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Combien d'argent génère le marché de la drogue en France ?

Le nouveau rapport de l’INHESJ détaille le chiffre d’affaires du marché de la drogue en France et les bénéfices qu’en tirent ses acteurs.
Pierre Longeray
Paris, FR
10 novembre 2016, 11:00am

La tête d'un réseau de vente de cocaïne en France fait un bénéfice de plus de 15 millions d'euros par an, alors que les vendeurs de rue dégagent en moyenne plus de 24 000 euros par an, d'après le nouveau rapport de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), intitulé « L'argent de la drogue en France ».

Ce rapport, rendu public la semaine dernière, fournit une estimation du chiffre d'affaires des drogues illicites dans le pays, ainsi qu'une fourchette des bénéfices tirés de cette industrie (pour l'année 2010).

Les chercheurs Christian Ben Lakhdar, Nacer Lalam et David Weinberger ont procédé à une analyse économétrique pour parvenir à ces résultats, et ils ont mené des entretiens avec les fonctionnaires en charge de la lutte contre le trafic de drogues — en complément de déplacements effectués en Guyane, en Colombie et en Espagne.

Sur les 2,3 milliards d'euros que représente le marché de la drogue en France, un peu moins de la moitié provient du trafic de cannabis qui génère un CA de 1,12 milliard d'euros par an. Le marché de la cocaïne représente, lui, 38 pour cent de la totalité du marché de la drogue en France (soit un CA de 902 millions d'euros) — bien que la prévalence de cette drogue soit bien moindre que celle du cannabis dans l'Hexagone.

Suivent ensuite le marché de l'héroïne (dont le CA réel est difficile à estimer à cause des nombreux médicaments de substitution qui existent pour l'héroïne), et le marché de l'ecstasy/MDMA, et enfin le marché des amphétamines.

Le rapport note que le chiffre d'affaires du marché du cannabis (la drogue la plus consommée en France) a augmenté de 33 pour cent entre 2005 et 2010, alors que la quantité de cannabis vendue n'a pas augmenté. La marijuana vendue en France est plus chère notamment parce qu'elle est plus chargée en THC.

Les auteurs du rapport se sont concentrés sur les marchés du cannabis et de la cocaïne pour essayer d'estimer la rentabilité de ces marchés et tenter d'évaluer le nombre de trafiquants.

Si l'on part du principe que 30 pour cent du marché du cannabis est alimenté par des « fourmis » (des trafiquants indépendants qui ne font pas partie d'une organisation hiérarchique, mais pratiquent l'auto-culture ou vont directement se fournir aux Pays-Bas), il y aurait en France 767 têtes de réseau pour 92 854 vendeurs de rue.

Le gain net estimé pour les têtes de réseaux est de 384 464 euros annuels (soit 32 000 euros mensuels), ce qui représente un taux de rentabilité de 38 pour cent. De son côté, un guetteur va gagner 800 euros par mois, alors que le responsable d'un point de vente émarge en moyenne à 7 500 euros mensuels.

Pour le marché de la cocaïne, le taux de rentabilité est encore plus élevé et flirte avec les 60 pour cent dans certains cas. Si l'on estime — comme pour le marché du cannabis — que 30 pour cent du marché est dans les mains d'individus indépendants, il y a en France 23 têtes de réseau pour 25 707 détaillants.

Les têtes de réseau dégagent en moyenne 1,2 million d'euros par mois en bénéfices. L'étude note que cette somme ne tient pas compte des coûts structurels comme le blanchiment d'argent, mais aussi la corruption. En revanche, le marché de la cocaïne est particulièrement rentable parce qu'il est possible de couper le produit — le rendant bien plus profitable que le cannabis.

Dans la conclusion du rapport, les chercheurs indiquent que les organisations du marché de la drogue sont comparables à un « noeud de contrat », les protagonistes étant payés à la tâche, à la journée, au mois. « Ces contrats, bien sûr, ne sont pas formalisés au sens légal du terme mais font l'objet d'âpres discussions entre les protagonistes, » précise-t-on.

Si les sommes évoquées dans ce rapport sont parfois impressionnantes (quoique représentatives d'une industrie très inégalitaire), « le choix du trafic pour certains individus n'exclut pas une certaine éthique de la besogne, aspect que l'on retrouve dans le vocable « charbonner» », explique le texte.

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