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Nous avons interrogé la directrice du premier musée du vagin au monde

Entretien exclusif avec Florence Schechter, à la tête de la première exposition, sur les foufounes, les idées reçues et pourquoi il faut rendre l’histoire vaginale trans-inclusive.

par Katie Goh
26 Novembre 2019, 7:57am

L-R: Florence Schechter, Zoe Williams, Sarah Creed. Photo : Angus Young.

Répétez après moi : vagin. Va-gin. Si vous vous sentez mal à l'aise en disant le mot v****, vous n'êtes pas le seul. L’association contre le cancer gynécologique Eve Appeal a récemment révélé que, pour 65% des jeunes femmes, les mots vagin et vulve étaient tabous, et que près de 40% des 16-25 ans préféraient utiliser les périphrases employées par mamie comme « sexe féminin » ou « parties féminines. » Laissez tomber les problèmes de santé gynécologique, il nous reste un long chemin avant même de pouvoir prononcer le mot vagin.

Pour vous aider à en parler, voici le musée du vagin, le premier du genre au monde. Ce sont Florence Schechter (directrice) aux côtés de Sarah Creed (conservatrice) et Zoe Williams (développement et marketing) qui sont à l’origine de sa création. L’aventure du musée du vagin a commencé il y a trois ans comme exposition itinérante. Ce fut un franc succès, surtout grâce au financement participatif. Aujourd’hui, il s’installe enfin dans un espace permanent, à Londres.

Emmitouflée dans son écharpe à cause d’un rhume de saison et reprenant son souffle pour mettre la touche finale à la première exposition du musée, Florence n’en est pas moins enthousiaste. Debout à côté d’un mur fraîchement peint en blanc, elle nous raconte les origines, les objectifs et les valeurs du musée.

The Vagina Museum photograph by Angus Young
Photo : Angus Young

VICE : Quelle est l’histoire de la création du musée du vagin ?
Florence Schechter : Tout a commencé il y a environ deux ans et demi quand j’ai découvert qu’il y avait un musée du pénis en Islande mais aucun équivalent pour le vagin dans le monde. J’ai pensé que c’était plutôt injuste et, donc, j’ai décidé d’en faire un !

Entre l’idée de faire un musée et sa réalisation, il y a tout un monde.
Cela semblait tout d'abord très amusant et puis je me suis dit « comment est-ce que je le ferais ? », avant de décider de le faire vraiment. À l’époque, je travaillais dans la communication scientifique et j’ai parlé avec des gens qui travaillaient dans le domaine et j’ai fait quelques recherches sur les nouveaux musées et leur installation. J’ai trouvé des infos sur le Migration Museum Project. J’ai aimé leur idée de faire des expositions éphémères avant d’élargir à ce qui serait leur espace principal.

The Vagina Museum by Angus Young

C’est le succès de tes premières expositions éphémères qui a fait effet boule de neige pour créer un musée du vagin ou c’était ton idée depuis le début ?
L’idée a toujours été d’avoir un lieu fixe. Mais bien-sûr, on ne peut pas construire un musée à partir de rien, parce que je ne suis pas rentière, alors que la plupart des musées ont commencé avec des vieux hommes riches qui s’ennuyaient dans les années 1800. Nous avons donc commencé avec les expositions éphémères et la réaction du public a été tellement positive que je me suis lancée. Dans le secteur, tout le monde s’est exclamé : « Mais tu es folle, comment tu as fait pour ouvrir un musée en moins de trois ans ? » Le secret est de faire un musée sur les vagins et ça fera un carton.

C’est ce que les gens veulent ! Est-ce que tu t’attendais à un tel résultat ?
Ça fait deux ans et demi que je suis sur ce projet maintenant et quand on a commencé à lever des fonds, je pensais bien que les gens seraient intéressés mais je n’avais aucune idée de combien on pouvait réussir à collecter. La dernière fois que j’avais fait une levée de fonds, on avait lutté pour ramasser 2 400 euros. Mais cette fois, c’était pour quelque chose qu’on voulait vraiment faire et que le public attendait. On était donc optimistes et on a collecté presque 60 000 euros, ce qui en dit long.

« Briser les mythes sur les foufounes : toutes les idées reçues sur le vagin et comment les combattre » est le thème de la première exposition. Pourquoi ce choix ?
La première exposition est en effet entièrement consacrée aux idées reçues sur les vagins. Certains pensent par exemple que si on fait beaucoup l’amour, le vagin deviendra très lâche, ou qu’une fille ne peut pas tomber enceinte si elle est au-dessus pendant l'acte sexuel. Nous avons voulu commencer par ça parce que ce sont les bases. J’aimerais bien faire une exposition sur l’histoire esthétique des poils pubiens ou quelque chose comme ça mais nous devons commencer par le commencement, comme faire la différence entre un vagin et une vulve. Ça nous met aussi en valeur parce beaucoup de gens nous demandent pourquoi on a besoin d’un musée du vagin. Avec cette première exposition, nous leur répondons en quelque sorte, parce qu’il y a des femmes qui se font des douches vaginales au Coca-Cola faute d’accès à une contraception adaptée.

The Vagina Museum photograph by Angus Young
Photo : Angus Young

J'étais super contente de voir que le projet est vraiment pluridisciplinaire, et trans-inclusif. Pourquoi est-ce important pour vous de le dire dès le début ?
Tout d’abord, pour des raisons personnelles, je suis bi alors je dois aider la famille. Mais aussi en matière de trans-inclusivité, si vous ne le dites pas au préalable, tout le monde fait des hypothèses d’une manière ou d’une autre. Avec un musée du vagin, on doit avoir une opinion d’une manière ou d’une autre, et s’y tenir. Si on ne le fait pas dès le début, les personnes trans ou pro-trans vont présumer qu’elles sont exclues et les autres vont supposer qu’on essaie de les duper ou quelque chose du genre. Il n’y avait qu’un choix possible et, bien sûr, nous avons choisi d’être inclusif.

Est-il important d'avoir une équipe pluridisciplinaire dans les coulisses du musée ?
Absolument. Nous avons des bénévoles trans et non binaires dans ce projet. Il est arrivé que certains entendent parler de nous pour la première fois en se disant : « Oh non, cela pourrait aller dans un sens ou dans l’autre », puis en consultant notre site web, ils ont constaté notre franchise et nous ont envoyé des messages sur Twitter en disant qu'ils avaient littéralement pleuré, si heureux que nous ne soyons pas une ignoble organisation. Les femmes de couleur représentent également le tiers de notre conseil d’administration et il est important pour nous de travailler avec des groupes qui nous soutiendront sur ce genre de choses. Nous nous entendons bien avec l’association Decolonising Contraception et nous recevons de l’aide de notre comité consultatif. Par exemple, nous avons un conseiller sur les questions de l’Asie orientale et un autre sur les questions de mutilations génitales féminines.

Décris-nous ton rêve pour ce musée ?
Le rêve ultime serait de construire un musée permanent accessible au public et de mener une exploration complète du vagin, au niveau social, culturel, scientifique, médical et historique. C’est un rêve gigantesque qui va durer dix ou quinze ans. En fait, nous espérons l’ouvrir en 2030. Alors, gardez un œil sur cet espace !

Merci Florence !

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