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Interviews

Tim et Eric nous ont parlé de leurs pires angoisses

J'ai rencontré les génies à l'origine des meilleures séries d'Adult Swim pour discuter d'hommes-sandwichs, de société et d'antisémitisme.
30.11.14

Au cas où vous ne le sauriez pas encore, Tim Heidecker et Eric Wareheim sont à l'origine des émissions les plus drôles du monde. Parmi les meilleures, on peut compter Tom Goes to the Mayor, Tim and Eric Awesome Show, Great Job!, et Check It Out! with Dr. Steve Brule – lesquelles connaissent toutes un succès amplement mérité.

Leur dernière série, Tim and Eric's Bedtime Stories (diffusée à partir du 18 septembre sur Adult Swim), signe plus ou moins l'abandon de l'étrange univers qui les caractérise. Cette sorte de parodie de drame psychologique oscillant entre La Quatrième Dimension et Les Contes de la Crypte contient plus d'éléments narratifs traditionnels et d'humour noir que n'importe lequel de leurs précédents travaux. Je les ai rencontrés dans leurs bureaux situés à Glendale, en Californie, pour discuter de Bedtime Stories, de leurs influences et de leurs pires angoisses.

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VICE : J'ai maté les deux premiers épisodes de Tim and Eric's Bedtime Stories, et j'ai remarqué que l'humour était plus subtil que celui du pilote diffusé l'année dernière. Ça sera comme ça pour toute la série ?
Tim : Oui, l'émission ressemblera beaucoup plus à ces deux premiers épisodes qu'au pilote. Quand on a tourné le pilote, on avait juste envie de se lancer sur un truc – et Zach [Galifianakis] était disponible, donc on a tourné ça très vite. Mais lorsqu'on a commencé à vraiment écrire les premiers épisodes, on a opté pour des histoires un peu plus sombres, plus cinématiques.

Vous n'apparaissez pas du tout dans le deuxième épisode, ce sera toujours le cas ?
Tim : C'est le seul où on n'apparaît pas.
Eric : D'ailleurs, c'était assez cool de ne rien faire d'autre que réaliser.
Tim : Au moins, les réalisateurs n'ont pas besoin de maquillage.

J'ai l'impression que tous les épisodes traitent de la peur latente que les banlieusards d'aujourd'hui nourrissent par rapport à leur futur. C'est volontaire, ou je me plante complètement ?
Tim : Je crois que c'est présent, c'est certain. Nos idées sont le fruit de notre environnement et de nos vies, et nous sommes des Blancs issus de la classe moyenne. Nos sociétés sont au bord du gouffre, proches de la rupture. On peut le sentir tous les jours. Parfois, je me demande pourquoi tout n'est pas déjà parti en couille. Pourquoi les gens continuent à aller travailler chez TJ Maxx au lieu de balancer des pavés dans les vitrines ? Le caractère des personnages de notre série laisse présager qu'ils pourraient devenir des meurtriers du jour au lendemain.
​Eric : Je repense encore à un homme-sandwich que j'ai croisé, il bossait pour une grosse agence immobilière. C'était juste un mec tenant une pancarte, et de l'autre côté de la rue, pour une autre agence, il y avait un type avec le même boulot, mais sur une sorte de Segway. Ça m'a frappé – ce mec devait passer la journée en face d'une version motorisée de lui-même. C'est le genre de thème qu'on aime bien observer, souvent pour conclure qu'on mène vraiment une existence de merde. C'est ce qu'on essaie de faire avec cette nouvelle émission.
Tim : Cette émission ne vous rendra pas nécessairemment de meilleure humeur. Et nous ne devrions pas nous sentir mieux ! On est nuls. Notre culture est merdique. Cette émission est notre punition. Il y a assez de feel good movies comme ça – notre émission tente de rappeler à quel point notre monde est vraiment triste.
​Eric : Mes œuvres préférées sont celles qui me font ressentir quelque chose. C'est ce qu'on veut pour cette série, même si les spectateurs ne rigolent pas, il faut au moins que ça les marque. C'est ce qui nous intéresse maintenant. Ça change un peu des sketchs.

D'après vous, pourquoi les gens continuent à aller travailler chez TJ Maxx sans balancer des pavés dans les vitrines ?
​Tim : Ce n'est peut être pas le meilleur exemple, mais franchement, aucune idée. Je ne veux pas paraître élitiste, mais je trouve qu'on doit gérer pas mal de merdes.
​Eric : Nous n'avons pas commencé en bossant sur des séries. J'ai travaillé à Burger King pendant plusieurs années. J'avais l'habitude de faire des Whoppers pour moi, de les mettre dans ma poche et d'aller les manger dans les toilettes. J'étais une sorte d'adolescent répugnant.
​Tim : Un garçon en pleine croissance.
​Eric : Je devais cacher l'emballage. J'en suis arrivé là, à ce niveau de vie. J'ai aussi photographié des Bat Mitzvahs pour quelques gens riches. Je pense que toutes ces expériences de vies se sont cumulées.
Tim : Et puis il est antisémite, ce qui n'arrange rien [rires]​.

Oh, la blogosphère va adorer. Sinon, on m'a demandé de vous demander ce qui avait inspiré la forme narrative de votre série.
​Tim : Dostoïevski.
​Eric : C'est qui déjà le mec qui a écrit L'Arbre généreux ? Shel Silverstein ? [rires] Pour moi, on s'inspire plutôt de réalisateurs comme David Lynch. Récemment, on a rematé ses vieux films, comme Blue Velvet et Sailor et Lula – ce sont des histoires plutôt classiques, mais où tout semble perverti. C'est vraiment intéressant.
​Tim : Pour ma part, je dirais les frères Coen, dont les personnages semblent toujours sur le point de faire une dépression nerveuse. Des gens normaux qui se retrouvent dans des situations difficiles. Je pense surtout au film A Serious Man que je viens de revoir. Leur personnage principal traverse un enfer permanent.
​Eric : On essaie aussi de ne pas être trop égocentrique, dans le sens où on essaie de créer des trucs sans jamais copier qui que ce soit. Je crois que c'est comme ça qu'on a commencé. Même en arrivant à Los Angeles, on ne voulait pas rester enfermés dans le monde des sitcoms.

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Vous créez un contenu vraiment original, mais qui se présente sous une forme traditionnelle. C'est un peu comme La Quatrième Dimension.
​Tim : Ouais. Quand on écrivait la série, on a pensé plein de fois au Awesome Show et à certaines de nos séries précédentes – on ne se préoccupe jamais vraiment du récit. Nos fins ne veulent rien dire. Ça nous importe peu. Donc pour cette émission, on a voulu suivre un schéma narratif classique, histoire de faire quelque chose de différent.

Y a-t-il d'autres choses que vous aimeriez explorer ?
Tim : On va essayer de faire plus de science-fiction.
​Eric : Ou un truc à la Shining. De l'horreur pure, pas un truc gore, mais quelque chose de vraiment effrayant.

Ça me permet d'introduire ma prochaine question : Qu'est ce qui vous terrifie le plus ?
​Tim : Je dirais le reportage de Vice News sur l'État Isla​mique.

Ouais, c'est terrifiant.
​Tim : Tout ça me fait vraiment flipper. Aujourd'hui, j'étais en train de conduire, et il y avait un camion de location sur la voie la plus éloignée. Il était au milieu de l'autoroute, garé, avec les feux de détresse allumés. Pas de conducteur. Il était visiblement tombé en panne, et le gars était de l'autre côté des voies – mais dans ma tête, j'ai immédiatement pensé : « C'est une bombe ». Je pense à ce genre de trucs tout le temps. Je m'assure constamment que j'ai assez d'eau chez moi.
​Eric : T'as un kit de survie ?
​Tim : J'en acheté un à Home Depot il y a quelques années.
​Eric : Ma plus grande peur est d'avoir une fille et qu'elle devienne une adolescente infernale.
​Tim : Et qu'elle fasse du porno anal ?
Eric : Ouais, je ne sais pas pourquoi, mais je pense souvent à ça. J'ai vraiment peur d'avoir un enfant qui me déteste.
​Tim : Merde. J'ai une fille, et c'est loin d'être ma plus grande peur.
​Eric : Je sais ! Je ne sais pas pourquoi je pense à ça. De temps en temps, je croise des enfants, et je me dis qu'ils doivent détester leurs parents.

Vous vous souvenez de votre dernière grosse frayeur ?
​Eric : J'ai fait un rêve où ma première petite copine – avec qui je suis resté 11 ans – Tim, mes parents et mes amis se liguaient tous contre moi. Ma copine devenue héroïnomane couchait avec un de mes amis, puis ils ont tué Tim, et toute ma famille m'a renié. J'ai été hanté par ce cauchemar pendant des mois. C'était vraiment horrible.

Tu ne pouvais pas t'empêcher d'y penser ?
Eric : Ouais, c'est une des choses les plus dures qui me soit jamais arrivées, et ce n'était même pas réel. Ça regroupait plein d'éléments de films d'horreur – hyper bizarre.

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