SOCIO – CUL


On
est tous rentré dans un sex shop au moins une fois. Certains y ont
juste mis la langue, là comme ça pendant un weekend à Amsterdam et ont
ramené des trucs débiles, genre le jeu de dés Kamasutra. D’autres,
comme moi, se sont laissé envahir par leur curiosité malsaine, testant
les derniers DVDs made in Slovenia dans une salle de projection obscure
qui pue la clope froide et le sperme chaud… Baptiste Coulmont est
sociologue, il vient de publier un bouquin sur l’histoire de ces
petites épiceries du cul. On l’a rencontré pour lui demander si les
sex-shops, c’est sérieux.

Vice:
Comment un mec sérieux comme toi, normalien et maître de conférence à
Paris 8, en est-il arrivé à faire une étude sur un truc aussi grivois ?
Baptiste Coulmont:
 Le
domaine est grivois, certes, mais quand même super intéressant pour un
sociologue. Et puis il faut que les sociologues apprennent à faire des
faits sociaux souvent jugés “peu importants” leurs centres d’intérêts.

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Ca donne quoi un universitaire qui se pointe dans un sex-shop ?
Rien de fou. En fait l’observation fait partie de la “boîte à
outils” du sociologue. Mais je dois quand même rendre hommage à ma
co-auteure, Irene Roca Ortiz, qui a réalisé plusieurs mois
d’observation dans un magasin de la rue Saint-Denis.

Vous apâtez le lecteur avec un jolie couverture aguicheuse, et en
fait on se tape 263 pages sur la socio des sexshops, il y a même les
plans des cabines de projection. C’est pas un peu de l’arnaque ?
J’ai la conviction qu’un peu plus de connaissance rigoureuse ne
peut nuire à personne ! Et puis il y a aussi, entre les notes de bas de
page et la bibliographie, la photographie d’un  petit “ourson vibreur”
! Non, sérieusement, vous en aurez pour votre argent, surtout si vous
êtes étudiant ou que vous avez à réaliser un business plan sur la
structure d’un petit commerce.

Hum ok. Et on peut en savoir un peu plus sur les vendeurs de sex
shops ? Il faut vraiment avoir un Bts force de vente pour taffer dans
un sex-shop ?
Paris, avec les concentrations de Pigalle, de la rue Saint-Denis et
de la rue de la Gaité, est un cas particulier. Et pour certains jeunes
hommes, les sex-shops peuvent s’avérer être un petit boulot intéressant
: relativement bien payé (par rapport à ce qu’ils peuvent trouver
ailleurs), avec peu de contraintes (peu de clients)… mais c’est un
boulot dévalorisé, en contact indirect avec des comportements
socialement réprouvés. Le BTS force de vente n’est pas nécessaire, mais
un diplôme, quel qu’il soit, est toujours un avantage.

Et pourquoi les sex shops sont ils toujours perçus de manière
licencieuse, sale, voire inspirant le dégoût tandis que notre société
sent le cul jusqu’aux abribus des sorties d’écoles ?
Pour deux raions principales. En premier lieu, ces magasins n’ont
jamais réussi à s’allier, ni à constituer un syndicat professionnel qui
puisse les représenter : ils ne peuvent contrer les discours des lobbys
d’opposition. Ensuite ce sont avant tout des lieux destinés à la
masturbation (solitaire ou non), à la représentation d’actes sexuels
situés en bas de la hiérarchie des sexualités.

Selon vos recherches, le sex-shop semble être un lieu de misère
sexuelle. Cela reviendrait-il à dire que ces magasins sont les
anti-chambres des Guy Georges et autres détraqués sexuels ?
Avant 1975, on ne trouve pas de trace de cette idée de “misère
sexuelle” relative aux sex-shops. Mais à partir de 1975, et de
l’arrivée massive des projections pornographiques dans ces magasins, de
nombreuses personnes se sont mis à faire cette association d’idée. Mais
le “miséreux” n’est pas un “maniaque” : c’est celui qui n’arrive pas à
s’intégrer dans une économie des échanges amoureux ou c’est celui qui
n’a pas réussi à profiter de la révolution sexuelle. Pour leurs
défense, les vendeurs des sex-shops insistent parfois sur leur “rôle
social” : ils s’imaginent aider les pervers à assouvir, innocemment,
des pulsions qui seraient dangereuses. Mais cela ne fait qu’entériner
l’idée que les sex-shops et les pervers ont un lien.

Quel sera le sex shop du futur à votre avis ?
Il y aura des robots et des robotes. Ce sera génial.

LAUREEN DURKHEIM-LANGENDORFF

– Sex Shops, une Histoire française, de Baptiste Coulmont, Editions Dilecta.
www.coulmont.com/blog/
Photo de Jean-Denis Bellot

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