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Il y a un termite sous le trône de Satan et il s'appelle Monarch

On a tracé à Bayonne discuter Japon, Lovecraft et techniques de chant avec le meilleur groupe doom de la zone Euro.
6.10.14

Même en son fief historique de Bayonne, le groupe Monarch reste une gloire un peu planquée. Formé en 2002, autour de MicHell Bidegain, Shiran Kaïdine (que vous avez peut-être déjà croisé chez Year Of No Light ou chez les surfeurs be-bop de Gasmask Terrör) et la chanteuse Emilie Bresson, Monarch a balancé à la face du monde pas moins de 7 albums (on ne compte pas les splits ni les EPs) d'ultra-doom aux morceaux dépassant pafois tranquillement les 35 minutes. Et si Sabbracadaver, leur dernier disque sorti cet été sur Profund Lore, la joue limite petit bras avec 3 titres d'à peine plus de 15 minutes, l'engin s'impose clairement parmi ce qu'ils ont fait de mieux et leur a valu de se retrouver sur des affiches 100 % défonce (le mois prochain au Damnation Festival à Leeds, par exemple). On a donc tracé à Bayonne, pour discuter avec MicHell Bidegain, bassiste et tête d'ampli pensante de Monarch. Il nous a reçu dans le décor de cabinet de curiosités plutôt sombre et flippant de son tout nouveau salon de tatouage, Sabbra Cadabbra, dont l'enseigne dit « Nacht Templum Obcura – Cabinet Privé ».

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Noisey : Tu as toujours vécu à Bayonne ?
MicHell Bidegain : Non, j'ai grandi aux Etats-Unis, mais je suis arrivé dans le coin quand j'avais treize ans. J'étais dans le punk hardcore, mais c'est Shiran, le guitariste, qui m'a fait découvrir tout ce qui est grind et power violence. Comment avez-vous décidé de former Monarch ?
Shiran et moi, on était au lycée ensemble. On jouait déjà dans un groupe de power violence, puis on s'était mis à intégrer des éléments plus sludgisants et doomisants à force d'écouter des trucs comme Noothgrush, Man Is The Bastard ou Corrupted.

On a décidé d'arrêter le power violence et de faire un groupe de doom, juste de doom. On a commencé à écrire des morceaux qui faisaient cinq, six, sept minutes. Puis on a ralenti le tempo. Les morceaux ont commencé à faire vingt minutes, puis bien plus long encore. On a commencé à s'accorder plus grave. Et petit à petit, c'est devenu Monarch.

Du power violence comme style musical pour son groupe de lycée, ce n'est pas très commun. Vous étiez nombreux à partager les mêmes goûts musicaux ?
On était trois ou quatre. Vous étiez les misfits du bahut ?
Mouais. Pas qu'à cause de la musique. Plutôt parce qu'on n'avait pas d'amis. On était des teenagers boutonneux avec des T-shirts Napalm Death. Votre line-up est un peu dur à suivre. J'ai l'image d'un groupe à géométrie variable : une base puis ça peut tourner selon les époques, la géographie, le studio, le live, les tournées…
Exactement [long moment de silence]. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. Les gens arrivent dans le groupe. Les gens quittent le groupe. Il y a besoin de nouveau personnel. Ça tourne, ça tourne. Restent toujours les trois membres fondateurs, Shiran, Emilie, et moi. Depuis qu'on a commencé à écrire pour deux guitares, il y a forcément besoin d'un second guitariste. Ça varie selon les disponibilités de tout un chacun. Et vous êtes maudits pour les batteurs ?
Ouais. À la Spinal Tap.

Vous aviez un batteur pour le territoire américain et un autre pour l'Europe, c'est ça ?

C'est à peu près ça. On ne sait pas si on va continuer à fonctionner comme ça. Notre batteur actuel, Boubi, passe à la seconde guitare quand on fait des tournées avec notre batteur américain. Quand c'est Boubi à la batterie, on prend un second guitariste. On s'amuse bien avec notre line-up à cinq. Je ne sais pas si ça va changer. On verra bien.

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Vous n'aviez pas un guitariste spécialisé dans les reprises d'Iron Maiden ?

Si, c'était juste avant. On jouait avec un membre du fameux groupe eusko-maidenisant

Iron Eta Maider

. Je croise d'ailleurs les doigts pour qu'ils reprennent prochainement du service. Mais ce guitariste avait beaucoup d'autres groupes et de projets. Il a dû quitter Monarch.

Mais toi aussi, tu joues dans pas mal de groupes ?

En plus de Monarch, je joue dans

Leather Priest

, un groupe de reprises de heavy metal, avec Shiran. Et aussi dans

Los Cojonudos

, un groupe de punk rock espagnol, avec Shiran aussi. Quoi d'autre ? Ah oui, un groupe un peu fastcore black metallisant,qui s'appelle Cadaverine, avec Boubi. C'est très consanguin, tout ça.

Votre groupe de reprises de Turbonegro, Turbonekro, ne joue plus ?

Non.

Vous aviez repris un morceau de Turbonegro avec Monarch sur un split Ep ?

Sur le split avec Moss, oui, on a repris « I Got Erection ». On le joue encore en live, des fois, en rappel. Ça marche bien. Ce morceau est très fun.

On ne voit jamais Shiran sur les photos de votre tournée au Japon de cet été. Ou bien c'est lui qui a pris toutes les photos, ou bien il n'est pas venu avec vous ?

Malheureusement, il n'a pas pu venir sur cette tournée. On est partis à une seule guitare. Notre nouveau guitariste Stéphane s'est retrouvé lead guitariste. Ça a été dur pour lui mais il a très bien fait le travail.

Comment vous êtes vous retrouvés au Japon ?
On avait déjà fait une tournée là-bas il y a quelques années avec le groupe Birushana. On s'était beaucoup amusés et on a décidé d'y retourner avec le même groupe. Ça s'est très bien passé mais mon Dieu qu'est-ce qu'il a pu faire chaud ! Il faisait trop chaud, c'était insupportable.

Vous avez joué dans quel genre d'endroits ?

Que des clubs. Mais des clubs assez particuliers. Des endroits vraiment petits. Genre ton salon, ça pourrait être un bon club au Japon. Sachant qu'un tiers de la pièce est pris par la sono. Ça joue méga fort. C'est très bien. À chaque fois, à l'affiche, il y a sept, huit, neuf, dix groupes ! C'est déjà plein rien qu'avec les gens des groupes.

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Il n'y a plus personne pour payer son ticket d'entrée ?

Si. La tournée s'est bien passée. On a fini à zéro euro. Zéro euro, c'est une réussite pour Monarch.

Vous avez bu des trucs zarbis là-bas ?

On a une préférence pour le shoju, à savoir une espèce de saké fort mélangé à du thé noir frais. Ça rend heureux.

MicHell et Boubi super heureux au Japon

Je me demandais si Emilie prenait des trucs particuliers pour sa voix ? Si elle avait un truc pour ménager ses cordes vocales ?

Elle a zéro technique et ça marche très bien. Ça a toujours très bien marché. Jusqu'à quand, ça, on verra…

Au sujet de votre album Sabbracadaver sorti cet été, en fait, il s'agit de trois morceaux. Vous faites exprès de produire des morceaux d'une durée qui peut aller jusqu'à une demi-heure ?

L'évolution interne de chaque morceau se fait naturellement, une fois qu'on a une bonne idée de l'ambiance qu'on veut dégager. Si on veut laisser le morceau respirer, les tempos se ralentissent et la durée augmente… On ne part jamais dans l'idée de faire des morceaux très longs. On a même la contrainte inverse, en général, en fonction du format. Si ça va sortir en vinyle, il faut que l'on fasse moins de vingt minutes par face. Quand on s'aperçoit qu'on est allé trop loin, on se demande comment on peut écourter.

Vos morceaux gardent-ils la même durée et la même structure dans leur version live ?

La structure reste à peu près la même, mais ça nous arrive de rallonger ou d'écourter certaines parties, les parties plus ambiant par exemple, en fonction de comment sonne la salle.

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Vous vous concertez ou bien vous pratiquez l'impro, comme dans le jazz ?

Mmm… On a un système de signaux. Le dévoiler nous ferait perdre toute notre mystique.

Monarch à Bayonne

Vu qu'on aborde le sujet, les pratiques occultes et la magie, vous aimez vraiment ça, ou c'est juste pour le décor ?
C'est surtout pour l'esthétique, je pense. Ça dégage toujours une bonne ambiance.

Vous lisez de la littérature d'horreur ?

On est forcément tous inspirés par Lovecraft, depuis le début, vraiment.

Si je dis que le titre de l'album est un jeu de mot qui fait référence à Black Sabbath, j'ai bon ?

Forcément. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière fois que l'on fera ça.

Ton studio de tatouage porte un nom similaire.

Exactement. « Sabbra Cadabbra ».

En me pointant à pieds, j'ai vu qu'à deux rues près tu aurais pu être situé rue Sabaterie ?

J'ai vu ça. Ça aurait été pas mal.

Pas très loin, il y a le studio Amanita, ici, dans lequel vous avez beaucoup enregistré avec Monarch…

Stéphane d'Amanita fait un très bon travail. Il est toujours chaud et dispo pour nous enregistrer. Alors quand on est dans le coin, on enregistre avec lui. Après, pour des contraintes géographiques, en fonction du line-up, on est obligé d'enregistrer en tournée. Ça nous est arrivé d'enregistrer dans des studios genre en Australie, ou au Japon, ou aux Etats-Unis. Mais en règle générale on enregistre chez Stéphane. Le dernier disque a été essentiellement enregistré chez lui.

Tu connais son passé, le groupe Voodoo Muzak ?

Ouais, carrément. On est tous fans de tout ce qu'il a fait. Il a une super oreille, et une super culture.

Vous vous plaisez ici à Bayonne ?
Je suis le seul membre du groupe à habiter à Bayonne. Actuellement, ce serait même plus sincère de dire que Monarch est un groupe bordelais. Mais ça m'embête. J'ai été mis en minorité mais je tiens bon. Le groupe a été formé à Bayonne. J'en suis fier. Et moi je m'y plais bien. On garde un anonymat relatif. Il ne se passe absolument rien. Vraiment. Culturellement, c'est le tiers monde. Mais on n'est pas très loin de Bordeaux, de Toulouse, de Saint Sébastien, de Bilbao. Pour voir des concerts, par exemple. En fait, c'est reposant, ici. Guillaume Gwardeath est né à Bayonne et y mourra. Il est sur Twitter - @gwardeath