À la gloire d'Anarcoma, détective interlope, transsexuelle sublime
Case tirée d'"Anarcoma" de Nazario, disponible aux éditions MISMA
Culture

À la gloire d'Anarcoma, détective interlope, transsexuelle sublime

La maison d'édition MISMA publie en France l'intégralité des aventures de celle qui parcourt les bas-fonds de Barcelone armée d'un large pénis, d'une poitrine imposante, et d'un sens de la déduction inégalé.
05 juillet 2017, 4:30am

L'icône d'une Espagne enfin débarrassée de ses oripeaux fascistes et bondieusards n'est peut-être pas à trouver quelque part dans les méandres de la filmographie de Pedro Almodovar, mais bien dans les pages écornées d'El Víbora, magazine inconnu en deçà des Pyrénéens, historique au-delà. Elle a fait son apparition peu de temps avant que Carmen Maura ne devienne le symbole de la Movida avec Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. Incarnation pour ses opposants de la déliquescence morale d'une nation nouvellement démocratique, ouverte à l'Union européenne et au marché commun, cette fille au pénis continuellement turgescent a parcouru la fange barcelonaise et son archipel de putes, maquereaux, pédés, malfrats, scientifiques et androïdes pour mieux y dénicher les indices lui permettant de retrouver la mystérieuse machine du professeur Onliyou – machine qui n'est rien d'autre qu'un prétexte pour voir les multiples personnages de cette Catalogne suspecte se croiser, se mélanger, s'échanger et se buter, comme si le scénario d'En quatrième vitesse avait copulé avec la scène new wave britannique.

Marc Almond ne s'y est pas trompé, lui qui a déclamé son amour pour celle qui enquête à grands coups de verge. Anarcoma est, selon les dires de son créateur, la première trans de l'histoire du comics espagnol. Figure de l'underground espagnol des années 1970, Nazario Luque a retranscrit dans les colonnes d'El Víbora son quotidien auprès des canailles d'un Barcelone en pleine éruption de stupre. 40 ans après avoir dessiné pour la première fois la trans aux traits hybrides, fusion de Lauren Bacall et Humphrey Bogart, Nazario est toujours là, à assister à des résurgences de son œuvre quelque part dans le monde, à mesure que son héroïne est redécouverte.

Aujourd'hui, la France, via un magnifique bouquin publié par les éditions MISMA, a l'opportunité de plonger dans la vie des rebuts de l'Espagne post-franquiste, de ceux qui n'ont que l'échange de fluides à la bouche. Influencée par le film noir, le Journal du voleur de Jean Genet ou encore Barbarella de Jean-Claude Forest, Anarcoma – terme tout aussi hybride que son personnage, qui renvoie à l'anarchie autant qu'à la termite, de celle qui ronge les poutres du pouvoir dévot – est le témoin des évolutions stylistiques de son dessinateur, ainsi que de la sortie progressive – et toujours inachevée – de l'Espagne d'un carcan religieux oppressif. Pour que vous en ayez le cœur net, et en amont de l'achat obligatoire de ce livre chez votre libraire préféré, on vous offre un extrait d'Anarcoma, dans lequel notre héroïne copule, et enquête.

Toutes les planches sont tirées d'"Anarcoma" de Nazario, disponible aux éditions MISMA

Commandez « Anarcoma », via les éditions MISMA.

Romain est sur Twitter.