De 1991 à 1994, la scène norvégienne a façonné le black metal en même temps que sa réputation sulfureuse, à base de provocations, de fanatisme et de violence. Emperor fait partie des groupes les plus importants et influents de cette période, aux côtés de Mayhem et Darkthrone. Ihsahn, chanteur et guitariste d’Emperor, est le plus jeune membre du groupe. Il n’avait que 17 ans lors de l’enregistrement de In The Nightside Eclipse, leur premier album sorti en juillet 1993, et pourtant sa voix est sans âge, comme sortie des entrailles d’une créature mythique.
Dans ce premier disque, pas une note d’innocence ou de naïveté, et les deux décennies qui se sont écoulées depuis sa sortie n’ont fait que confirmer sa place de classique incontesté de la musique extrême. Emperor se reforme aujourd’hui pour quelques dates dans des festivals européens, où ils joueront In The Nightside Eclipse dans son intégralité. J’ai renconté Ihshan il y a quelques semaines pour parler de cette tournée et de la conception de ce premier disque. Le recul et la maturité lui ont apporté une humilité et une honnêteté presque touchantes. Dès les premières secondes de notre discussion, la théâtralité du personnage s’envole : à presque quarante ans, le musicien a laissé le passé derrière lui, pour se consacrer à ce qui l’attend, lui et sa musique.

Ihsahn :
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Tu trouves que tu as évolué en tant que musicien ?
Quand tu es jeune, tu ne te concentres souvent que sur une chose, au détriment de tout le reste. Tu te dis que le plus important, c’est que ce que tu fasses ressemble à du metal. Je pense que j’ai arrêté de me mettre des barrières, en tant qu’auditeur et en tant que musicien. Aujourd’hui, la seule chose qui compte pour moi, c’est que la musique que j’écoute me fasse ressentir quelque chose, ça m’a permis de diversifier mes influences dans ce que j’écoute et ce que je produis. Je ne sais pas vraiment ce qui m’a permis d’évoluer. C’est sûrement parce qu’aujourd’hui, j’ai beaucoup moins confiance dans la musique que je fais, avec l’expérience je suis devenu plus critique envers moi-même. À l’époque d’Eclipse, on n’avait aucune expérience mais une confiance totale. Au fil du temps, tu prends un peu plus de distance quand tu réécoutes tes albums, tu vois ton travail avec un œil plus critique et c’est une bonne chose. Je pense que l’énergie et l’inspiration que j’ai puisées pour mes trois derniers albums solos n’ont pas changé depuis 1993. Ça peut paraître chiant que chaque album ne soit qu’une interprétation différente d’une seule et même source, mais je porte ça en moi depuis que je suis enfant, c’est un besoin, et je suis super heureux d’en être arrivé là. On vient de Norvège, c’est déjà fou d’avoir eu une carrière musicale au-delà de nos frontières, et dans le black metal qui plus est [Rires]. En même temps, je n’avais pas trop le choix, c’est un truc qui me touchait directement. Encore maintenant, si je ne peux pas jouer ou aller en studio, je me sens mentalement et physiquement affaibli [Rires]. La musique est une force motrice très puissante pour moi.
Ihsahn, seul sur les cîmes du monde.
Après toutes ces années à écrire et enregistrer, tu penses que, pour Emperor, le processus créatif tient d’avantage d’un effort conscient ou de quelque chose d’instinctif, qui puise dans l’inconscient de chaque membre du groupe ?
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas eu de changement soudain dans notre façon de faire pour Eclipse, mais tout a évolué naturellement. En 1993, quand on a enregistré l’album, le black metal était insignifiant. On rêvait d’en faire quelque chose de grandiose, mais on n’avait aucun espoir d’en tirer de l’argent, on le savait bien [Rires]. Faire du black metal n’a pas été un choix dans notre carrière, et en 1991, quand on a commencé Emperor, c’était certainement l’une des dernières choses qu’on voulait faire [Rires]. Pour le 20ème anniversaire d’Eclipse, j’ai réécouté des douzaines de cassettes avec Samoth qu’on avait enregistrées en répète, tout sonne exactement comme l’album – on l’a rejoué de la même manière. On a gardé les mêmes tempos, le même phrasé. À l’époque, tout était bricolé dans le studio de répétitions, on ne procède plus du tout de la même manière aujourd’hui. Quand l’album est sorti, on était encore très underground. Quand on nous demande ce qu’on a ressenti après le succès immédiat d’Eclipse, on répond juste : « Mais c’est arrivé quand ? » [Rires].
Jonathan Dick vit dans les ténèbres en Alabama. Mais il est sur Twitter – @steelforbrains
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