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Jessica Gysel: Je suis contente de ne pas être l’intervieweuse pour une fois.
Vice: Eh oui, la donne a changé, Sappho. Parle-nous de ton «trimestriel lesbien».
En fait, c’est un petit mensonge. C’est juste que j’aime le mot «quarterly» et du coup on fait croire qu’il y a quatre numéros par an. En vrai, il n’y en a que trois. Ça ne nous rapporte pas d’argent. On le voit plus comme un projet d’amour. C’est pour ça qu’on ne peut pas en faire plus. Peut-être plus tard, quand on aura une régie publicitaire plus structurée.
Et à part ça, tu as un «vrai» boulot?
Oui, je n’ai pas le choix. J’ai monté une agence de marketing et de communication il y a dix ans. On conseille sur les tendances et on met en relation des marques cool, avec, comment on dit… des leaders d’opinion? On fait pas mal de trucs avec Absolut et K-Swiss. C’est comme ça que je me fais de l’argent.
Je crois qu’on les appelle des early adopters ou trend setters. On a envie de tous les aligner contre un mur avant de les fusiller. Toi ça va, vu que tu es lesbienne et belge. Au fait, comment ça a commencé, GLU?
Les mecs du magazine Butt, Gert Jonkers et Jop van Bennekom, sont de bons amis. Un soir on dînait ensemble, pas longtemps après le lancement, et ils m’ont dit en rigolant que je pourrais en faire une version féminine qui s’appellerait Kutt—en néerlandais, kut veut dire «chatte». C’était marrant pendant un moment mais ça n’a jamais été vraiment sérieux. Et, à la fin, ça ne rimait plus à rien. On nous comparait trop à Butt et les mecs voulaient un équivalent féminin à leur magazine, avec une esthétique lourdingue, du genre on est des grosses butch en cuir.
C’est vrai que Butt donnait vraiment dans le pervers/arty, et le cul était vraiment macho.
Et quand Butt a commencé, les médias gay masculins étaient tellement mainstream que ça a été facile pour eux d’y faire leur trou et d’y rester. Pour les lesbiennes, c’est complètement différent. J’aimerais qu’elles soient plus glamour, déjà. Kutt n’était pas mauvais, loin de là, mais GLU est un peu plus adulte, plus élaboré.
Tu voulais faire ton propre truc, ça se comprend. Comment choisis-tu les sujets de ton magazine? C’est quoi tes critères?
Je veux juste qu’il y ait un bon mélange de vieilles, de jeunes, d’anonymes et de figures reconnues—comme Leisha Hailey, une des filles de The L Word—et plus d’inconnues, aussi. Parler de mode, de musique, d’art et de littérature. Je veux que ça soit varié.
Toujours des femmes…
Oui. Pas d’hommes, jamais.
Jamais, jamais?
Non. Mais dans le prochain numéro, un homme s’occupe d’une des interviews. Et puis on a eu quelques photographes masculins comme Richard Kern et Wolfgang Tillmans.
Oui, mais qui photographient des femmes.
Ouais. J’ai l’impression que les hommes arrivent bien à saisir l’identité lesbienne. Peut-être parce qu’ils sont plus objectifs. Peut-être parce qu’ils n’ont pas ce truc bizarre… Je dois faire gaffe à ce que je dis où on va me prendre pour une anti-lesbienne! Mais tu vois ce que je veux dire, non?
Oui. Il y a des lesbiennes qui pinaillent sur leur identité et toutes ces théories chiantes qu’on leur sert à l’Université. Toi tu ne veux pas t’enfermer là-dedans.
Je veux être plus ouverte. Par exemple, quand on a mis une photo de Richard Kern en couv’, j’ai reçu plein d’emails de filles qui disaient: «J’arrive pas à croire que vous travailliez avec lui! Je connais une dizaine de photographes lesbiennes qui pourraient faire la même chose.» Et j’ai répondu: «Montre-moi, parce que j’attends de voir!»
Il y a des lesbiennes qui n’aiment pas trop Richard Kern. Ça se comprend. Certaines en font tout un plat, j’imagine. Qui sont tes artistes lesbiennes préférées en ce moment?
C’est difficile à dire parce qu’il y en a beaucoup qui n’ont pas fait leur coming out! Comme [une artiste connue dont on taira le nom]. Elle était hétéro mais maintenant elle sort avec une de mes amies. Bon, elle ne l’avouera sûrement jamais et du coup je ne pourrai jamais l’interviewer dans GLU. Et j’ai une autre amie qui sort avec [une musicienne relativement connue qu’on ne peut toujours pas nommer, mais on la connaît et ça nous fait bien marrer] et c’est la même chose.
Sympa, ces potins! Enfin, nous les filles, on a tendance à changer de bord assez souvent et du coup c’est assez difficile de définir le milieu lesbien.
Je pense aussi que c’est parce que le milieu n’est pas très sexy que les gens ne veulent pas y être associés. Je viens sûrement de signer mon arrêt de mort en disant ça.
Je te comprends, sister.
Et c’est dur de trouver des sponsors à part American Apparel, qui nous soutiennent depuis le début. Récemment, j’ai parlé à Nike et à toutes les marques dans le genre; ils disent tous: «Les lesbiennes, c’est pas vendeur.» Surtout pas les lesbiennes dans notre genre, vu qu’on est quand même assez loin du cliché L Word.
Tu pourrais détourner le truc et en faire quelque chose de cool, du genre les lesbiennes sont les dernières parias, les seuls vrais punks dans ce monde de vendus!
Pas faux! Les lesbiennes influencent beaucoup la mode mais on ne le dit jamais. Les marcels et les jeans slim, ça a commencé dans certains milieux lesbiens.

C’est quoi votre article le plus populaire?
On a fait une série de photos sur des sacs à main qui ressemblent à des chattes. Il a fait beaucoup parler de lui. Après, le photographe a vendu la série à l’édition italienne de Rolling Stone.
Qui est-ce que tu rêves d’interviewer?
J’aurais adoré m’entretenir avec Susan Sontag avant sa mort. Récemment, j’ai essayé de contacter Fran Lebowitz. C’est difficile parce qu’elle n’a pas d’adresse email. Je suis passée par l’ami de l’ami d’un ami. Et peut-être aussi Jil Sander, la couturière, mais elle n’a pas fait son coming out. De toute façon, c’est soit ça, soit elles se sont déjà fait interviewer des millions de fois. C’est comme K.D. Lang, par exemple—c’est trop évident. C’est difficile de trouver des nouvelles personnes intéressantes à questionner.
Toutes des icônes lesbiennes. Et les petites nouvelles, elles font quoi?
Il y a plein de nouveaux groupes géniaux, comme Telepathe, No Bra, Lissy Trullie, et tout ces groupes booty de Brooklyn, comme Michelle!, Durty Nanas et Yo Majesty. Kim Ann Foxman a un nouveau groupe qui s’appelle Hercules and Love Affair chez DFA. J’adore, c’est de la house new-yorkaise très classique. Et puis il y a toute la scène autour de Cocorosie et de leur label VoodooEros.
Ah ouais, les Cocorosie sont homo?
Bianca, oui. Du côté des auteurs, Ariel Schrag, la dessinatrice, a interviewé Melissa Plaut. C’était l’une des seules femmes chauffeuses de taxi à New York et elle en parlait dans un blog qui s’appelait New York Hack—c’est devenu un livre tout récemment.
Mais oui, je la connais! On traînait parfois au Hole ensemble.
Elle sera dans le prochain numéro. Il y aura aussi une interview avec Maria Beatty, une cinéaste SM new-yorkaise des années 1980. Elle raconte des trucs géniaux. Je crois que c’est important de faire un peu d’histoire du lesbianisme, parce que les gens ne sont pas bien renseignés. J’essaye tout le temps de déterrer des trucs.
Et les jeunes artistes lesbiennes?
À Stockholm, il y a un groupe d’artistes très queer. C’est comme ça que la nouvelle génération se définit, maintenant. Elles sortent avec des mecs, des nanas, n’importe qui—elles s’en tapent. J’aime bien interviewer des femmes plus âgées parce qu’elles ont plus à raconter et qu’elles ont un bon bagage derrière elles. Les plus jeunes, on s’en sert pour les shootings. Elles doivent êtres belles et la fermer. Nan, je plaisante.
Ton interview préférée de tous les temps?
Celle d’Edwige Belmore, une mannequin parisienne. C’était une It girl très connue fin des années 1970, début 1980. Elle s’est tapé Sade et Grace Jones.
Tu sais tout sur les lesbiennes honteuses!
Il y a encore des tas de choses que je ne peux pas te dire. Ça fait chier. Je balancerai tout dans mes mémoires.
Pour plus voir glumagazine.com.
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