Waka Flocka Flame m’a appris le Man Code

Tout le monde attend quelque chose de Waka Flocka Flame – moi y compris. Il y a d’abord son agent, une meuf qui le force à se pointer dans tous les endroits où il pourrait se rendre « visible ». Seulement parfois Waka Flocka Flame ne veut pas aller dans ces endroits et faire des trucs qu’il ne veut pas faire. Officiellement, elle bosse au service communication de son label mais en réalité, elle a l’air de continuellement l’épauler, comme si elle était sa mère. C’est assez bizarre quand on y pense, parce que sa mère est aussi l’un de ses managers et, bien qu’elle ne se soit pas présentée durant ma longue journée avec Waka, j’imagine qu’elle ne donne pas autant d’ordres à son fils que son agent.

Quoiqu’il en soit, French Montana, rappeur signé sur Bad Boy, le label de P. Diddy – et alcoolique notoire – finit toujours par appeler Flocka pour aller se la coller dans un club de strip-tease. Le frère de Flocka, Wooh Dah Kid, et Frenchie – un autre mec qui n’a absolument rien à voir avec French Montana – veulent tous que Waka les aide à devenir célèbres grâce à leur appartenance au Brick Squad.

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Les journalistes de VICE m’ont donc confié la fabuleuse tâche de passer une journée entière avec monseigneur Flame pour qu’il réponde à mes questions les plus merdiques – et aussi, se farcir une journée entière en ma compagnie. Après avoir accepté cette mission délicate, j’ai passé quelque chose comme 15 heures d’affilée avec Waka. En gros, voici ce qui s’est passé.

10h45, je pénètre dans une salle de réunion, au milieu des bureaux d’un célèbre magazine rap avant de trouver Waka en pleine interview. La première chose qu’il a fait en m’apercevant a été de me lâcher un « T’es qui toi ? »

« Je m’appelle Drew, on est censé passer la journée ensemble. »

Il m’a répondu : « Tu taffes pour qui ? »

« VICE Magazine. Pour faire simple, c’est un magazine, mais pas comme The Source. »

À ce moment-là, Waka a marqué une pause avant de râler. « Je l’aime pas ce magazine, va falloir que tu te tires. » L’atmosphère était devenue pesante et je ne m’étais pas senti aussi mortifié depuis mes 12 ans quand mes parents m’ont annoncé la mort de ma grand-mère. Waka m’a regardé en ricanant, sûrement parce qu’il pouvait remarquer l’expression d’horreur qui emplissait mon visage. Du coup il m’a dit qu’il se foutait gentiment de ma gueule, que ce n’était qu’une blague. Il m’a aussi dit que je devais attendre dans l’entrée avec ses gardes du corps parce que l’interview qu’il donnait était exclusive. J’ai appris plus tard que Waka était une personne plutôt joviale et souriante.

Arrivé dans l’entrée, je me suis présenté aux gardes du corps. Ils s’appelaient Chello et Steve. Chello était un type de deux mètres assez déconneur. Son nom se prononce phonétiquement « Tchello », en forçant bien sur les première lettres avec l’accent italien. Steve était un type un peu plus petit qui passait sont temps à parler de tout et de rien. On a passé pas mal de temps à parler de la musique de Waka et de comment un rappeur peut générer de la street cred’. Selon eux, ce serait relativement simple : vous pondez une tape que vous envoyez à vos frères en taule pour qu’ils puissent écouter vous morceaux avec un casque transformé en enceintes – il faut les ouvrir puis se servir de la coque en plastique comme d’une caisse de résonance. Par cet habile mécanisme, tout le monde peut ainsi en profiter. Si ces types pensent que votre musique défonce, ils iront en toucher une paire de mots à leur potes du quartier le jour de leur libération. C’est un peu comme si votre frère aîné revenait de la fac pour la Toussaint avec une version améliorée de votre disque de Flip your Wig de Hüsker Dü. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour Waka au moment où il avait sorti se première mixtape, Salute Me Or Shoot Me. C’était la première fois de sa vie qu’il s’essayait au rap. En réalité, depuis le début de sa carrière, Waka a toujours été populaire.

Waka est sorti de son interview avec un grand sourire. Il est gigantesque. De près, il ressemble à un linebacker : il doit faire 1m90 et peser dans les 100 kilos. Il portait un pantalon rose et un t-shirt flanqué d’un « 420 » aux couleurs de la Jamaïque. Chello lui a dit que je « ferai partie du Brick Squad pour la journée. » Apparemment c’est tout ce dont il avait besoin. Il m’a ensuite pris par les épaules en m’entraînant dans les escaliers ; c’était étrangement réconfortant. « Brick Squad toute la journée mec ! Tu vas t’allumer un stick et sortir ; prépare toi à te faire pé-pom ! »

« Pé-pom ? »

« Tu vois ce que je veux dire, mec ? » De là il a commencé à bouger sa tête de haut en bas comme s’il picorait un truc – j’ai compris dans la minute ce qu’il voulait dire. Juste après, on a passé environ trois minutes à disserter pour savoir si la fellation m’était permise, même si j’avais une copine. Permission accordée selon lui, mais je lui ai rétorqué que je n’en avais même pas envie. Il avait vraiment l’air déçu, mais il a précisé qu’il me respectait pour ne pas avoir cédé sous la pression. « Tu sais qui tu es. » Selon lui, garder son sang froid, c’est un truc de vrai gars. Waka Flocka est un mec qui suit fidèlement la même ligne de conduite depuis 20 ans. On est ensuite monté dans un SUV avec chauffeur loué par son label, et une fois à l’intérieur, il s’est mis en tête de m’expliquer ce qu’était son mystérieux « Man code ».

CODE DE LA MASCULINITE SELON WAKA FLOCKA ET CHELLO

  1. NE JAMAIS PERCER LE BOUTON D’UN BRO, SURTOUT SUR LE VISAGE.
  2. NE JAMAIS RETIRER AVEC LES DOIGTS UN TRUC DES CHEVEUX D’UN BRO. ON PEUT LE RETIRER AVEC UNE BROSSE, MAIS PAS AVEC LES DOIGTS.
  3. SI VOUS FAITES UN TRUC S’APPARENTANT À UN TRUC BIZARRE, DITES « NO JELLY » AFIN DE PROUVER LA NON-BIZARRERIE DU DIT-TRUC.

Le Man code est important aux yeux de Waka parce qu’il est certain que c’est aussi le genre de trucs auxquels se réfèrent les gens normaux et non-célèbres. La célébrité est une notion floue que Waka semble embrasser et rejeter en même temps. Alors que nous nous rendions vers les locaux de MTV sur Time Square – où il s’apprêtait à faire la promo de son nouvel album Triple F Life: Friends, Fans and Family – Waka me montrait des photos de filles sur son smartphone, en me demandant s’il devait se les taper ou non. Elles étaient toutes uniformément belles, et j’ai fini pour répondre oui à chaque photo qu’il me présentait, à part pour une afin de montrer que j’avais du goût en matière de pépé (NO JELLY). Je lui ai demandé s’il avait déjà couché avec des filles célèbres. Il m’a répondu que ça lui était déjà arrivé « six ou sept fois » et que c’était toujours plus bandant que de se faire de parfaites inconnues. Les photos défilaient, beaucoup le montraient en train de poser seul – façon MySpace, en brandissant l’appareil devant un miroir. Son téléphone a sonné, la sonnerie étant bien entendu l’un de ses morceaux. Il a laissé son téléphone sonner pendant quelques secondes avant de presser la touche « ignorer ».

Sur le chemin d’une nouvelle salle de réunion où Waka allait encore faire la promo de son album – cette fois-ci, à des executives de MTV – nous avons croisé le chemin d’environ huit meufs. Waka a essayé de se les faire – car la première chose à savoir avec Waka, c’est qu’il drague 24/24h. Après avoir flirté avec une femme d’âge mûr de chez MTV, il m’a sorti : « J’aime bien les mamans de Stifler, tu sais, comme dans American Pie. »

« Ah, des MILFs ? »

« Ouais c’est ça, mais je veux une Gilf moi » m’a-t-il répondu avec un clin d’œil.

Dans la salle, Waka a fait tourner plusieurs morceaux extraits de son nouvel album. Même si celui-ci est censé sortir dans un à deux mois, Waka enregistre encore des titres aujourd’hui, dans l’idée de les inclure au produit final. Il a appelé le disque Triple F Life: Friends, Fans and Family parce qu’il aime ses fans et qu’il essaie de trouver le juste milieu entre cet attachement et le fait que sa maison de disques le force à collaborer avec des tonnes de mecs célèbres. Certains de ces titres sont fantastiques ; son featuring avec Bun B et Ludacris est un des trucs les plus violents que j’ai entendus cette année, un autre enregistré avec Alley Boy et Slim Thug est tout aussi fou. Tout n’est pas génial ceci dit. J’ai entendu un track avec Flo Rida plutôt affligeant. Un autre morceau, « Fist Pump » avec B.o.B, est bien meilleur en vrai que sur le papier. Il est construit à partir d’un horrible sample eurodance, et peu à peu, le beat de départ se transforme en une lente marche flippante pendant que Waka et B.o.B gueulent qu’ils iront se « bourrer la gueule dans le New-Jersey ».

Triple F est une sorte de tentative mercantile badass destinée à transformer Waka en pop-star. Waka avait entrevu cette possibilité avec son premier opus Flockaveli, un assaut sonore bâti autour d’un mur du son apocalyptique et synthétique, le tout sur fond de détonations de mitrailleuse, avec Waka vociférant des appels à l’ultraviolence. L’album avait, à l’époque, marqué un tournant radical dans l’histoire du gangsta rap. Bien qu’il s’agissait principalement de musique d’accompagnement pour émeutiers survénères, Flockaveli comportait aussi le titre « No Hands ». Rempli de cuivres synthétisés et avec cette mélodie évidente dès la première écoute « No Hands » n’est pas devenu un hit gigantesque par hasard. En voici les raisons :

A. C’est un titre taillé pour les clubs qui tourne globalement autour de la fellation.

B. Le tempo de l’outro permet un enchaînement parfait avec Look At Me Now de Chris Brown – probablement le morceau rap le plus écouté l’année dernière.

Même un branleur de DJ peut enchaîner « No Hands » et « Look At Me Know » puis se barrer de la soirée foireuse pour laquelle il mixe. Ce genre d’heureuse coïncidence est souvent difficile à obtenir deux fois. D’où le titre « I Don’t Really Care », dont la vidéo a été diffusée lors de la réunion chez MTV. C’est exactement le genre de truc que Waka doit faire : son refrain porté par les voix du chanteur R&B Trey Songz se focalise sur la propension de Waka à n’en avoir rien à battre. Les couplets aux rimes savamment distribuées par Waka portent à peu près sur la même chose. Après l’avoir écouté, je serai particulièrement chaud pour éclater les couilles de n’importe qui – ce qui est l’objectif de n’importe quel morceau de Waka Flocka – et je peux facilement imaginer des mecs bourrés danser dessus – ce qui est l’objectif de n’importe quel bon morceau de pop-rap. Il y a quand même un petit soucis avec « I Don’t Really Care ». Selon les dires de Chello, Waka détesterait le clip du morceau – ça se passe dans une galerie d’arts, et on voit des gens exploser des trucs chers sans que personne ne les en empêchent. Waka a serré les dents lors du visionnage de la vidéo, montrant autant d’enthousiasme qu’un type qui essaierait de revendre une Fiat Panda pourrie. Une fois la vidéo terminée, Waka m’a fait un signe de la tête. J’ai compris qu’on se tirait.

On est allés sur un photoshoot. Alors qu’on était de plus en plus retard, Waka a réalisé qu’il avait oublié sa « paire de bottes » à l’hôtel, au fin fond du Queens. C’était le point de non retour – il avait l’obligation de se faire photographier avec sa paire de Timberland beiges au pieds. Le problème avec ces pompes, c’est qu’au moment de l’interview elles étaient un produit « hors saison » et donc peu de magasins les proposaient dans leurs rayons. Il a pris son iPhone et a dit « Timberland » dans l’espoir que Siri puisse lui indiquer la bonne direction. Siri n’avait pas l’air de comprendre, il a donc dû recommencer l’opération une seconde fois ; toujours rien. Au troisième essai il a prononcé « Timberland » avec une précision chirurgicale et Siri lui a sorti qu’il n’y avait aucun magasin dans le coin. Waka était contrarié. C’était la première fois de la journée que je le voyais faire sa diva – ce qui est impressionnant, compte tenu de sa notoriété. Mais cinq minutes plus tard, Waka avait retrouvé son sang froid. Il venait juste d’ouvrir son ordinateur portable – « pas de Tims ? Pas de problème. » Le fond d’écran le représentait en train de chevaucher un moto. Il s’est mis à écouter sa propre musique et a sorti « Je jure devant ce putain de Dieu que je n’invente rien. En ce moment, je me demande si je pourrais créer ma propre langue. » Des six personnes présentes dans la caisse, personne n’a réagi.

On est arrivés sur le shoot photo 10 minutes plus tard. La paire de Tims beige s’était matérialisée comme par enchantement sans que personne ne sache vraiment comment elles avaient atterri là.

Un coiffeur était présent, il s’est occupé de Waka puis de Steve et Chello. Je me suis senti un peu blessé à l’idée de ne pas me voir proposer une coupe de cheveux – je devais être un membre temporaire du Brick Squad, et certains privilèges ne sont offerts qu’aux membres à part entière du crew. Waka s’est allumé un joint et a commence à siroter du vin de cubi – c’est son préféré. Il avait l’air heureux, un type passait sa musique à un volume infernal. Il était enfin temps qu’il se fasse tirer le portrait.

Je suis éloigné du shoot dont certains détails ont été gardés secrets. Je dirais donc que Waka se serait fait photographié par un « gros magazine rap dont la rédactrice-en-chef lui aurait demandé de poser avec son chien – la pauvre bête étant affublée d’un sombrero. Waka aurait accepté, sous prétexte qu’il aime bien les animaux.

Alors que je regardais Waka hurler en se trémoussant devant l’objectif, j’ai remarqué qu’il possédait un attribut que toute bonne célébrité se doit de posséder : d’énorme globes oculaires. À ce moment-là, j’avais déjà changé d’avis sur les nouveaux morceaux de Waka ; ils déchirent tous – même ceux qui craignent. Chello s’est pointé à côté de moi en brandissant ce qui restait du joint de Waka après avoir tiré dessus. Il me l’a passé. On ne m’avait jamais offert un joint de rappeur.

Je me suis mis à être suspicieux envers tout le monde, moi y compris. Après avoir mis de l’ordre dans mes pensées, j’ai demandé à Chello « C’est pas un peu cliché, ce truc du petit nerd blanc qui se défonce la gueule avec le crew d’un rappeur star ? » Il m’a répondu « Putain, mais de quoi tu parles ? » Un peu décontenancé, j’ai marqué une pause avant de dire « Ouais, oublie. »

Steve et Chello s’étaient foutus à l’écart pour parler ensemble. J’imaginais qu’il parlaient de moi et d’à quel point j’agissais comme le dernier des nerds. Quelques minutes plus tard, Chello est venu parler de rap avec moi ; j’ai compris qu’en réalité, ils parlaient de trucs chiants de gardes du corps et que ce joint m’avait simplement rendu parano. Il m’a parlé de Playa Fly – un rappeur du sud des États-Unis, ex-Three Six Mafia et précurseur de l’imagerie Waka. Beaucoup de gens pensent que la musique de Waka Flocka ne repose sur rien, mais si on écoute attentivement on s’aperçoit que les éléments stylistiques antérieurs étaient là juste sous votre nez. Les grognements informes de Playa Fly permettent de saisir le flow de Waka. On pense aussi au début de No Limit Records à l’époque où ils agrémentaient leur musique de sons gutturaux qui – comme Waka – avaient tendance à éclipser leurs paroles. Le groupe avait alors recours  à des productions « proto-flockiennes » qui favorisaient la violence au détriment de trucs nuls comme la « mélodie », la « structure » ou encore la « profondeur sonore ». Malheureusement Playa Fly n’a jamais trouvé son public, de même que les No Limit soldiers qui ont disparu de la circulation.

Ceci étant, j’ai le sentiment que Waka Flocka est là pour durer. Il a beau être toujours en train de gueuler, il y a une véritable sensibilité artistique derrière tout ça. Ces refrains rentrent insidieusement dans votre tête – et y restent. L’enthousiasme guilleret dont il fait preuve en sortant des lignes type Bitch I’m drunk! Bitch I’m drunk! Bitch I’m drunk! Bitch I’m drunk! (« Fuck Da Club Up » sur Flockaveli) ou I wish I had two dicks ! ( « Wingz » sur Lock Out,sa mixtape commune avec French Montana) transforme instantanément tout ce qu’il dit en un hook surpuissant.

La séance photo terminée, il était déjà l’heure de se barrer. Waka est en couverture du dernier SPIN et il avait un concert à donner dans Soho. On a grimpé dans la caisse et on a décollé. En chemin, la conversation s’est orientée sur le type de personnes qui viennent aux concerts de Waka. Il s’agit d’un public varié, qui va bien au delà du fan de rap traditionnel – en fait, c’est n’importe quel jeune d’entre 15 et 28 ans. Étant donné que j’étais le seul blanc du groupe, tout le monde a commencé à me demander pourquoi mes semblables étaient tellement à fond sur la musique de Waka. Encore un peu défoncé, j’ai galéré à trouver une réponse satisfaisante. Waka s’est porté à mon secours avec une explication qui a botté le cul à tous les réponses que j’avais essayé de rassembler dans mon esprit enfumé : « Tout le monde peut être crunk, frère. » Fin de la discussion. Waka a ensuite passé un coup de fil à Trey Songz pour savoir si d’aventures il allait à la même soirée que nous. Réponse de l’intéressé : négatif.

Si vous n’êtes jamais allé dans une teuf organisée par un magazine de musique, prenez garde le jour où ça vous arrivera – elles sont vraiment chelou. La plupart du temps, elles grouillent de musicos chiants, de journalistes et de pleins de types du circuit, du coup quand vous parlez à un mec vous avez un sentiment dégueulasse de toujours parler de votre travail. Devant le club, French Montana et Wooh Da Kid nous ont rejoint ; on s’est ensuite traîné jusque dans le carré VIP de la boîte. De nous tous, French était le plus excité. Il a passé son temps cloîtré dans le carré VIP à s’envoyer de l’alcool gratos et à fumer toute sa dope.

L’ambiance de la fête commençait à décoller, c’est le moment qu’a choisi Waka pour faire son petit tour de la boîte. Il a dragué toutes les rates croisées sur son chemin, posé pour des photos et déconné avec tous les gonzes présents ce soir-là. C’est con, parce que si Waka n’était pas un ancien dealer de crack parlant de buter des types pour le fun dans ses chansons, il serait un candidat redoutable à l’élection présidentielle. Je suis ensuite parti à la recherche du bar, étant obligé de payer mes bières avec propres deniers.

Lorsque Waka a grimpé sur la scène, il s’est transformé en boule de feu. Lui et le Brick Squad dégageaient tellement d’énergie qu’ils ont réussi à transformer toute la foule de gens sages en une horde d’émeutiers prêts à cramer votre caisse à coup de cocktails Molotov. Son set a été très court – 30 minutes à tout casser – mais quand même plus long que les quatre morceaux prévus initialement. Alors que j’étais assis dans le carré VIP, Steve est venu me parler. Putain j’avais le droit de monter sur scène avec le Squad. J’étais fou : tout le monde peut être crunk, frère.

À une heure du matin, un sentiment de liesse a commencé à m’envahir. La soirée défonçait, il y avait des tonnes de gens à rencontrer, des dizaines de clubs différents. A ce moment Waka avait découvert que ses potes Alley Boy et Trouble étaient dans le coin, et il a décidé qu’on devait passer le reste de la soirée avec eux. Notre groupe formait un petit convoi composé de 4×4 avec chauffeurs flanqué par Wooh et Frenchie, qui conduisaient des voitures plus petites.

Le portable de Waka s’est mis à sonner ; c’était French Montana, visiblement bourré. Le volume était au maximum. Il avait échoué dans un club de strip-tease du Bronx, mais de notre côté, on devait aller dans un club de Chelsea où se trouvaient, selon la rumeur, Ne-Yo et Fabulous.

La queue à l’extérieur du club foutait la pression. Tout le monde avait l’air pété de thunes et était vraiment remonté à l’idée de ne pas pouvoir rentrer. Même si la plupart des gens présents ce soir-là avaient au moins autant d’argent que Waka, il était quand même bien plus connu que n’importe qui. Logiquement, il a décidé qu’il n’avait pas envie de faire la queue avec eux. Tout le monde – sauf Waka – a sauté hors des SUV pour aller négocier avec les vigiles à l’entrée : au moins sept d’entre-nous ont sorti cinq fois « Waka Flocka est avec nous mec. » « On fait venir d’autres gens si vous êtes assez cool pour nous faire entrer. » Visiblement, le vigile n’en avait rien à foutre. Tout le monde a dû faire la queue –  même le mec à l’origine de « No Hands. »

On a bien essayé de négocier une nouvelle fois, mais rien de très convaincant. Finalement, Waka a abaissé sa fenêtre. En quelques secondes, on aurait dit qu’une barrière invisible venait de se briser. Une horde de clubbers hystériques ont essayé de parler à Waka ou gueulaient son nom de loin. Il a ensuite remonté sa vitre. Ce qui le rend si heureux d’interagir avec ses fans, c’est qu’il a le sentiment de justifier la raison pour laquelle ils se sont levés le matin. Pourtant, les gens qui ont essayé de l’atteindre ce soir-là l’envisageaient plutôt comme un phénomène de foire. Ce club était à chier – autant que les gens qui s’y trouvaient. En route pour la boîte de strip-tease du Bronx.

Mon premier instinct a été de rester collé au Brick Squad pour quelques heures de plus. J’ai pensé que je pourrais dire à mes petits enfants : « Je me suis fait un club de strip-tease dans le Bronx avec Waka Flocka et French Montana. » Mais, j’ai senti que si je me décidais à les suivre, j’allais doucement violer une des règles essentielles du Man code. Il existe une limite claire entre le fait de traîner avec quelqu’un simplement pour le plaisir et se la péter auprès de ses potes. Pas besoin d’être un génie pour savoir de quel côté j’avais échoué ; si je restais, je ne valais pas mieux que les connards hystériques qui s’étaient rués sur Waka quelques minutes plutôt. Il était l’heure de se casser.

Quelques minutes avant de rejoindre la station de métro la plus proche – et donc la réalité – Waka Flocka a abaissé sa fenêtre une nouvelle fois pour me demander si j’avais tout ce qu’il me fallait pour l’article.

J’ai répondu « Ouais, mec. Je pense que ça va. » On s’est serré la main et c’en était terminé.

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