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À la rencontre du mec qui photographie les jets des multi-milliardaires

« Les Kardashian sont très riches, mais pas aussi riches que les riches avec lesquels je travaille. Ils sont pauvres en comparaison. »

par Julian Morgans
11 Septembre 2017, 5:00am

Toutes les photos sont de Nick Gleis

Pour une petite fraction de l'élite mondiale, un milliard de dollars ne représente pas grand-chose. Un milliard de dollars équivaut au rachat d'une startup de la Silicon Valley. Un milliard, c'est ce que les industriels chinois gagnent en fabriquant des iPhones et des hand spinners. Il s'agit d'une coquette somme, c'est certain, mais elle vous permettra tout au mieux de voler à bord d'un Gulfstream, d'un Cessna ou autre jet insignifiant.

Pour la famille royale saoudienne et une poignée d'oligarques russe, « riche » veut dire une tout autre chose. Cette clique de multi-milliardaires achète des gros jets commerciaux à Boeing ou Airbus, et les décore de tapis tissés à la main, de boiseries et de beaucoup d'or. Il s'agit d'un milieu privilégié dans lequel il est impossible de rentrer, à moins d'être embauché par les décorateurs d'intérieurs pour photographier les aménagements de ces avions. Du moins, c'est comme ça que Nick Gleis est parvenu à y entrer.

Nick a fait carrière en photographiant les avions de la super élite. Initialement formé à la photographie de paysage par Ansel Adams, Nick est tombé dans l'aviation presque par accident. Il fait ça depuis 30 ans maintenant, et a photographié quelque chose de l'ordre de 1 000 avions. Il nous a parlé de son boulot depuis sa maison en Virginie.

VICE : Salut Nick, explique-moi pourquoi tu aimes autant les avions.
Nick Gleis : Pour être tout à fait honnête, je m'en moque éperdument. Les avions ne me font aucun effet. Ils ne sont rien d'autre pour moi qu'un moyen de locomotion. En revanche, les images photographiques sont ma passion. Je trouve simplement que les intérieurs des avions d'affaires me permettent d'élever ma photographie à un niveau supérieur.

D'accord. Qu'entends-tu par là ?
Je veux dire par là que, quand vous montez à bord d'un jet d'affaires, sa qualité dépasse l'entendement. Un avion peut avoir tout ce que vous pouvez imaginer – tout ce qu'il peut y avoir dans une maison, un appartement ou un château des plus chics. La différence est que vous volez à 800 km/h, donc le poids est un facteur absolu. Imaginez votre table de salle à manger. Sur terre, vous ne pouvez probablement pas la soulever. Mais dans ces avions, vous pouvez en soulever une dans chaque main. L'avion doit avoir la même ambiance et la même fonctionnalité que n'importe quel intérieur, mais avec un poids plus léger et une qualité qui nécessiterait presque un microscope pour être remarquée. Ça me coupe le souffle.

OK, revenons un peu en arrière. Comment as-tu commencé à faire ça ?
Il y a environ 30 ans, je travaillais pour une agence photo à Burbank, en Californie. J'avais 27 ans et une entreprise appelée Tiger Air, qui réaménageait un Boeing 727-100, a passé commande auprès de mon agence afin qu'elle prenne en photo la progression des rénovations toutes les deux semaines. Il faut un an ou deux pour compléter ces avions, et ils voulaient des photos du produit final. C'est moi qui les ai prises.

Et à partir de là, tu es devenu le mec assigné aux avions de luxe ?
Pas vraiment. J'ai vu que c'était une opportunité, alors j'ai contacté une entreprise qui opérait depuis l'aéroport international de Los Angeles sous le nom de Garrett AiResearch – une des plus grosses sociétés d'aménagement d'intérieur au monde. Ils retapaient près de 40 avions par an. C'était vraiment énorme. Je suis allé les voir et les ai suppliés de me donner du travail. Tu connais la suite.

Donc tu les as suppliés de t'embaucher alors que tu te foutais complètement des avions. Qu'est-ce qui t'a motivé ?
L'argent.

Ah, évidemment. J'imagine que c'est un gros cachet.
Tu l'as dit. En fin de compte : Est-ce que tu préfères faire partie du million de photographes de mariage ou des trois photographes d'avions ?

Le deuxième choix sans hésiter. Donc tu fais ça depuis 30 ans. As-tu remarqué des changements de tendances en matière de décoration d'avions ?
L'industrie aéronautique devient de plus en plus conservatrice. L'opulence disparaît rapidement. Les avions de la famille royale saoudienne sont très professionnels. Leur intérieur ressemble un peu à celui des BMW. Ils sont très beaux, comprends-moi bien, mais ils n'ont pas l'élégance des intérieurs réalisés dans les années 1980 et 1990.

Un évier en ormeau.

Donc aujourd'hui, tu ne vois plus d'éviers comme celui-ci, par exemple ?
Non, en effet. Cet évier est fait en ormeau, et on ne voit plus de designs comme celui-ci de nos jours. Ce qu'on voit au milieu, c'est le robinet. Quand vous placez votre main sur le côté droit, vous avez de l'eau froide ; quand vous placez votre main sur le côté gauche, c'est de l'eau chaude. Si vous touchez le milieu, vous obtenez de l'eau tiède. La structure du robinet a été faite à partir d'une seule pièce en aluminium.

Parle-moi des personnes les plus riches du monde.
Je trouve que, de manière générale, les ultra-riches sont des gens très sympathiques. Ce ne sont pas des trous du cul condescendants, contrairement à beaucoup de célébrités américaines. Les Kardashian, par exemple, sont très riches, mais pas aussi riches que les riches avec lesquels je travaille. Ils sont pauvres en comparaison. Les riches avec lesquels je travaille sont très formels. Ils sont très discrets. Ils ont conscience de qui ils sont et savent pertinemment que le monde entier les envie. Donc ils ont tendance à éviter les inconnus, sans toutefois être méchants envers eux.

Cela dit, ils sont très exigeants, étant donné qu'ils paient pour avoir la meilleure qualité possible. Ils s'attendent à voir des résultats. Si quelque chose ne va pas et qu'ils n'aiment pas, ils ne vous le diront pas directement, vous l'apprendrez par leurs représentants. Plus vous gravissez les échelons, plus ils sont agréables, ce qui, encore une fois, est bien différent des célébrités américaines. Je suis consterné par ces personnes-là. Elles n'ont aucune classe. Elles pensent qu'il est sexy de voyager dans leur petit Gulfstream, mais elles sont bien loin du compte.

T'appuies-tu sur ton expérience personnelle ?
Oui, absolument. J'ai photographié beaucoup de jets de célébrités.

Parle-moi de la célébrité la plus malpolie que tu aies rencontrée.
Je ne peux pas. En revanche, je peux te parler de celle que j'aime le plus – c'est Tom Cruise. Les personnes en charge de son avion sont des clients à moi et, quand il me voit, il me demande toujours : « Hey, comment tu vas ? Ça fait plaisir de te voir. » Cruise est un homme discret, mais il est très poli et fait beaucoup d'efforts.

Tu as été accusé de travailler avec des gens qui gagnent de l'argent de manière contraire à l'éthique. Comment le vis-tu ?
Je n'y fais pas attention, car c'est un mensonge. The Telegraph a publié un article disant que je suis le photographe préféré des dictateurs africains, mais ce n'est pas vrai. Je ne vais pas dans les pays dans lesquels je risque de me faire tuer. Peu importe l'argent qu'ils m'offrent. Je ne vais pas en Iran ou en Irak, car je risque de m'y faire tuer. L'Arabie saoudite est ma limite. Un membre de la famille royale doit approuver mon visa pour que je puisse entrer sur le territoire. Mais même une fois là-bas, je reste dans l'enceinte d'un complexe – ils ne me laissent pas me balader. Donc tout va bien. Dubaï et les Émirats arabes sont aussi occidentalisés que possible. Mais je n'irais jamais me frotter à des dictateurs fous furieux. Jamais.

Aimes-tu ton boulot ?
Écoute, je suis l'un des individus les plus fortunés que cette planète ait jamais porté. Je voulais déjà faire ça à 20 ans, au grand dam de mes parents, et je le fais encore aujourd'hui. J'adore prendre des photos. En fait, le seul moment où je suis vraiment heureux, c'est quand je prends des photos.

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