


SIREN: BLOOD CURSE
Plate-forme : PS3
Éditeur : Harmonix/MTV Games
N’importe quel possesseur de PS3 le sait : Sony ferait mieux d’arrêter de développer des jeux de qualité sur Blu-ray au bénéfice de son Playstation Network, qui permet de télécharger des jeux anciens ou inédits à moindre coût, et qui regorge de richesses vidéoludiques plus ou moins improbables. Rien que cet été, il suffisait d’aller télécharger Pixel Junk Eden pour s’en prendre plein les mirettes avec des animations vectorielles du dernier chic, évoluant au rythme d’une bande-son qui ne l’était pas moins, dans un jeu certes anecdotique, mais qui avait le mérite d’être original. Et alors que la sortie la plus attendue des mois à venir est celle de Resident Evil 5, il serait plus que bienvenu d’aller jeter un œil sur Siren: Blood Curse, téléchargeable en épisodes avant de sortir sur support physique le mois prochain.
« Blood Curse » est le troisième volet d’une série démarrée sur PS2 qui mêlait jeu de cache-cache à la Metal Gear Solid et survival horror. Un jeu où il fallait découvrir le mystère qui se cachait derrière un village rupestre hanté, en se planquant de zombies appartenant à une secte coutumière du sacrifice humain. Le jeu demeurait injouable, mais conservait pour lui trois atouts au charme certain : son look photoréaliste, qui foutait une claque à tous les autres jeux du genre pour l’ambiance cauchemardesque et hallucinatoire qu’il imposait – les protagonistes humains et zombies ressemblaient à des poupées de Tony Oursler qui se seraient promenées dans un village boisé aux teintes rouges sanguinolentes. La narration du jeu était ambitieuse au possible : elle se découpait en chapitres correspondant à différents personnages et moments, sur les trois jours que durait l’histoire. Un des buts du jeu étant de réunir tous les chapitres afin de découvrir la destinée de chacun des protagonistes au gré de leur cheminement individuel ou collectif. Un labyrinthe digne de Citizen Kane. Enfin, le troisième argument du jeu, véritable outsider face aux colosses du genre Resident Evil et Silent Hill, c’était son gameplay qui offrait un gimmick démentiel : le sight jacking. En gros, les mecs qui pénétraient le village gagnaient le super-pouvoir de scanner mentalement l’environnement afin de choper les perceptions alentour. Dans la pratique, ça permettait de s’approprier les yeux des zombies qui marchaient vers vous et de savoir quand vous étiez repéré. Mais aussi de voir à travers les yeux de la créature qui allait vous faire souffrir, ou vous tuer, une manière élégante de pousser le spectacle horrifique dans des retranchements bien sournois. Las, malgré toutes ces belles promesses, le jeu contenait les pires défauts qui soient : ceux qui vous empêchent de jouer correctement et de finir le jeu, pas parce que vous êtes mauvais, mais parce que c’est mal foutu.
Or, si « Blood Curse » est un épisode de Siren qui fonctionne enfin, c’est qu’il garde tous les bons éléments qui rendaient la licence intéressante en les perfectionnant, mais qu’il a en plus corrigé presque tous ses défauts. En fait, « Blood Curse » c’est un peu la même chose qu’un remake américain de film d’horreur japonais bien fait. C’est d’ailleurs l’argument du jeu. Son histoire est excitante et il possède la pêche d’une bonne série B.
Le nouveau Resident Evil sera forcément une tuerie mais a priori, il ne sera pas super inventif et il ne sortira pas avant 2009. Ça vous laisse quelques mois pour finir Siren: Blood Curse, qui n’est pas parfait, mais offre une expérience de survival horror inédite si vous n’avez pas joué aux précédents. En 2008, pour un jeu vidéo, c’est déjà beaucoup.
AL BATARD
WARIO LAND : THE SHAKE DIMENSION
Plate-forme: Wii Éditeur: Nintendo
Wario, c’est l’opposé de Mario. Le M à l’envers. Son double maléfique. Dans les jeux vidéo, c’est évidemment le méchant adversaire de Mario, mais plutôt débile et rigolo. On a fini par en faire un personnage à part entière, jusqu’à lui accorder ses propres jeux. Les Wario Land n’avaient jamais dépassé les consoles portables pour s’attaquer à la télé. C’est chose révolue avec « The Shake Dimension » sur Wii. Mais quand même, on n’accorde pas non plus à Wario l’honneur d’avoir de la super 3D comme dans Super Mario Galaxy et ses mondes incroyables, et on restera old school 2D avec ce jeu simplet mais à la toujours aussi agréable maniabilité Wii. Ici, on secoue. On shake da wiimote dans des plates-formes pas très très évoluées, mais somme toute assez sympathiques. Et si on aime bien les jeux à défis, les pièces secrètes et les énigmes pas trop compliquées, on sera ravi. En sortant de mes deux heures de test, je suis partie dans des réflexions sur le double maléfique qui sommeille en chacun de nous. J’étais limite prête à fumer de la salvia pour écrire ma chronique, à chercher le malin planqué derrière mes bonnes intentions. Nos vices cachés ressortent toujours un jour ou l’autre, mais comment le bienfaisant devient-il pernicieux ? Finalement, rien qu’en regardant mes potes bourrés à une soirée, j’ai pu observer l’apparition de leur double maléfique, subrepticement – ou pas. Ainsi, la copine sage qui me disait à l’apéro : « J’suis vraiment bien avec mon mec, il me stabilise » a juste ressorti après cinq verres de vodka la bonne vieille chaudière qui était en elle : « Mate ces deux mecs, ils sont trop mignons. » Puis, elle les a attrapés l’un après l’autre, à pleine bouche. Ce soir-là, elle a découché avec les deux. Celui qui jurait par tous les dieux qu’il ne « prendrait plus jamais de drogue » a sans doute le nez en sang à l’heure qu’il est et moi, je ne préfère pas vous raconter ce que mon double maléfique peut me faire faire. Même dans Vice, ça ne paraîtrait pas assez soft.
EMMA1212
BANGAI-O SPIRITS
Plate-forme: Nintendo DS Éditeur: Koch Media
Bangai-O est signé Treasure, un des derniers studios qui pensent que le hardcore gaming a encore une raison d’être. C’est aussi un jeu teinté d’ironie. On vous vend que vous incarnerez le pilote d’un robot géant aussi grand qu’une haute tour, mais à l’écran vous ne mesurez pas plus de quelques pixels de haut. Vous êtes prisonnier d’un décor rempli d’éléments urbains, mesurant quelques pixels eux aussi, que vous devrez intégralement détruire, et le plus en même temps possible, histoire de provoquer un enchaînement d’explosions atomiques tout droit sorties d’un vieux jeu 16 bits. Ainsi, vous recueillez de bons gros fruits flashy et vous faites ramer votre DS au passage, un des challenges que s’étaient probablement donné les programmeurs. Décrit comme ça, Bangai-O ne serait rien de plus qu’un shoot’em up, aussi hystérique soit-il. Mais comme il est développé par Treasure, Bangai-O représente un peu plus que ça. En l’occurrence, c’est également un jeu de labyrinthe. Je ne vais essayer de la faire à personne. Si je suis fan du premier shoot’em up venu pourvu qu’il soit un peu hardcore, ce n’est pas le cas du joueur lambda qui préfère faire de l’aérobic sur un tapis électronique ou de la guitare en plastique. En revanche, comme n’importe qui, j’ai jamais pu supporter l’austérité d’un jeu de labyrinthe comme Lode Runner, où le seul objectif reste de casser le sol pour piéger des ennemis et de leur marcher dessus pour se sortir de tableaux composés d’échelles. Pourtant, dans Bangai-O, le fun de l’un enrichit l’austérité de l’autre et la complexité de l’autre profite à l’aspect défouloir répétitif de l’un. Au final, on se retrouve avec un jeu original et addictif à plein de niveaux, ce que devrait être n’importe quel jeu sur console portable, mais que peu d’éditeurs ont compris ou savent faire.
AL BATARD