The Femitheist veut exterminer 90% de la population masculine sur Terre afin de résoudre tous nos problèmes

Une pincée de Judith Butler combinée à une bonne poignée d'Aldous Huxley donne l'un des manifestes les plus inquiétants depuis Mein Kampf.

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01 Septembre 2014, 6:00am

The Femitheist est une étudiante en criminologie âgée de 22 ans. En 2012, elle a défendu le principe d'une Journée Internationale de la Castration sur YouTube. Après avoir posté sa vidéo, elle est partie se balader pendant quelques heures. À son retour, elle a découvert que ses propositions avaient indigné une grande partie des personnes l'ayant visionnée.

La clé de son argumentation est la suivante : il faut, selon elle, réduire la population masculine de 90% afin qu'une « vraie égalité » existe au sein de la société.

Même si elle a finalement reconnu que la Journée de la Castration était une idée stupide, celle-ci lui a permis de se faire un nom sur Internet. Deux années ont passé et elle est désormais considérée comme la grande prêtresse d'une secte d'un nouveau genre, comme « une castratrice absolutiste », ou comme « une féministe aux idées bien affirmées », selon les avis très divers au sujet de son idéologie. Aujourd'hui, elle défend toujours la réduction du nombre d'hommes sur Terre et sa chaîne YouTube donne lieu à des affrontements virulents entre ses partisans et ses détracteurs. Elle a déjà rédigé 200 des 700 pages que contiendra son futur manifeste précisant le contenu de la philosophie du fémi-théisme. Celui-ci s'intitulera Le Ratio.

VICE : J'imagine que Le Ratio fait référence à ta conviction selon laquelle la population masculine devrait diminuer de 90%.
The Femitheist :
Je suis persuadée que le système actuel d'égalité avec son ratio hommes/femmes équivalent à 50%/50% est imparfait. Je promeus l'établissement d'une classe masculine bien déterminée, qui aurait bien plus de valeur et qui pourrait faire son choix parmi de nombreuses femmes. Les hommes auraient une qualité de vie bien supérieure et ils n'auraient plus à travailler.

En supposant que les gens soient OK, comment réduirais-tu cette population de manière aussi importante ? En abattant des millions de mecs ou en en sélectionnant les filles à la naissance ?
Les hommes sont les principales victimes de crimes violents et prennent part à des guerres, donc leur taux de mortalité est supérieur ­— mais je ne compte pas les abattre. Je ne défends pas le massacre à grande échelle.

Et donc, tu ferais comment ?
Des recherches poussées en matière de sélection des nouveau-nés seraient nécessaires : il faudrait manipuler le sexe, faire des avortements prénataux, développer la procréation entre deux femmes, etc. Sauf si vous êtes opposé à l'avortement, il n'y aucune raison d'être choqué par ces propositions. Les gens connaissent les problèmes de surpopulation, de consanguinité, etc. Je crois que mon idée va dans le sens de l'histoire. J'ai été méticuleuse et j'ai fait relire mon travail par des experts en biologie et en génétique. Ils m'ont confirmé que tout pouvait fonctionner.

Ça reste de la théorie. En pratique, qu'en est-il ?
Il faudra éduquer la jeunesse dès le plus jeune âge, à l'école, à la maison, via la littérature, les médias, etc. Ce processus prendra des dizaines d'années, des générations voire des siècles. Mon objectif est d'établir un cadre afin que ce projet soit un succès et que nous établissions un monde nouveau et meilleur.

Tu choisiras les heureux élus selon leur physique ou leurs compétences intellectuelles ?
Les hommes les plus adaptés seront ceux qui conviennent au niveau physique et intellectuel. Il faudra aussi s'intéresser à leur patrimoine génétique.

Le génie génétique est aujourd'hui une réalité. Les couples qui désirent se marier peuvent se soumettre à des tests afin d'éviter de transmettre des maladies génétiques. Il ne fait aucun doute que tout cela va encore se développer lorsque nous en saurons plus sur le génome. Avoir des hommes en bonne santé et sportifs serait l'idéal, mais il faudra aussi que leur comportement soit en adéquation avec leur apparence. N'importe qui peut soulever des haltères. Les critères de sélection seront revus régulièrement, suivant les avancées de la science et l'évolution de l'espèce humaine.

Les hommes seront maintenus en isolement, comme des chevaux de course ?
Il est nécessaire de placer les hommes dans un environnement à part, à l'écart du reste de la société. Une telle décision renforcerait la sécurité des hommes et des femmes. Nous pourrions créer des réserves pour les hommes afin qu'ils s'adonnent à des activités spécifiques. Cela permettrait de faire disparaître les inégalités de la société.

Les hommes sont-ils uniquement des machines à procréer ?
Si la technologie n'évolue pas assez rapidement, nous pourrions accepter que des hommes nous aident durant un certain temps au sein du monde du travail — si ils le souhaitent.

Comme des esclaves ?
Non, comme des travailleurs. Ils ne seraient simplement pas payés vu qu'ils n'en auraient de toute façon pas besoin.

Certains hommes aspirent à autre chose qu'enfanter, tu ne crois pas ?
Certaines personnes jugent que mes idées relèvent de la dystopie car la notion actuelle de liberté ne pourrait pas s'appliquer dans mon projet de société. Je pense qu'ils ont tort. Je préfère parler d'utopie, car les conflits disparaitraient et les gens coopéreraient au sein d'un système viable et bien pensé.

La survie et l'ordre social sont les choses les plus importantes. La diversité des croyances et des objectifs n'a d'intérêt que dans un monde multiculturel et multinational. En quoi un tel monde serait-il meilleur ? Parce que les gens auraient certaines opportunités supplémentaires ?

C'est un peu déprimant ce que tu dis.
Le but de notre existence est de perpétuer notre espèce. Si quelqu'un vous offre tout ce dont vous avez besoin pour survivre confortablement, eh bien votre vie est déjà parfaite.

Les notions de famille et de vie de couple ne vont-elles pas disparaître ?
Le couple hétérosexuel et la notion classique de famille vont disparaître, oui.

Que proposes-tu comme alternatives ?
Les enfants devraient être éduqués par la communauté et par l'État. La famille d'aujourd'hui véhicule la déception, la médiocrité, le mensonge et l'hypocrisie. Elle doit être abolie car elle diminue les potentialités des nouvelles générations. Ma solution serait d'assigner à chaque enfant des tuteurs qui se contenteraient de les héberger, de les nourrir, de les vêtir et de les protéger — tout cela serait financé par l'État. Des filles parfaites seraient conçues dans des centres de procréation dirigés par l'État. Elles seraient regroupées dans des lieux communs sous le contrôle de scientifiques.

Ce n'est pas vraiment l'idéal pour des enfants.
Les enfants doivent avoir une éducation de qualité, non-mixte et qui se concentre sur le développement de la capacité de travail et d'élaboration de concept. On leur apprendra ce qu'est l'égalité réelle, la production, le travail et on leur permettra de mieux appréhender la sexualité, la science et la culture. Si les enfants dépendent de l'État, il sera plus facile de faire disparaître l'intolérance qui persistait de génération en génération via la famille. Ils deviendront des relayeurs des nouvelles idées face aux convictions passéistes des vieilles générations. Nous voulons bâtir une vision unifiée de la société.

Est-ce que cela veut dire que toutes les femmes seront lesbiennes ?
Les rapports hommes/femmes ont beaucoup évolué au fil de l'histoire. Aujourd'hui, de plus en plus de femmes s'intéressent aux femmes ou désirent au moins vivre une expérience homosexuelle.

Tu penses que l'orientation sexuelle peut être influencée ?
Tout à fait. Je pense que l'orientation sexuelle est une affaire de socialisation mais aussi de génétique — surtout de génétique en fait. Nous serons sûrement capables de développer les relations lesbiennes via le génie génétique. J'ai l'impression que les femmes sont bien plus ouvertes sur la question de l'homosexualité que les hommes, et je pense que ce n'est pas un hasard.

Tu crois que c'est une histoire de gènes ?
C'est peut-être en partie génétique, mais c'est aussi dû à la peur qu'ont les hommes de passer pour des homosexuels. Si l'on combine la pression sociale avec l'évolution du patrimoine génétique, on peut parfaitement modifier la sexualité humaine afin de la faire correspondre à nos désirs.

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