Un fêtard suisse converti au militantisme prépare un cocktail très spécial
Quand, l’année dernière, le reste de la planète a été secoué par les émeutes et les soulèvements révolutionnaires, la Suisse n’a, comme on pouvait s’y attendre, pas bronché. Le pays doit cela à sa célèbre neutralité, son assurance maladie, son faible taux de chômage (2,9 pour cent) et au fait que ses syndicats travaillent main dans la main avec le gouvernement. Zurich, la plus grande ville du pays, est régulièrement citée comme l’une des métropoles où il fait le plus bon vivre au monde, même si en réalité, on s’y fait un peu chier.
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Les petits rebelles suisses auraient pu passer leur temps à se morfondre du manque d’occasions de laisser exploser leur rage. D’un autre côté, ils pouvaient aussi décider de canaliser leur haine du monde entier en gobant du MDMA en masse dans des rallyes dubstep où toute sieste est prohibée durant au moins 48 heures. C’est ce qu’ils font, d’ailleurs.
Ce genre de comportement ne posait de problème à personne, jusqu’à ce que l’été dernier, des flics – ces mecs qui ne supportent pas voir d’autres personnes s’amuser – ne commencent à interdire ces rendez-vous de joyeux fêtards. Déjà, entre 10 et 15 de ces spots avaient été réduits au silence le 3 septembre 2011, quand la police a mis fin à une autre de ces manifestations nocturnes.
Les teufeurs ont alors décidé qu’ils en avaient assez, et, à grands coups de SMS et de réseaux sociaux, ont organisé une série de fêtes et manifestations pas très catholiques sur la place Bellevue de Zurich. La situation a rapidement dégénéré en émeutes.
Armés de matériel festif – dont un sound-system géant et des montagnes de caisses de bières – plus d’un millier d’ados ont envahi la place, cœur du réseau de transports en commun de la ville. À 23 heures tapantes (même les teufs commencent à l’heure en Suisse), des enceintes sursaturées ont commencé à cracher des beats, distorsion à fond, transformant soudainement l’ambiance paisible du lieu.
Quelques minutes plus tard, les hommes en bleu sont arrivés en tenue d’émeute et la jeunesse zurichoise a rapidement compris que la vie, ce n’était pas comme dans un clip d’anarcho-punk, et qu’on ne pouvait pas faire la fête dans la rue délibérément sans s’attendre à quelques cassages de gueule. Des teufeurs-manifestants sont montés sur un abris de tram, et, bien évidemment, la police leur a intimé l’ordre d’en descendre. Comme la forces de l’ordre avaient sorti l’artillerie lourde, les teufeurs ont fait de même : masques, liquide inflammable et environ 2 000 bouteilles de bière. Les pierres volaient, les vitrines explosaient, les poubelles brûlaient et la fête a officiellement « dégénéré ».
Quand la fumée s’est dissipée, on comptait environ 90 000€ de dégâts, deux blessés et 91 arrestations (parmi les inculpés, six seulement étaient âgés de plus de 25 ans). Évidemment, il a fallu trouver un coupable, et le commandant de la police municipale Philipp Hotzenköcherle a tout mis sur le dos des « touristes de la casse » (les casseurs, quoi), concept encore nouveau en Suisse et qui devrait faire naître quelques aspirations de carrière dans le pays. Roger Tognella, leader du Parti libéral-radical (Freisinnig-Demokratische Partei, FDP) a funestement émis l’hypothèse, lors d’une émission de radio, que si d’autres émeutes devaient survenir, l’armée serait en mesure d’intervenir. Des tanks qui déambulent dans les rues de Zurich pour lutter contre une poignée de jeunes fêtards qui écoutent du dubstep ? Au moins, ça donnerait à la jeunesse une occasion de gueuler.
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(Photo by Gilbert Flores/Variety via Getty Images) -

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