Encore imbibés de leur expérience clipesque, les Daft Punk tâtent le
terrain du cinéma. Pour vous donner une idée de ce que ça donne, disons
simplement qu’il s’agit d’un film muet dans lequel des robots veulent
devenir des êtres humains. Et pour éviter de trop vous faire peur, on
ne parlera ni de l’absence de dialogue, ni des longs plans-séquence en
forme d’ovni en flamme, sur fond de musique écliptique. Les Daft Punk
ne donnent presque jamais d’interviews, mais on devait absolument les
rencontrer pour en savoir plus sur Electroma.
Vice: Les robots sont un peu votre marque de fabrique: on les retrouve partout dans vos clips. Alors pourquoi encore les utiliser dans un film?
Thomas: A force d’observer Michel Gondry, Spike Jonze ou Roman Coppola bosser sur nos clips, on a eu envie de filmer les vidéos de notre dernier album. A partir de ce moment là, on a commencé à penser à faire un film. Mais on voulait faire du cinéma de la même façon qu’on faisait de la musique: c’est à dire dans un état d’esprit affranchi des règles. Bien-sûr, on a été influencé, on n’a rien inventé.
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Maintenant que tout le monde vous copie, est-ce plus dur de créer quelque chose de vraiment original?
Oui, et pas seulement en tant qu’artiste. C’est aussi très difficile de définir ses goûts en tant que consommateur. Il n’y a plus de culture underground, tout le monde lit “l’attrape-coeur” et “Orange mécanique”. C’est très positif, et en même temps c’est devenu impossible de se définir par ses choix culturels.
Pourquoi il n’y a pas de dialogues dans Electroma?
En fait, on était plus soucieux de l’aspect visuel du film que de l’histoire qu’on racontait. Le Surréalisme nous a beaucoup influencé: Magritte, pour son rapport très physique au corps et sa sensibilité cinématographique, et puis Escher pour ses labyrinthes noirs et blancs. Au fond, on était pas vraiment inquiets des liens logiques à créer entre les images.
Mais c’est un film pour le cinéma, ce n’est pas de l’art-vidéo…
L’art-vidéo, comme le cinéma, est prisonnier des mêmes habitudes liées aux attentes des spectateurs. Dans les deux cas, ils sont esclaves de l’industrie et de l’économie qui les produisent. À choisir entre ces deux maux, je préfère le frisson de la vieille salle de ciné toute sombre qui passe un film culte au milieu de la nuit.
Intéressant. Mais pourquoi ne pas avoir fait la musique du film?
A cause de son côté rétro-futuriste: on a pensé que notre musique nous trahirait. On voulait que ce film soit intemporel. C’est devenu trop facile de dater un film, alors on aimait bien l’idée de brouiller les pistes. C’est aussi pour cette raison qu’on a choisi de tourner en Californie. On recherchait l’extrémisme de cette culture Hollywoodienne de l’image, un combiné entre la chaleur d’Easy Rider et la froideur de 2001… Quand on fait entrer tout ça en collision, on finit par créer un film-ovni.
* Electroma est sortie en France le 24 Mars 2007, vous pouvez le voir tous les samedis soir au cinéma du Panthéon à Paris. Le film sortira en DVD le 4 décembre 2007.
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