à Shashamane en Éthiopie pour rencontrer les Rastafaris qui se sont installés dans leur foyer spirituel, où un meurtre sur fond de conflits territoriaux pourrait remettre en cause la bonne entente entre les locaux et les Rastas.

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09 février 2016, 5:10pm

Photo par Sally Hayden/VICE News

Cela fait maintenant 60 ans qu'Haïle Sélassié, le dernier empereur d'Éthiopie, a attribué quelque 200 hectares de terres à une nouvelle religion alors bourgeonnante et dont les fidèles avaient commencé à le vénérer comme le messie. Les premiers Rastafaris sont arrivés ici à partir de 1948, quand une partie de la région de Shashamane, dans le sud de l'Éthiopie, leur a été léguée.

Plus d'un demi-siècle et deux révolutions éthiopiennes plus tard, le "rapatriement" (c'est-à-dire retourner sur le continent que leurs ancêtres avaient été contraints de quitter en tant qu'esclaves) est toujours reconnu comme un rite particulièrement important pour les Rasta du monde entier. Mais pour ceux qui traversent le globe afin de commencer une nouvelle vie dans ce pays qu'ils considèrent comme leur Sion, le retour aux sources n'est pas toujours paradisiaque.

Peu de temps après notre visite à Shashamane — la ville où des centaines de Rastafaris résident — un vieux Rasta a été tué dans sa maison, possiblement à cause de tensions liées à des conflits territoriaux qui agitent la région.

Clifton Simeon — ou « Frère Grimes » — avait 60 ans, n'était pas marié, et vivait seul dans la demeure où il a été assassiné.

Le 11 novembre 2015, un ami de Frère Grimes lui apportait son repas du soir, quand il l'a trouvé allongé et inanimé, le visage tuméfié, avec des coupures au niveau du cou.

Simeon vivait à Shashamane depuis un peu moins de 5 ans. Il était originaire de Trinité-et-Tobago et vivait aux États-Unis avant de décider de migrer vers l'Éthiopie, sa terre promise et son foyer spirituel.

Son assassinat a secoué la communauté rasta, rappelant à tous les tensions qui existent entre les pèlerins rastas et certains des habitants locaux — principalement des Éthiopiens sans le sou qui sont au mieux perplexes, et au pire amers, quant à la présence des Rastafaris. 

Le quartier général des Douze Tribus d'Israël. (Photo de Sally Hayden / VICE News)

Shashamane est située à 250 kilomètres au sud de la capitale éthiopienne Addis Abeba. Pour rallier le foyer du rastafarisme depuis la capitale, il faut emprunter des routes de terre bordées par des immeubles partiellement érigés. En fait, toute l'Éthiopie ressemble un peu à un pays en construction. L'argent chinois, saoudien et indien afflue et le pays devait avoir l'économie avec la plus forte croissance dans les 4 années qui précédent 2017. Malgré tout, il s'agit d'un des pays les plus pauvres du monde. C'est aussi la deuxième nation africaine qui compte le plus d'habitants — 100 millions de personnes habitent sur les terres éthiopiennes.

Comme la capitale, Shashamane donne l'impression que tout est en train d'être rénové. Des champs s'étirant depuis le centre-ville se remplissent de structures en ciment, alors que des piles de pierres patientent devant des maisonnées à moitié finies. Presque tout le monde en ville semble chercher un moyen de se faire de l'argent ou de trouver une échappatoire — tout le monde, sauf les Rastafaris.

Ils sont environ 800 à vivre ici, et viennent des quatre coins du monde : Trinité-et-Tobago, Jamaïque, Guadeloupe, Martinique et France. Nombre de ces pays n'ont pas de représentation diplomatique en Éthiopie. Ainsi, les nouveaux arrivants ne peuvent pas demander la nationalité éthiopienne, même si leurs enfants sont nés ici.

Leur partie de la ville est facilement identifiable. Tout est coloré — le rouge, le noir et vert, les trois couleurs de l'Éthiopie et des Rastafaris sont partout.

En revanche, d'après le guide Lonely Planet sur l'Éthiopie, Shashamane est l'une villes dans lesquelles les touristes doivent faire attention aux voleurs. La ville est située est devenue un point de transit pour les bus qui relient les différentes villes du pays, dont Addis Abeba.

Nous avons a rencontré un artiste qui travaille avec des bananes, le rastafari Bandi Payne. Il faisait les cent pas dans sa petite galerie — la veille, il s'était fait cambrioler. Il nous a montré quelques-unes de ses oeuvres d'un air distrait, se plaignant par intermittence de sa mésaventure de la veille avec un ami. Les voleurs étaient des jeunes Éthiopiens de la ville d'après lui. Ils s'introduisent souvent chez les gens.

L'artiste sur bananes et rastafari Bandi Payne, chez lui. L'endroit fait aussi office de galerie, à Shashamane. (Photo de Sally Hayden / VICE News)

Après avoir appris la mort de Simeon en novembre, VICE News est entré en contact avec la Jamaica Rastafarian Development Community (JRDC), une ONG tenue par des Rastas qui opère à Shashamane. Un porte-parole de l'ONG nous a alors confirmé son décès : « Nous sommes tristes de vous annoncer le décès de Frère Grimes le 10 novembre 2015. Nous prions pour la justice. Que son âme reste en paix. »

Rapidement, la nouvelle du meurtre de Simeon s'est répandue dans la communauté des Rastafaris.

« L'Américain qui a été assassiné ? » nous a répondu Alex, un des propriétaires de l'auberge Zion Train Lodge de Shashamane, quand nous avons évoqué le nom de Simeon. « Je vois de quoi vous voulez parler. On en a beaucoup entendu parler. »

Alex nous a confié que des voleurs souhaitaient voler les affaires de Simeon et prendre sa propriété. La situation « n'était pas nouvelle », d'après Alex, ajoutant qu'il avait entendu dire que Simeon gardait des traces écrites de menaces dans un petit carnet.

Soeur Lorna, une voisine et amie de Simeon, nous a aussi parlé de ce qui s'était passé. Ils se connaissaient avant l'Éthiopie — ils s'étaient rencontrés à New York, où ils vivaient tous les deux à une époque.

« On l'a retrouvé mort dans sa maison et pratiquement toutes ses affaires ont été volées, » se souvient-elle. « La police a arrêté plusieurs personnes et le procureur est en train de monter un dossier. » Mais le procès est repoussé depuis des semaines, d'après elle.

« Il semble y avoir d'autres motivations [que le vol]. Apparemment, la personne à qui il avait acheté son terrain voulait plus d'argent, ou souhaitait carrément récupérer son terrain, ou je ne sais quoi encore. »

« Il n'y avait pas vraiment de tensions entre notre communauté et leur communauté, mais cet événement en a un peu créé, » continue Soeur Lorna. « Nous nous sentons vulnérables maintenant. Généralement en Éthiopie, il y a de petits vols, ils font ça quand vous n'êtes pas chez vous, mais c'est très rare qu'on vous cambriole, alors que vous êtes chez vous, puis qu'on finisse par vous tuer… Donc tout ça est un peu étonnant pour nous tous. »

Samedi dernier, on aurait dû fêter le 71e anniversaire d'un des plus célèbres des Rastafaris : le musicien Bob Marley. Au cours du week-end, des centaines de personnes ont envahi Shashamane pour deux jours de festivals, avec 14 artistes sur scène, un bazar, des DJs et des séances de tambours. « Paix, amour, unité et une bonne cause, » pouvait-on lire sur une publicité.

Vendredi dernier, c'était aussi le début du procès du meurtre de Simeon, qui avait été repoussé afin d'avoir le résultat de l'autopsie terminée la semaine dernière. Quatre suspects sont entendus pour leur possible implication dans l'assassinat du Frère Grimes.

Près de trois mois après la mort de Simeon, Lorna nous explique que les tensions se sont apaisées, même si la communauté reste « perplexe » et énervée. « C'est un retour à la case départ — donc dans une ambiance plutôt pacifique, jusqu'à ce qu'il se passe à nouveau quelque chose. » 

Des oeuvres réalisées avec des bananes qui représentent Haïlé Sélassié, le dernier empereur d'Éthiopie (Photo de Sally Hayden / VICE News) 

Nombre de Rastafaris s'organisent désormais pour renforcer la sécurité autour d'eux — notamment en engageant des gardes pour surveiller leur propriété, ou en achetant des chiens. « Beaucoup de prières pour la sécurité », dit Lorna en rigolant.

Elle explique qu'il n'y a pas vraiment eu de vengeance et d'augmentation de l'animosité. « Le territoire est devenu un bien très précieux, et en Éthiopie vous n'avez pas le droit de posséder un terrain, vous l'occupez c'est tout. Mais puisque c'est tellement précieux, c'est comme de l'argent pour les gens. »

Shashamane est située au coeur de la région d'Oromia — où des manifestations meurtrières contre le « plan général » du gouvernement ont eu lieu aux cours des derniers mois. Ce plan prévoit d'étendre Addis Abeba jusqu'aux terres agricoles qui encerclent la ville.

Au moins 140 personnes — principalement des étudiants — auraient été tuées par les forces de sécurité gouvernementale lors de ces manifestations en novembre.

Des leaders de l'opposition, dont le président suppléant du mouvement fédéraliste d'Oromo, Bekele Gerba, ont depuis été emprisonnés. Dans un email envoyé à VICE News, 10 jours avant de se faire arrêter chez lui, Gerba expliquait qu'il avait l'impression que les manifestations — l'un des « événements majeurs » de la corne de l'Afrique — n'étaient pas assez couvertes par les médias. 

« La réalité n'a pas tué le rêve. »

Lorna explique que pour de nombreux Éthiopiens, le plan général d'Addis Abeba signifie qu'ils vont être contraints de diviser leur terrain en plusieurs parties et d'en mettre à vendre. « Donc je pense qu'il y a un peu de jalousie quand ils voient que nous avons toujours nos terres, » croit deviner Soeur Lorna. Selon elle, la mort de Simeon pourrait en partie s'expliquer par cette rancune.

D'après Lorna, nombre d'Éthiopiens, qui vivent à Shashamane depuis des décennies, ont fermement condamné la mort de Simeon, faisant passer leurs condoléances à ses amis et à la communauté rastafari.

Mais elle explique que la ville grandit rapidement — il y a déjà plus de 100 000 habitants — ce qui ajoute au malaise actuel. « Nombre de nouveaux habitants viennent d'arriver et ne nous connaissent pas, » dit-elle. « Ils sont ultra-majoritaires et on a un peu peur de cela, parce qu'on était habitué à ce que Shashamane soit vraiment pour les Rastas. Avant il y avait aussi d'autres gens, mais on était plus nombreux qu'eux. »

Des gens gravitent autour des infrastructures, fait remarquer Lorna. « Shashamane est devenue un point de passage pour beaucoup de gens qui viennent d'horizons différents… Cela a vraiment changé l'ambiance de vie pour les Rastafaris qui vivent à Shashamane. Cela ne s'est pas passé comme on l'avait prévu. Ça a beaucoup changé maintenant. » 

(Photo de Sally Hayden / VICE News)

Simeon était membre des Douze Tribus d'Israël, un ordre particulièrement organisé — un « manoir » — du mouvement Rastafari. Quand VICE News s'est rendu dans leurs quartiers généraux de Shashamane, deux mois avant le meurtre, plusieurs septuagénaires étaient assis sur un banc en bois à l'intérieur de ce complexe protégé. Ils nous ont offert un joint, avant qu'un homme coiffé de dreadlocks commence à nous expliquer comment ses ancêtres avaient été traités dans son pays natal. « Je n'ai plus besoin de travailler ici, j'ai échappé à l'esclavage, » a-t-il expliqué. « Voilà comment les Noirs étaient traités en Jamaïque — vous le sauriez si vous connaissiez l'histoire. »

En dehors du manoir, on a entendu des locaux faire référence aux Rastafaris en utilisant le terme de « singes », tout en disant qu'ils désapprouvaient leur manque d'éthique professionnelle. Beaucoup avaient aussi du mal avec leur consommation de marijuana. Si le khat (un stimulant) est largement consommé dans toute l'Éthiopie, le cannabis y est illégal.

En revanche, l'utilisation sacrée du cannabis, pour célébrer la foi rastafari, a été légalisée le 15 avril 2015 en Jamaïque.

L'Éthiopie n'est pas le seul pays où les Rastafaris font face à des difficultés. Des fidèles sont disséminés un peu partout dans le monde — au Botswana, au Japon, à Madagascar, et en République démocratique du Congo. Mais ils ne font pas tous face aux mêmes types de problèmes. Au Malawi par exemple, les enfants n'ont pas le droit de porter des dreadlocks à l'école.

* * *

« Personne ne mérite de mourir comme ça, » estime Giulia Bonacci, une historienne et chercheuse à Institut de Recherche pour le Développement en France. Bonacci est elle-même Rastafari et a écrit un ouvrage intitulé Exodus ! L'histoire du retour des Rastafariens en Éthiopie.

« En Éthiopie, il n'y a pas [d'autres] communautés d'étrangers, venant du monde entier, qui [ont essayé] de s'installer et de s'intégrer à ce niveau de la société éthiopienne : dans une ville moyenne, loin de la capitale du pays, » fait remarquer Bonacci, pour expliquer pourquoi la ville de Shashamane la fascinait. « C'est à la fois une communauté très particulière et quasiment abandonnée, même si les retours continuent. C'est justement un aspect de mon travail de recherche : voir comment le mythe peut surpasser la réalité à cet égard. »

« La réalité n'a pas tué le rêve, » ajoute Bonacci. « Les derniers arrivés se sont adaptés à un nouvel environnement, de nouvelles connaissances, de nouveaux défis, et ils font de leur mieux pour se développer, ainsi que faire grandir leurs business et leur communauté. » Ils font tout cela sans papiers d'identité, insiste Bonacci, parce qu'ils n'ont pas reçu le droit à la citoyenneté. Ainsi, en sous-main, se pose la question de leur existence en tant que descendants d'esclaves — et ce à quoi cela leur donne droit. « Quel est leur droit à s'installer en Afrique aujourd'hui ? » 

Les règles à suivre pour rentrer dans l'un des lieux de culte Rasta. (Photo de Sally Hayden / VICE News)

Au cours de la dernière décennie, d'autres complications ont été plus pressantes mais selon Bonacci, « Aujourd'hui, ce qui est vraiment en jeu, c'est la reconnaissance de la communauté et l'acceptation de ce qu'elle peut apporter au développement local. Depuis la révolution éthiopienne de 1974, le gouvernement n'a jamais mis en place une politique pour les Rastas. S'ils sont certes tolérés, ils ne sont pas non plus formellement intégrés ou inclus par le gouvernement. »

Bonacci détaille la position précaire que les Rastafaris occupent encore aujourd'hui — une précarité principalement due au fait qu'ils n'ont pas de papiers d'identité, donc pas de compte en banque, ni la possibilité de monter un business. Ce sont les plus jeunes qui en souffrent le plus explique Bonacci, parce qu'ils « sont nés en Éthiopie, y ont grandi, sont allés à l'école ici, parlent les langues éthiopiennes — mais n'ont pas le droit à des papiers d'identité. »

Tout le territoire éthiopien a été nationalisé après la révolution de 1974, pendant laquelle Selassie s'est retrouvé emprisonné (il meurt un an plus tard). « Depuis, et même si le gouvernement éthiopien a donné puis retiré le terrain aux Rastafaris à de multiples reprises, il n'y a pas d'accord formel concernant le don des terres consenti par Selassie. Le quartier et le contexte ont tellement changé que je ne suis pas sûr qu'ils puissent un jour récupérer leurs 200 hectares, » craint Bonacci.

Bonacci pose l'hypothèse que les Éthiopiens locaux sont un peu jaloux des Rastas. « Il s'agit de gens qui quittent New York, Londres, et pour rejoindre l'Éthiopie — un pays où la pression démographique est forte, et que les jeunes rêvent de fuir… [Les Éthiopiens] ont du mal à comprendre pourquoi des gens quitteraient New York pour venir s'installer à Shashamane. »

La chercheuse estime qu'il est injuste de dire que les Rastas ne travaillent pas — en réalité, le taux de chômage des Rastas est semblable à celui du reste des Éthiopiens, qui est relativement haut. 

Sandrine, qui gère le Zion Train Lodge à Shashamane. (Photo de Sally Hayden / VICE News) 

Le petit-neveu de Sélassié, Asfa-Wossen Asserate, a 67 ans aujourd'hui. Nous l'avons rencontré à Londres, pour la sortie d'un livre. Le membre de l'ancienne famille royale étudiait à l'étranger pendant la révolution de 1974, pendant laquelle nombre de membres de sa famille ont été emprisonnés — certains pour des dizaines d'années.

Depuis, il est retourné à Shashamane, plusieurs fois. « Je pense que c'est un endroit très intéressant, où ils font beaucoup de bonnes choses pour montrer aux Éthiopiens ce qu'est la théorie verte, travailler avec des composants non chimiques, etc. » dit-il.

Cependant, il n'est pas vraiment fan du cannabis, et pense qu'il est « bizarre » que cette plante soit liée d'une quelconque manière à Sélassié. « Ils ne devraient pas en fumer. Ce n'est pas l'exemple que l'on veut donner aux jeunes Éthiopiens. Nous avons suffisamment de problèmes, vous savez. Ils ne devraient pas demander aux gens d'accepter qu'ils fument de la ganja et de laisser croire qu'il s'agit d'une drogue non-nocive. » 

Un plant de cannabis à l'intérieur d'une propriété rastafari. (Photo de Sally Hayden / VICE News) 

Dans un pays comme l'Éthiopie « où nous avons besoin de gens qui travaillent avec un esprit clair, aucune drogue n'est acceptable, » explique Asserate.

Le culte des Rastafaris pour Haïlé Sélassié est inspiré des mots du leader nationaliste noir Marcus Garvey, qui a déclaré en 1920 : « Regardez vers l'Afrique, où un roi noir devrait être couronné, pour le jour de délivrance. » Nombreux sont ceux à avoir interprété ces paroles comme la prémonition du couronnement de Sélassié. Avant cela, le roi était connu sous le nom de Ras Tafari Makonnen.

Le petit-fils de Sélassié, le Prince Zere Yacob vit toujours à Addis Abeba. Plusieurs Rastafaris nous ont confié qu'ils continuaient de vouer un culte au successeur de Sélassié quand il vient à Shashamane.

Depuis Londres, Asserate dit qu'il admire les Rastafaris pour leur « attitude panafricaine », mais il ne peut s'empêcher de penser que de déifier Selassie est « le plus grand des blasphèmes. »

« Si cela leur chante, ils peuvent croire en ce qu'ils veulent, mais n'incriminez pas l'empereur en déclarant que lui aussi croyait en ça — ce qui est faux. » 

Des taxis dans une rue de Shashamane. (Photo de Sally Hayden / VICE News) 

Asserate dit qu'il a lui aussi entendu parler de tensions à Shashamane à cause de l'origine des terres des Rastafaris. Il se sent « vraiment mal » quand il pense aux lois qui empêchent les Éthiopiens de posséder complètement des terres. « Je ne pense pas que la location soit la bonne solution à suivre pour l'agriculture en Afrique, parce que les terres sont magiques pour les fermiers africains. Ils pensent que c'est la seule chose qui est éternelle sur cette planète. Ainsi, ils veulent avoir un bout de cette éternité, et surtout, ils veulent léguer cette part d'éternité à leurs enfants. »

« Quarante ans après la révolution, le fermier éthiopien n'est toujours pas propriétaire de la terre qu'il cultive, » précise Asserate. « Hier, ce fermier était le locataire de l'aristocratie éthiopienne, et désormais, depuis 40 ans, il est le locataire du gouvernement. »


Suivez Sally Hayden sur Twitter : @sallyhayd

Cet article a d'abord été publié sur l'édition anglophone de VICE News

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